Le monument sert de mémorial aux victimes civiles de la grande guerre.
Le 9 octobre, la préfecture de Lille avait donné l'ordre de faire évacuer tous les mobilisables. Cinquante à soixante mille hommes réussirent à passer mais plus de vingt mille durent se replier sur Lille, laissant aux mains des Allemands quatre à cinq mille prisonniers civils.
Le 11 octobre, quelques-uns qui étaient arrivés jusqu'au pont d'Estaires tombèrent au milieu des troupes ennemies. C'est alors que se déroula une des scènes les plus tragiques qu'ait vécu notre ville.
En voici le récit des rares témoins survivants:
"Les avant-gardes allemandes arrivées au pont se trouvent face aux Dragons français qui tiennent toujours les barricades du pont d'Estaires et les accueillent par une fusillade assez vive. L'armée prussienne n'ose franchir le pont.
Pourtant il faut passer. Les Allemands n'imaginent alors rien de mieux que de placer des civils devant eux pour leur servir de bouclier vivant et leur permettre de franchir le pont. Ils rassemblent des prisonniers qui étaient en leurs mains mais leur nombre leur paraissant insuffisant, ils en font rechercher une vingtaine d'autres parmi la population de la localité.
On les fait aligner. L'horreur de la situation leur apparaît aussitôt : ils se sentent inévitablement voués à la mort.
Les Français hésitent un instant : ils tirent-dessus des têtes des malheureux civils. Les cavaliers allemands en profitent pour se lancer sur le pont en se penchant sur l'encolure de leurs chevaux suivis bientôt d'autres cavaliers et de fantassins.
Les français vont être débordés, il faut se résigner : leur tir devient plus précis : des cavaliers tombent mais les civils également, l'un après l'autre.
L'un d'eux pour tenter d'échapper à la mort se jette du pont dans la rivière mais les Allemands l'abattent au moment où il remonte à la surface.
Les civils français ne sont plus que trois : MM. Charles Vieren et Eugène Fontaine d'Estaires et M. Desquennes, un Roubaisien.
Les Français prennent alors le parti de canonner le pont pour le rendre impraticable. Les trois civils tombent mais réussirent à se traîner à l'abri d'une maison.
A leur tour, les Allemands mettent leurs pièces en batterie, détruisant les maisons voisines et écrasant sous l'éboulement des murs les blessés qui s'y sont réfugiés.
L'action est terminée : les Allemands ne sont pas passés"
Quelques jours plus tard, ils reculaient jusqu'à Armentières où le front allait se stabiliser pendant 4 ans.
M. Vieren mourut à Béthune des suites de ses blessures.
MM. Fontaine et Desquennes survécurent. Parmi les morts se trouvait en particulier M. Louis Blanquart, adjoint au maire, un administrateur intègre et dévoué.
C'est en son souvenir que la place proche du pont porte ce nom.
Le 11 octobre 1992, sur cette place qui venait d'être rénovée, une plaque fut scellée rappelant cette tragédie:
"Passant, arrête-toi, souviens-toi qu'en ce lieu, le 11 octobre 1914, quarante orages ont servi de bouclier à l'envahisseur voulant pénétrer dans la ville d'Estaires. Ils ont été les victimes innocentes de ce procédé lâche et barbare. Espérons que ce sacrifice ne sera pas vain et que plus jamais nous ne revivrons une telle tragédie".