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"Ce jourd'huy, dimanche 17 mai 1778, Nous,
notaire du Roy au bailliage de Moret, sur ce requis et en la
compagnie de dame Marie-Catherine Duflocquet de Reals, veuve de
Grégoire-Nicolas-René Masse, écuyer, conseiller, secrétaire du Roy,
maison, couronne de France et de ses finances, demeurant depuis le
28 avril dernier en son château de Ravannes, paroisse dudit
Ecuelles, et dame censuelle de la haute, moyenne et basse justice
des terres et seigneuries d'Ecuelles, Ravannes, Montchavent et le
Gravier, comme les ayants acquis avec tous les droits féodaux et
honorifiques en dépendant de dame Eynard,…, et de très haut
et très puissant seigneur Jacques-Raymond Gallorey, marquis de
l'Hopital, comte de Sainte-Mesme et autres lieux,…,
seigneurs des dites terres et seigneuries,
à l'effet d'assister à la grand'messe paroissiale qui doit être
chantée et célébrée ce dit jour en l'église dudit lieu, où, étant
entré en ladite église, nous nous sommes transportés avec madite
dame dans le choeur, et, elle, placée dans son banc seigneurial,
étant au pied du sanctuaire du côté de l'Evangile ; la grand'messe
ayant été sonnée en la manière ordinaire, M. Barbé, prêtre-curé de
ladite paroisse s'étant présenté au bas du marchepied du grand
autel pour y faire l'aspersion de l'eau bénite, en la manière
ordinaire, avons remarqué, qu'avant que d'y entrer, il a aspergé
indistinctement qui étaient dans ladite chapelle, étant sous le
clocher, donnant dans le susdit choeur, ensuite le clergé et toutes
les personnes étant dans le choeur, sans aucune distinction pour la
dame Masse.
Et après être rentré dans la sacristie pour s'habiller afin de
célébrer la Sainte-Messe, avons observé dudit sieur Barbé, qu'il
n'avait pas donné à la dame Masse, en qualité de dame,
l'eau
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bénite par aspersion, l'avons requis,
de sa part, de le faire, en qualité de dame censuelle et de la
haute, moyenne et basse justice de ladite paroisse d'Ecuelles, par
l'aspersion, et avant aucuns paroissiens dudit lieu et
immédiatement après le clergé, de la dénommer aux prières
nominales, de lui faire distribuer le pain bénit, lui donner
l'encens et généralement tous autres droits honorifiques et dûs en
sa qualité, tout ainsi, et de même que ledit M. Barbé l'a fait, ay
devant et que ses prédécesseurs curés l'ont aussi ay devant fait,
tant à la dame Masse, qu'à ses prédécesseurs, seigneurs desdits
Ravannes, Ecuelles, Montchavent et le Gravier…
…Ledit messire Barbé, ignorant jusqu'icy les droits de
ladite dame sur l'église féodale d'Ecuelles, et que, doutant, vu
les anciens titres de l'église, si cette église a jamais dépendu de
la seigneurie de Ravannes et Ecuelles ; ce doute fondé sur lesdits
titres qu'il connaît et sur le sceau royal gravé sur la principale
voûte de ladite église, demande qu'on lui fasse apparoir les titres
justificatifs que ladite dame dit avoir sur l'église et sur le fief
y-joint, auquel cas, il est offrant de rendre tout les devoirs
seigneuriaux, toutes fois et tels qu'ils puissent être."
Ayant pris cette réponse comme un refus, la châtelaine introduisit
contre le curé d'Ecuelles une instance devant le bailliage de Moret
par une assignation régulière. Les titres de propriété ont été
fournis. La dame de Ravanne eut gain de cause et M. Barbé rend les
armes reconnaissant ses tords et souscrivant à toutes les exigences
de la dame Masse. De plus, il en fut quitte pour rembourser tous
les frais engagés par la châtelaine.
Au XVIIIème siécle, on ne badinait pas avec ces choses là !
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