A l’embouchure de la Gironde, face à Royan, Dönitz, un soldat Allemand patiente, appuyé sur sa mitrailleuse MG34. De sa fenêtre de tir, il scrute la plage et les eaux mouvementées de l’estuaire.
Il est tard ce soir de décembre 1943. La nuit est froide mais le ciel est lumineux, baigné de la clarté d’une pleine lune d’hiver. Dönitz admire ce ciel étoilé en repensant aux évènements déroulés à peine un an auparavant. Six Royal Marines, en kayak, avaient remonté l’embouchure en profitant d’une nuit noire. Une frégate allemande les avait pris en chasse. Qui sait combien avaient survécus ? Il l’ignorait.
Peu lui importait à vrai dire. La guerre ne vous rendait pas insensible mais elle obligeait à se détacher des évènements, à ne pas les ressasser sans cesse au risque d’y laisser la raison.
En revanche, Dönitz pensait souvent à sa famille, sa femme LINA, ses enfants et son village d’origine. Il trimballait un petit lot de souvenirsdans un pot de confiture. Un dessin de ses enfants, un bouchon de vin de glace, spécialité des bords du Rhin et d’autres babioles. Ce petit pot, il l’avait caché le temps de son séjour. Dans les jours suivants, par une action isolée de la résistance, Dönitz perdit la vie lors d’une attaque d’un convoi ferroviaire, à quelques kilomètres de son bunker. Le pot de confiture, lui, est toujours là.
Il est laissé aux bons soins de celles et ceux qui veulent se souvenir, le temps d’une balade, d’une recherche. Le pot est accessible à tous, mais pas à la vue de tout le monde. Il est au pied du bunker, face à royan, sous un hommage éternel à sa femme. ….