Buré la forge ou Buré
d’Orval.

L’usine à fer de Buré daterait
du XIV° siècle. Elle fut fondée par les moines d’Orval (de
même que le fourneau voisin du Dorlon) qui en furent propriétaire
jusqu'à la révolution. Cette forge fonctionnera jusqu’en
1860.
L'histoire de Buré est très
ancienne. En 1201, les moines de l'abbaye cistercienne d'Orval,
fondée 70 ans plus tôt, reçoivent du chevalier Soibert à Mussy la
terre de Buré. Ils y établissent une ferme. Dès le départ, ils
s'intéressent à la sidérurgie pour les besoins du monastère en
utilisant la technique gauloise des bas-fourneaux. Ces
bas-fourneaux produisent du fer en très petite quantité.
Grâce à l'invention du
haut-fourneau, tout va changer. Celui que vous pouvez voir à Buré
date de 1838. Mais son ancêtre a été construit, ici même, vers 1390
par les moines. Ce fut le premier haut-fourneau de toute la région.
Cette nouvelle technique a été inventée à partir du milieu du XIIIe
siècle pour répondre à une demande en fer plus importante en
Occident. La population augmente.
On a besoin de plus grandes
quantités de métal pour les outils agricoles et pour les soldats.
Le four devient peu à peu plus liant. Il est désormais maçonné et
doublé de briques réfractaires. Sa forme tronconique facilite la
descente des charges où alternent minerai et charbon de bois. La
température augmente grâce à un soufflet beaucoup plus gros.
actionné par une roue hydraulique. Les forges se localisent
désormais en bordure des cours d'eau et deviennent des
établissements permanents.
Le cours d'eau du Dorlon est
suffisamment petit pour être dominé par l'homme. Il fut alors barré
par les moines qui construisirent une digue, créant ainsi un étang.
Le haut-fourneau a été implanté juste au pied de la digue. Cette
localisation classique permet d'accéder facilement au gueulard,
grâce à une passerelle pour le chargement en minerai de fer et en
charbon de bois.
Au-delà du haut-fourneau, la grande
halle que vous pourrez voir servait d'entrepôt pour le charbon de
bois et le minerai. Le fer fort venait en particulier des minières
très réputées de Saint-Pancré. par le chemin qui longe l'étang.
Au-delà de la digue, à l'entrée de la clairière, on peut voir
encore la grosse balance du XIXe siècle. Le minerai était ensuite
entreposé dans l'espace libre, derrière la balance, avant d'être
lavé au bord de l'étang.
Depuis 1390, le haut-fourneau fut
plusieurs fois détruit et reconstruit. Mais la technique a peu
évolué dans l'intervalle. A la sortie du haut-fourneau, qui a
utilisé beaucoup de charbon de bois, coule la fonte, métal cassant
riche en carbone. Une nouvelle technique est alors nécessaire :
l’affinage.
Dans la première halle, il y avait
deux foyers d'affinage surmontés d'une hotte. Au fond, contre la
digue, une roue hydraulique actionnait un soufflet pour activer le
feu au charbon de bois. Un ouvrier avançait la gueuse de fonte
au-dessus du foyer. Sous l'action de l'oxygène, le carbone se
consumait. Le fer tombait alors goutte à goutte dans un creuset, où
il était brassé par l'affineur, à l'aide d'un ringard pour détacher
les scories. La loupe ainsi produite était ensuite cinglée par un
gros marteau, afin de donner au métal une structure plus homogène
en soudant entre elles les particules de fer. On obtenait ainsi un
lingot. L'affinerie est donc l'ancêtre de l'aciérie.
Dans la platinerie, le fer était
transformé en produits plats. Il y avait ici une chaufferie et un
gros marteau appelé martinet, dont le manche était constitué d'une
solide poutre en bois. Au fond de la halle, une roue hydraulique
faisait tourner un arbre à cames. Les cames soulevaient le marteau
puis le laissaient tomber à coups réguliers, pour frapper sur
l'enclume la pièce de fer préalablement réchauffée. Ainsi le fer
s'allongeait. Avec ce fer aplati, on fabriquait ensuite toutes
sortes d'objets courants. La troisième halle abritait, au XIXe
siècle, une autre roue hydraulique.
Les trois conduites d'eau qui
actionnaient les roues hydrauliques se rejoignent sous terre à la
sortie des halles et ressortent à l'air libre, près de l'angle de
la maison, formant un petit étang. A son débouché, se trouvait un
bocard, c'est-à-dire un moulin-concasseur pour broyer les scories.
Un deuxième bocard était situé plus bas, dans le pré.
Au-dessus des forges, on découvre le
logement du directeur construit au XIXe siècle. A l'origine, au XVe
siècle, les moines d'Orval qui dirigeaient la forge logeaient dans
la ferme située au-dessus.