Situé dans le quartier de l’Union, pile-poil entre Roubaix, Tourcoing et Wattrelos, Chez Salah est un endroit unique et hors du temps.
Pourquoi je vous entraîne ici ?
Avant les années 1860, ce quartier n’était qu’un petit lieu-dit composé de champs et de quelques fermes. Entre 1861 et 1876 s’y creuse le canal de Roubaix. L’activité textile, jusque là concentrée dans le centre de la ville y voit une opportunité d’installation. Les usines pouvaient être alimentées en eau, recevoir par bateau leurs matières premières et faire directement acheminer leurs produits finis. À partir de 1870 s’y installent donc les premiers ateliers de filature, qui deviendront plus tard les Peignages de la Tossée. En 1893, ce sont désormais et aussi par les rails que peuvent y circuler les marchandises.

Des usines de plus en plus imposantes s’installent alors dans le quartier. Comme l’usine de toile de coton Vanoutryve et plusieurs brasseries artisanales qui se regrouperont ensuite pour former la grande brasserie moderne, devenue par la suite Terken, du nom de son produit phare.
C’est ainsi que l’Union, ancien terrain agricole devient un quartier industriel et ouvrier.

Salah y ouvre son café en 1965. À une époque où le quartier vivait donc au rythme des usines et des milliers d’ouvriers qui y travaillaient.
Certains soirs, le café se transformait même en « dancing » et ne pouvait pas recevoir de personnes de moins de 18 ans puisqu’on y diffusait des « films de femmes qui se mettaient nues ». Salah pouvait rester ouvert jusqu’à 3 heures du matin.
Ça, c’était le bon temps. Le temps où tout allait bien pour Salah.
Mais dans les années 70, l’Union est frappée par le déclin de l’industrie textile. Les usines du quartier ferment peu à peu leurs portes. En 1985, la navigation sur le canal cesse.
Et un jour de 1991, on demande à Salah de quitter son café. On voulait le détruire, pour que puisse se construire, à la place, un éco-quartier. Mais Salah ne l’entendait pas de cette oreille. Il était hors de question qu’il quitte son café. Même pour tout l’or du monde. Ses enfants y ont grandi, il y a tous ses souvenirs.
Il n’a pas cédé. S’est battu. N’a pas démordu. Et au bout de 20 années de combat, il a gagné. L’ensemble des bâtiments voisins a été détruit mais pas le Café de Salah. Les plans sont revus. Il peut rester là.
Et tant mieux. Parce qu’en préservant cet endroit, c’est toute l’histoire d’un quartier qu’on sauvegarde un peu.

Si vous prenez un moment pour entrer et que vous entamez la discussion avec Salah, il en viendra sans doute à vous raconter une petite anecdote que vous prendrez plaisir à écouter.
Quelques habitués seront peut-être déjà là, accoudés au bar ou sur les tables en formica. Tables sur lesquelles on ne danse plus et depuis lesquelles on ne regarde plus de films, quelqu’en soit leur genre. Mais les souvenirs sont là. Préservés. Chacun a les siens, attachés au lieu.
Et au delà de tous ces souvenirs évoqués et de tous les trésors que vous découvrirez aux murs, il y a aussi le jukebox ! Qui n’a pas bougé depuis 1971. Il a tout de même été amputé du moteur qui lui permettait de diffuser des films (les fameux films des « femmes qui se mettaient nues ») mais les 45 tours sont toujours là. « Il est encore en francs, forcément » alors si vous n’avez pas de francs sur vous et que vous lui demandez gentiment, Salah vous fera un plaisir de vous le charger.
Et là, entre Daniel Guichart, Claude François, Gérard Palaprat, Dick Rivers, Adamo, Sacha Distel, … vous n’aurez que l’embarras du choix pour emplir le petit café d’un charme supplémentaire.
Sauf que… Vous vous rendrez vite compte que les étiquettes ne correspondent plus aux disques. Mais ce n’est qu’un détail qui, au lieu d’en enlever, ajoute encore plus de charme à l’engin.
C’est pour que cette histoire continue à être racontée que je crée cette cache. Et si vous avez un peu de temps, entrez faire la connaissance de ce grand monsieur aux yeux si doux. Vous ne le regretterez pas. Promis !