Description
« D'un mouton et de cinq chevaux
Toutes les testes prendrez,
Et à icelles, sans nuls travaux,
La queue d'un veau joindrez,
Et au bout ajousterez
Tous les quatre pieds d'une chatte...
Rassemblez et vous apprendrez
L'an de ma façon et ma date... »
Soyez rassurés, le texte ci-dessus n'est pas l'énigme d'une mystery, mais un rébus composé par Charles de Bovelles (écrivain, mathématicien, géomètre, philosophe, théologien et grammairien saint-quentinois ... rien que ça) qui donne l'année de fin de construction de l'Hôtel de Ville de Saint-Quentin : MCCCCCVIIII (1509).
Gravure de l'Hôtel de Ville avant 1850
Particullièrement harmonieuse par ses proportions, la façade de l'Hôtel de Ville offre un remarquable exemple de transition du gothique flamboyant à l'architecture Renaissance (le bâtiment fut d'ailleurs inscrit sur la toute première liste des monuments historiques, en 1840). L'auteur de ce chef-d'oeuvre est le maître valenciennois Colard Noël, d'abord appelé en 1477 par le roi Louis XI pour consolider le choeur et le transept sud de la collégiale voisine. En dehors de l’ajout d’un campanile au XVIIe siècle, l’édifice traverse les siècles sans guère de modification. Restauré à plusieurs reprises (1851-1852, 1865-1866, 1899-1903), l’Hôtel de Ville survit aux bombardements de la Première Guerre mondiale. Restauré et réaménagé après le conflit, l’édifice est doté de deux ailes latérales en 1926 par l’architecte Louis Guindez.
A gauche : l'Hôtel de Ville en 1924
A droite : l'Hôtel de Ville après la Guerre
Nombreux sont les détails et les caractéristiques qui font la richesse et la singularité de l'Hôtel de Ville de Saint-Quentin. Nous pourrions parler de la succession des nombres symboliques marquant la façade (3 pignons - 9 fenêtres - 7 arcades - 6 piliers) permettant à l'Hôtel de Ville d'atteindre la perfection architecturale en s'appuyant sur le nombre d'or. Nous pourrions parler du campanile, de son carillon et de ses 37 cloches qui rythment le quotidien des Saint-Quentinois, en particulier les jours de marché où résonne la musique "Des tripes et du boudin". Nous pourrions parler de la barre métallique reliant les piliers de l'arcade centrale, appelée aune, et qui rappelle la grande époque de l'industrie textile où elle servait à mesurer les pièces de tissu sur le marché voisin. Nous pourrions parler de l'intérieur de l'Hôtel de Ville, et particulièrement de la Salle des Mariages avec sa cheminée monumentale mêlant les styles gothique et Renaissance, ou encore la Salle du Conseil Municipal où l'Art Déco s'est invité. Nous pourrions parler des 173 statues (oui oui !!) qui décorent la façade dans les moindres recoins et à tous les étages, racontant l'histoire de la construction de l'Hôtel de Ville, exprimant des pensées par la symbolique, ou plus simplement voulant amuser ceux qui prendront le temps de poser leur regard sur des scènes parfois ..... osées. Tiens finalement parlons-en de ces statues ! Peut-être pas toutes les 173 quand même...
