"Le Trou des lutons.
En haute-Sûre, les trous des lutons de Winville et de Volaiville communiquaient entre eux par un réseau souterrain. Celui de Volainville est en tout points remarquable. Situé à 1 Km du village environ, c'est un trou étroit qui semble s'enfoncer dans la roche comme pour accéder à une cave; l'endroit est plein d'admosphère feutrée et secrète propre aux sites légendaires.
Comme partout en Ardenne, les paysans qui avaient des vêtements à laver, des souliers à ressemeler, des casseroles à rétamer, venaient confier ces objets aux lutons qui les réparaient en échange de nourriture et de friandises.
Or, un soir, une pauvre veuve se présenta, en pleurs, devant le trou de Winville. Au luton qui l'interrogeait, elle apprit que son mari était mort récemment et qu'elle ne pouvait s'occuper toute seule des travaux des champs.
"Sèche tes larmes!" lui dit le nain compatissant. "Tout à l'heure, amène ta charrue et tes semences sur un de tes champs, puis va te mettre au lit. Je m'occupe du reste."
Quand, le lendemain, la fermière se rendit à ses champs, qu'elle ne fut pas sa surprises de constater qu'ils étaient et labourès et semés. Leur récolte fut même très supérieure à celle des années antèrieures.
Ainsi le luton, pendant plusieurs années, s'occupa des champs de la femme. Un jour, cependant, elle s'entendit avec son voisin, moyennant finance, pour faire travailler le luton sur un champ de l'homme. Elle amena donc sa charrue et un sac de grains sur le champ en question. Mais la nuit qui suivit, aucun luton ne vint sur ce champ ni d'ailleurs sur ceux de la femme; ils n'y vinrent même plus jamais, profondément choqués que l'on ait voulu monnayer leurs services."
Extrait du livre :" L'Ardenne Merveilleuse", de J.L. Duvivier de Fortemps et B. Stassen aux éditions Weyrich