
À l’extrémité du quartier du Front-de-Maine, à l’emplacement de l’ancienne prairie d’Alloyeau, une grande pendule - telle une lépiote élevée - accompagne les nouveaux immeubles et intrigue le passant. D’où vient-elle ? Pourquoi à cet endroit ? C’est un souvenir des abattoirs. Le premier ouvre en 1847. Œuvre de l’architecte angevin Moll, il a son entrée sur le boulevard de Nantes (boulevard Gaston-Dumesnil). Auparavant, c'était en pleine ville que se faisaient les tueries, dans les boucheries regroupées aux alentours de la rue de l'Écorcherie (rue Plantagenêt actuelle). Cinquante ans après sa mise en service, ce premier abattoir est déjà insuffisant pour les soixante et onze bouchers d'Angers.
Dès 1884, le rapporteur du budget au conseil municipal le signale. Plusieurs projets d’agrandissement se succèdent, dont celui de 1894, dressé par l'architecte de la ville, Aïvas. Le jugeant peu en rapport avec le nombre croissant des habitants, la municipalité fait établir un deuxième projet. Cette fois, les constructions - prévues pour 150 boeufs, 600 moutons, 400 veaux, 275 porcs, soit l'approvisionnement d'une semaine - doivent remplacer le premier abattoir au fur et à mesure des ressources de la ville.
Malheureusement, le Conseil général des Bâtiments civils, à Paris, juge que les plans témoignent « d’une complète inexpérience en matière de construction et d’hygiène » et repousse le projet. Finalement, la municipalité décide en 1903 d'ouvrir un concours sur la base du programme rédigé par Léon Mallet, directeur de l'abattoir et M. Foucher, vétérinaire principal de l'armée à la retraite, conseiller municipal depuis 1900.
Un architecte parisien, Jules Blitz, en sort vainqueur en avril 1904. Cependant, les évaluations portées au devis étant jugées trop faibles par le Conseil général des Bâtiments civils, il faut encore un délai de trois ans - le temps de dresser un nouveau devis mieux estimé - avant que les travaux ne commencent.
Le nouvel abattoir est inauguré le 30 octobre 1910. On vante aussitôt les qualités des nouveaux bâtiments qui intègrent tous les progrès accomplis à l'époque en matière d'hygiène, d'aération, de chauffage central pour la triperie et la charcuterie, à l'exception du frigorifique, ajouté quelques années plus tard. L'abattoir est cette fois orienté vers la Maine, pour permettre le prolongement du boulevard Henri-Arnauld et l’extension de la ville de ce côté. L’entrée est monumentalisée par les deux pavillons du directeur et de l'administration. Dans l'axe, une horloge préside aux allées et venues. L'abattoir d'Angers passe pendant quelque temps pour un modèle en France, tout comme celui du Havre vingt ans plus tôt.
L’horloge, imaginée avec talent par Blitz, ajoute beaucoup à l'agrément des constructions. Juchée sur un pylône métallique dessiné par A. Ventrou, d'une hauteur totale de 14,85 mètres, elle est contenue dans une caisse de bois courbe qui s'évase vers le haut pour former un gracieux chaperon, rappelant la forme des pagodes. Les quatre cadrans sont éclairés la nuit. Au-dessus, une armature en fer forgé retient le timbre de 80 kg formant cloche en bronze, à la manière d'un réveille-matin. Elle se remonte tous les huit jours et sonne heures et demies. Construite par les établissements Lussault à Tiffauges, c'est Coste-Chudeau, horloger 23 rue des Lices à Angers, qui l’installe en août 1909, pour 1 980 francs. Trois cadrans portent le nom de Lussault, le quatrième celui de l’horloger angevin.
(Source : Vivre à Angers, juin 2005)