Michel Le Nobletz naquit le 29 septembre 1577 (jour dédié à l'honneur
du glorieux archange Saint-Michel) au manoir de Kerodern, situé en
la paroisse de Plouguerneau (évêché de Léon). Il possédait quatre
frères et six soeurs. Son père et sa mère étaient de petite
noblesse : son père s'appelait Hervé Le Nobletz, seigneur de
Kerodern (un des quatre notaires du Léon), et sa mère Françoise de
Lesvern ou Lesguern, issue de l'ancienne et illustre maison de
Coatmanach ou Coëtmenech. Les Nobletz sont mentionnés dans les
réformations et les "montres", à partir de 1426 sur les paroisses
de Plouguerneau et de Plouvien (un certain A. Le Nobletz vient au
36ème rang des 115 chevaliers et écuyers de l'évêché de Léon). La
famille de Lesvern ou Lesguern est originaire de Saint-Frégant,
près de Lesneven. La branche de Coatmanach habitait jadis le manoir
de Saint-Frégant en Saint-Renan. La famille Le Nobletz possédait
trois tombes dans la chapelle du Grouanec, en Plouguerneau. Un
vitrail y portait ses armoiries.
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Manoir de Lesvern en Saint-Frégant
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Chapelle
Saint-Claude, à Kérodern. Croix érigée par le père de Michel Le
Nobletz, en 1572.
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Michel Le Nobletz commença ses études dans les
petites écoles des environs, à Saint-Frégant d'abord, où il passa
quelques temps chez son grand-père à Lesvern ou Lesguern. Dès l'âge
de 4 ans, on le trouvait à l'église de Saint-Claude, proche de
Kerodern : il montrait déjà une piété fervente. A l'âge de 7 ans,
il eut pour maître un prêtre nommé Thomas Cozic, qui lui enseigna à
lire dans la chapelle de Sainte-Anastasie, proche du manoir de
Lesvern (situé en la paroisse de Saint-Frégant). De retour à
Kerodern (après le décès du grand-père), il eut pour maître un
pédagogue nommé Gilles Mazéas, puis Yves et Henri Gourvennec qui
lui enseignèrent la Vertu et les Sciences dans un établissement
situé au lieu-dit Saint Antoine Perroz (sur les bords de
l'Aber-Wrach). Il n'avait alors que 10 ans.
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A l'âge de 13 ans, il est envoyé à Ploudaniel
où il étudia durant 6 ans sous un prêtre nommé Alain Le Guern. Il
eut vers 14 ans la vision de notre Seigneur et se sentit attiré à
la piété et à la vertu. Voyant l'ignorance où étaient les
paroissiens parmi lesquels il vivait, il commença à les catéchiser.
A 18 ans son père, effrayé de son ascétisme précoce, l'envoya
achever ses études au collège de Guienne ou Guyenne à Bordeaux où
il retrouva ses frères aînés. Intelligent, instruit, il écrivait
aisément en latin, savait le grec et
l'hébreu.
Il étudia la théologie avec succès chez les
Jésuites, à Bordeaux d'abord, à Agen ensuite (dès le mois d'Octobre
1597) au collège de la Madeleine où un événement décisif orienta sa
vie. Il vit la sainte Vierge lui apparaître qui lui dit :
"Michelig, n'ho pe ket aon, na oueli ket : va Mab ho tiouallo ha
me ho sikouro" (petit Michel, ne pleurez pas et n'ayez pas peur
: mon Fils vous défendra et moi je vous assisterai). Ayant lu la
vie de Saint Ignace, après avoir étudié quelques années sous les
Pères de la Compagnie de Jésus, il prit la résolution d'imiter
cette vie. Il se sentit très tôt appelé à l'état ecclésiastique. Il
s'adonna à la lecture de Saint Thomas et étudia la Sainte Ecriture.
Lorsque ses compatriotes faisaient grande chère, il conviait
quelques pauvres écoliers à dîner chez lui. Lorsque ses
compatriotes faisaient la récréation, il visitait les églises en
méditant toute la Passion du Christ. Quand il avait le temps, il
allait visiter les hôpitaux, les indigents et les
prisonniers.
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Gravure de la seconde moitié du
XVIIème siècle.
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Chapelle
Saint-Michel, en Trémenech-Plouguerneau et à droite la cellule de
Dom Michel.
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Ses études terminées, Michel revint à
Kerodern, avant d'être chassé comme un vaurien par son père. Il
vivra six mois chez sa vieille nourrice passant des heures à
catéchiser les humbles et les enfants. C'est alors que Michel Le
Nobletz prit la décission de partir à Paris parachever ses études à
la Sorbonne. Sur les conseils du Père Cotton, jésuite, ancien
confesseur de Henri IV, il reçut la prêtrise en 1607. De retour en
Bretagne (à Plouguerneau), il se retira dans une cellule qu'il se
fit édifier dans les rochers sur la plage de Trémenech ou
Trémenach (près de Plouguerneau) et où il mena une vie austère. Il
y passa une année complète (de 1607 à 1608). Après cette retraite,
il prit la décision d'être missionnaire, contre le gré de ses
parents qui le chassèrent à nouveau de la maison paternelle. Il
avait pris pour devise ces paroles de Saint-Paul "Voe mihi, si
non evangelisavero !" (Malheur à moi, si je ne catéchise et si
je ne prêche l'Evangile).
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Il commença sa vie missionnaire dans le
dénuement le plus complet, prêcha à Plouguerneau et manqua d'être
tué par des jeunes voyous dont il stigmatisait les vices. Des
femmes du village de Kerventa en Ploudaniel le prirent à partie et
le conspuèrent à l'endroit où se trouve aujourd'hui une fontaine
appelée Feunteun Sant Mikel Nobletz. On l'appelait "ar
belek fol" (le prêtre fou). Appelé à Morlaix, par son ami
Pierre Quintin, qui, après avoir été lieutenant d'une compagnie de
ligueurs, était entré au couvent des Dominicains, le Père Nobletz
accourut, mais là aussi son austérité fut mal acceptée par les
moines qui le chassèrent honteusement. Il entreprit des missions
dans les évêchés de Tréguier où il prêcha jusqu'en 1611
(principalement Morlaix) et de Léon. En 1611, Michel Le Nobletz
s'installa à Lochrist, une trève de Plougonvelin, à deux pas de la
mer, entre le Conquet et l'abbaye de la Pointe Saint-Mathieu. Il se
rendit dans les îles d'Ouessant, de Molènes et de Batz, où les
habitants vivaient dans une situation déplorable et leur enseigna
les principales vérités de la religion. Dans la visite des
villages, s'il rencontrait quelque pauvre, quelque orphelin
délaissé, il en faisait une liste et allait chercher l'aumône pour
eux. Son divertissement était de visiter, consoler, assister et
confesser. Ses premières victoires, il les remporta au sein de sa
famille en convertissant son père et en entraînant dans sa voie
deux de ses soeurs (Marguerite et Anne) qui se consacrèrent aux
enfants et aux pauvres.
Nota : La tradition veut que les restes de
Marguerite Le Nobletz reposent sous la dalle tumulaire qui se
trouve vers le milieu du bas-côté nord de l'église de
Ploaré.
Son zèle le porta ensuite de la pointe de
Saint-Mathieu vers d'autres endroits de la Basse-Bretagne. Dénoncé
par des condisciples ("prêtres mondains") qui le considéraient
comme un fanatique, un 'prêtre fou" ("ar belec fol"), il
sera défendu par l'abbé du Louët, grand vicaire de Léon, qui devait
devenir évêque de Quimper. Tous les dimanches, il courait de
paroisse en paroisse, où il prêchait, catéchisait et confessait
avec grâce et ferveur. Après une mission, qui fut presque
infructueuse, à Landerneau, le Père Nobletz partit pour la
Cornouaille, en 1614. Il prêcha à Pont-Labbé, à Concarneau et à
Audierne. Il s'arrêta en 1618 dans la région de Douarnenez où il
resta près de vingt-cinq ans, avant de revenir dans le diocèse du
Léon, au Conquet, vers 1642 où il passa les dix dernières années de
sa vie.
Michel Le Nobletz mourut au Conquet,
le 5 mai 1852, à l'âge de 75 ans. Il fut enterré le mardi des
Rogations 1652 dans l'enfeu de la famille du Halgouët à Lochrist,
où on lui a élevé, dans l'église, un tombeau en marbre noir. Sa
statue de proportion humaine (à genoux, les mains jointes et le
visage tourné vers l'évangile du maître autel) se trouve sur le
tombeau. Des grâces miraculeuses furent obtenues par les prières
faites sur son tombeau.
Nota : La
cellule de Dom Michel Le Nobletz à Trémenech existe toujours. Elle
fut restaurée en 1889. Quant à la chapelle de Trémenech, elle a
disparu sous les sables en 1729.
Dom Michel Le
Nobletz avait écrit un journal de ses missions dont on lit quelques
fragments dans sa vie, publiée en 1666.
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