Le bois de Soleilmont
L'Abbaye
En règle générale, peu de gens savent qu’au sud de Fleurus un domaine boisé de plusieurs dizaines d’hectares existe encore.
Des chaussées qui le bordent, il est presque invisible et vu de l’autoroute R3 aboutissant à Heppignies, il n’est qu’une tache verte qui s’efface rapidement.
Pourtant ce lieu révèle quelque chose de particulier, un « on ne sait quoi » que les différents noms des zones qui le forme évoquent.
Documents utiles et intéressants
http://www.fleurus-tourisme.be/documentations/soleilmont.htm
http://www.fleurus-tourisme.be/programme/presentation%20salle%20FR%20A4.pdf
http://www.fleurus-tourisme.be/images/carte_promenade/tous%20circuits%20FORET%20DES%20LOISIRS.pdf
En 1815, c'est sur les pentes du bois, au pied de l'oppidum et en travers de la chaussée de Charleroi, nouvellement ouverte, que se retranchent les troupes prussiennes.
C'est au cours des combats pour les déloger que sera tué le général Letort, aide de camp de l'Empereur.
C'est à cause de ces même troupes (elles ont retardé l'avancée des Français jusqu'au soir du 15 juin) que Napoléon ne pourra pas occuper Fleurus comme prévu.
Un lieu de Culte et de Foi
Si le nom de Soleilmont peut évoquer un culte solaire, dont le souvenir se serait transmis à travers des millénaires, en fait aucune recherche sérieuse n'a jamais été entamée sur le thème.
Par contre une chose est certaine, depuis plus de mille ans maintenant, Soleilmont est devenu un haut lieu de la vie religieuse de notre région.
Une légende prétend que ce serait Albert III le pacifique, comte de Namur, et par ailleurs seigneur d'Heppignies (où il résidait) qui serait à la base de la fondation de l'établissement vers 1088.

Quant à ses descendants, ils auraient assuré la pérennité des lieux, au travers de généreuses donations de terres et de biens divers ; lesquelles ont enrichi la communauté mais ont provoqué également un relâchement des moeurs.
Plus de jeûne, plus de silence, plus d'abstinence de viande, plus de travail des mains comme l'impose la règle de saint Benoît ; mais un goût immodéré pour les mets délicats, le linge fin, les meubles rares, soit le confort.
Tant et si bien qu'en 1414, un décret ordonna la suppression de l'abbaye ainsi que différentes implantations dépendantes d'elle.
Une réforme est alors activement menée par Dame Marie de Senzeille, abbesse de Soleilmont. La « régularité » est si bien réintroduite que, à l'instigation de sa promotrice, elle est transposée dans plusieurs monastères des Pays-Bas et Soleilmont devient rapidement une « pépinière » d'abbesse.
Une abbaye pré cistercienne ?
L'ordre de Cîteaux (Ordo cisterciensis), autant connu sous le nom d'ordre cistercien est un ordre monastique catholique, fondé en 1098 à l'abbaye de Cîteaux par Robert de Molesme pour suivre la Règle de saint Benoît.
Ces règles ou lois écrites ont été imaginées par Benoît de Nursie, au VIème siècle, pour les membres d'un ordre monastique connu comme l'Ordre de saint Benoît.
Au-delà de son influence religieuse, ce texte est l'un des plus importants travaux écrits datant de la formation de la société médiévale. Il peut être considéré comme l'ancêtre des constitutions écrites et a pour fondement la notion d'autorité limitée par la loi.
Mais ce texte constitue avant tout une règle de vie des communautés religieuses.
La journée du moine ou de la religieuse a pour pivot central la célébration d'offices religieux : sept le jour et un durant la nuit, le reste de la journée étant consacré à des travaux manuels, la lecture des ouvrages religieux, les repas et peu de repos.
Benoît, qui avait apprit des Pères du désert que «l'oisiveté est ennemie de l'âme» considérait qu'il était imprudent de laisser un quelconque moment libre.
Si aujourd'hui Soleilmont est une abbaye cistercienne, elle existait en fait comme abbaye bénédictine avant la fondation de Cîteaux et de la règle s'y rattachant.
Ce n'est que le 23 mars 1328 qu'une bulle du pape Grégoire IX ratifia l'affiliation à l'Ordre de Cîteaux et plaça Soleilmont sous la protection du Saint Siège (le Vatican).
L'original de ce document fut conservé jusqu'en 1963 dans l'abbaye elle-même.
Une abbaye particulière
En fait, on peut dire que l'abbaye de Soleilmont a su, au travers de son histoire, cultiver ses particularités pour se construire une «légende».
Quelle abbaye peut se vanter d'avoir compté dans ses rangs une religieuse, au début du 15ème siècle, ancienne joueuse de balle si célèbre pour sa force et sa dextérité qu'elle avait été invitée à la cour du Roi pour en faire démonstration.
Ou encore, d'avoir possédé un étang d'une taille si prodigieuse et si riche qu'il alimentait en poissons frais les habitants de la région.
Ces produits furent d'ailleurs servis à Louis XIV, lors de son passage dans notre région.
D'être également, l'une des rares abbayes à posséder un fragment de l'un des « saint clous », lequel aurait servi lors de la crucifixion de Jésus.
D'avoir toléré durant plusieurs siècles et jusqu'en 1922, date à laquelle l'arbre est tombé et la souche fut transférée au Musée de la Vie Wallonne, à Liège, la présence d'un « arbre à clous » constellé de près de 70.000 de ces petits « actes de dévotion » aux origines bien païennes.
Une histoire troublée
Lieu en principe hors du temps et du monde, une abbaye n'en subit pas moins les vicissitudes du temps. Soleilmont ne fait pas exception à la règle.
Elle subit son lot de ravages et de dévastations au fil des siècles, les religieuses étant même chassées du lieu lors de Révolution française.
Toutefois, tant bien que mal, s'accommodant d'un assouplissement de la règle que les temps imposaient le centre religieux réussit à survivre en ses murs, durant plus de neuf siècles, jusqu'en 1963.
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Le jour de Noël de cette même année, un incendie éclate dans les combles de la partie abbatiale. En quelques heures, la plus grande partie des bâtiments est réduite en cendre et une multitude de trésors accumulés au cours des siècles s'envole en fumée. |
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Ce qui pourrait signaler la fin de la communauté est en fait le signe d'un renouveau.
Depuis 1973, un nouveau monastère s'étend à quelque distance de l'ancien, et c'est dans un cadre résolument moderne que l'Abbaye de Soleilmont poursuit son existence de pauvreté, de partage, et de recherche de Dieu.
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