La plupart des
habitués de l’axe Tarbes- Pau (RN 117) passent devant sans y
prêter attention. Pourtant ce petit oratoire situé sur la commune
d’Idron mérite toute notre attention. L’édifice dédié
en français et en polonais aux soldats polonais est orné d
‘une mosaïque représentant le visage balafré de la Vierge
Noire de Czestochowa, et l’ensemble surmonte au sol
l’aigle blanc sur fond rouge de la Pologne
éternelle.
Cette construction
polonaise atypique en Béarn trouve sur son origine durant la
seconde guerre mondiale.
Après la défaite de
leur armées balayées lors de l’attaque des allemands appuyés
par leurs alliés soviétiques à l’Est , des soldats
polonais rejoignirent la
France et l’Angleterre pour continuer le
combat.
Lorsque survint à
son tour la défaite de la France, l’occupant allemand exigea
que les combattants étrangers lui soient remis au titre de
prisonniers de guerre. Le délégué du gouvernement de Vichy
n’accéda toutefois pas à cette demande , en objectant que ces
soldats étaient déjà internés et mis à la disposition du Ministère
du Travail pour la reconstruction du territoire, en l’absence
des prisonniers français retenus en
Allemagne.
Un de ces camp
de travail fut établi à Idron et 700 soldats polonais n’ayant
pas pu embarquer à St Jean de Luz pour l’Angleterre s’y
retrouvèrent bloqués.
Ces soldats exilés
furent regroupés sous l’appellation de G.T.E.P. ( Groupe de
Travail Etrangers Polonais ). Ils étaient assignés à des travaux
forestiers en tout genre et d'autres diverses taches. Les
travailleurs étaient payés 10 francs par jour, mais ils devaient
reverser la moitié de cette somme à l'intendance
.
Dans le même temps à
Paris, en juin 1940, l'entrée des Allemands à Paris met fin à
l'existence de la société des « Amis de la Pologne » créée par Rosa
Bailly.
La grande militante
de la cause polonaise sera elle aussi amenée à se replier dans le
Sud Ouest à Toulouse.
Pour soutenir le
moral de ces combattants désarmés ,
Rosa Bailly eut l'idée de
faire ériger par les soldats polonais des chapelles à la mémoire de
cette nouvelle émigration polonaise, comme on en voyait en Pologne
aux bords des routes. Elles évoqueraient le passage des Polonais en
France, leur fidélité et leur sacrifice à notre
cause.
L'idée fut
accueillie avec enthousiasme et trois chapelles purent être érigées
,la première en Quercy, prés du camp de Caylus, la seconde
à
Septfonds et la troisième,
à Idron.
Un ingénieur
architecte dirigea les travaux de ce petit édifice créé en grande
partie par un professeur, M. Jan Sarnicki et l’oratoire fut
inauguré en 1941 devant une foule de paysans béarnais très
émus.
Le visage en
mosaïque de la Vierge Noire avait été assemblé par un de ces
soldats , resté anonyme, à partir de débris de verre, de porcelaine
et autres matériaux de récupération.
Ces soldats
n’attendaient toutefois qu’une opportunité pour
s’enfuir du camp et reprendre les armes. La fin de la zone «
libre » en 1942 accéléra le rythme des évasions , lorsqu’il
fut question de puiser dans cet effectif pour envoyer des
travailleurs forcés en Allemagne. Beaucoup de ces soldats polonais
réussirent à quitter la France et participèrent à la campagne
d'Italie.
Depuis la fin de la
guerre, le monument a été restauré en 1969 par un sergent du 1er
RCP, puis déplacé sur la route nationale, a 300 mètres de son
emplacement originel.
Chaque année lors du
Pèlerinage Militaire International de Lourdes, une délégation de
soldats polonais s’arrête à Idron pour rendre hommage à leurs
compatriotes exilés, à cette occasion la municipalité d’Idron
et l'armée française les accueillent pour un journée du
souvenir.