Patrimoine oublié
La ligne 132 est la ligne ferroviaire qui relie Charleroi à Mariembourg. On distingue 2 tracés :
1. L'ancien tracé Walcourt - Gerlimpont - Silenrieux - Falemprise - Cerfontaine - Senzeilles - Neuville - Roly - Mariemebourg.
2. Le nouveau tracé : Walcourt - Yves-gomezée - Philippeville - Mariembourg.
Le nouveau tracé est emprunté depuis 1970 puisque la construction des barrages de l'eau d'heure innonde le tracé de Silenrieux à Cerfontaine.
Le tunnel de senzeille appartient au premier tracé et relie Senzeilles à Roly.
Il existe 2 tunnels, le premier était à simple voie puis un deuxième, lui à douvle voies.
LES TUNNELS DE SENZEILLE -
LA TRANCHÉE DE SENZEILLE
SITES FERROVIAIRES REMARQUABLES
Un tracé ferroviaire abandonné, un tunnel oublié en pleine forêt, une mystérieuse tranchée de nulle part vers nulle part...
Qu'y a-t-il de si remarquable à ces sites ferroviaires en Forêt de Senzeille?
Beaucoup plus qu'une simple histoire de ligne ferroviaire délaissée!
Deuxième tracé (de 1914) avec voie vers Senzeille près de Beauchâteau, le 17 janvier 1971 - la 2e voie, à droite, disparut en 1959
Le premier tracé (de 1854) file en ligne droite à travers la forêt de Senzeille (12 avril 1995)
|
Deux tracés ferroviaires bien distincts
|
Le 31 août 1970, en vue de la construction des barrages de l’Eau d’Heure, la ligne 132 Charleroi-Mariembourg fut détournée par Philippeville. Du coup la section Walcourt-Neuville(Sud) par Senzeille fut abandonnée et la voie démontée un an plus tard. Par après, vers 1973, l’assiette ferroviaire fut convertie en axe routier, la N978 ou Route des Lacs.
Attention! Ne pas confondre ce tracé avec l’allée forestière plus ou moins parallèle qui, interrompue par la végétation après 800 m, aboutit en droite ligne au tunnel actuellement muré, en pleine Forêt de Senzeille: ici il s'agit du premier tracé de la ligne 132, inauguré en 1854 et abandonné vers 1914, lors de la mise en service de la section à double voie, devenue aujourd’hui la N978.
Les deux tracés se quittent à hauteur du pont ferroviaire près de Neuville(Sud) et se rejoignent 3 km plus loin, à l’entrée de ce qui fut la gare de Senzeille.
|
Passage supérieur et voie vers Senzeille (sur le 2e tracé) peu avant le tunnel (1 mai 1971)
Au même endroit: la N978 vers Neuville (Sud) - le pont a disparu (10 avril 2009)
|
|
Les tunnels de Senzeille
De ce qui précède il s’ensuit que sur le nouveau tracé un deuxième tunnel, de 594 m et à double voie, que nous nommerons ‘Senzeille 2’, a dû être percé.
Lors des travaux, une voie de service temporaire fut établie entre les deux tracés (voir plan ci-contre). Son assiette, toujours visible en tant que sentier forestier, aboutit près du portail oriental du premier tunnel (Senzeille 1).
|
Les deux tunnels et les différents tracés ferroviaires près de Senzeille - seul le tracé de 1970 vers Philippeville subsiste aujourd'hui
|
Chantier du nouveau tunnel Senzeille 2, côté forêt - A gauche: voie de service vers Senzeille 1 (carte postale)
Portail de Senzeille 2, côté forêt. La fin est proche... (1 mai 1971)
|
Contrairement au portail occidental, côté Senzeille, déjà muré vers 1914 après abandon du premier tracé, cette entrée resta ouverte et accessible à tous pendant plus de 90 ans. Toutefois, sujet à des infiltrations d’eau et à des chutes de pierre se détachant des parois, ce tunnel de 520 m se dégrada de plus en plus. Déjà scindée en deux par un cône d’éboulis en-dessous d’une cheminée d’aération, la galerie fut finalement condamnée au début du 21e siècle.
Quant à son voisin à double voie, Senzeille 2, celui-ci ne tarda pas à faire les frais des travaux routiers. Un projet de réutilisation ayant été abandonné, son portail oriental disparut sous le remblai de la N978 contournant l’obstacle au lieu de le traverser.
Ainsi, la galerie existe toujours, quoique totalement inaccessible, l’entrée côté Senzeille ayant été comblée elle aussi. Quant à la N978, celle-ci rejoint l’ancienne ligne 132 à hauteur de la gare de Senzeille, disparue à son tour.
|
Le portail oriental de Senzeille 1, perdu en pleine forêt (12 avril 1995), aujourd'hui muré
|
Qui aurait pu imaginer, 60 ans plus tôt, que ce ‘nouveau’ tunnel disparaîtrait beaucoup plus tôt que son infortuné prédécesseur?
La "Tranchée de Senzeille"
|
Mais c'est de l'autre côté du tunnel que les choses prennent une tournure vraiment intéressante.
Car là, la topographie de l’endroit nécessita le creusement d’une profonde tranchée entre le tunnel et la gare de Senzeille. Lors de la mise à double voie cette tranchée fut élargie et approfondie jusqu'à plus de 20 m à l'entrée du nouveau tunnel. Imaginez les terrassements impressionnants nécessaires pour tout cela (voir carte postale ci-contre), comme en ont longuement témoigné les nombreux déblais de part et d'autre des deux ouvrages.
L'idée de faire passer la N978 à travers le "grand" tunnel ayant fait long feu, les déblais issus de tous ces travaux furent tout bonnement versés dans la tranchée désormais inutile, ensevelissant du coup le portail des deux tunnels (*), mais laissant quasiment intacte la partie supérieure de la tranchée sur son flanc sud. Pourquoi?
Il faut savoir qu’au 19e siècle tous ces nouveaux charbonnages et tranchées ferroviaires furent l'occasion rêvée d'étudier en détail le sous-sol et de fixer ainsi les structures géologiques dans le sud du pays, tout particulièrement dans le secteur Philippeville-Couvin-Givet, ce dont témoignent les dénominations géologiques mondialement reconnues comme Couvinien, Frasnien, Givétien... Un vrai paradis pour géographes, géologues et... chasseurs de fossiles!
Ainsi, les couches affleurant dans la tranchée ferroviaire de 1854 entre la gare et le tunnel permirent d’y déterminer avec précision le passage du Frasnien Supérieur au Famennien Inférieur, deux époques géologiques successives.
Alors que, d'emblée, la partie inférieure de cette tranchée fut comblée, il importait que ce site géologique international, la partie supérieure de la “Tranchée de Senzeille”, soit sauvegardé. Par après, un sentier de découverte y a même été aménagé.
|
Carte postale remarquable avec vue unique sur les deux portails et sur l'immense chantier d'élargissement de la tranchée de Senzeille - seule la moitié supérieure du flanc sud (à droite) émerge aujourd'hui
En arrière-plan, l'ancienne tranchée ferroviaire envahie par une végétation fort dense (9 avril 2010)
|
(*) Après la mise en service du nouveau tunnel, le portail ouest de Senzeille 1 fut démoli et l'ouverture masquée par le mur du portail de son voisin. Toutefois, le sommet de la voûte demeura à l'air libre, livrant passage aux chauves-souris pendant six décennies encore, avant de disparaître une fois pour toutes, enseveli sous les déblais au fond de sa tranchée.
Epilogue
La tranchée ferroviaire le 9 avril 2010 - à gauche: la N978
|
Le deuxième tracé, celui de 1914, aura eu la vie longue. Quasiment effacé du paysage au début des années 70, le site ferroviaire de Senzeille est devenu méconnaissable et la tranchée géologique internationale envahie par une épaisse végétation. Le souvenir du site ferroviaire s'estompe de plus en plus, à tel point que les descriptifs surgissant par-ci par-là embrouillent la réalité topographique des lieux, ignorant que le tracé déchu, celui de 1854, soit le seul qui ait survécu.
Ce dossier n'a dès lors d'autre but que d'informer correctement les générations actuelles et futures sur ces quelques vestiges perdus en Forêt de Senzeille.
1854, 1914, 1971-73... Au fil des temps, ce site ferroviaire a dû subir pas mal d'outrages. Qui peut dès lors prétendre avec certitude qu'après l'enlèvement des rails le calme soit revenu – définitivement?
|