On se croirait à la campagne, passant entre deux grands domaines privés et arborés, d'un côté le domaine de Sainte Thérèse, également école et collège, de l'autre le château de Rottembourg, appartenant également aux religieux.
Société d'Histoire locale de Montgeron
LE DOMAINE DES PRÉS
L’administration des chasses royales
Ce que l’on nomme depuis la Belle Époque le « domaine des Prés » est entré dans l’histoire le 3 avril 1775 : c’est à cette date que le comte de Provence, frère de Louis XVI, fit l’acquisition de cette maison bourgeoise et du jardin attenant, afin d’y établir le siège de la capitainerie royale des chasses de Sénart.
Créées sous François Ier, les capitaineries étaient des circonscriptions administratives et judiciaires destinées à assurer le bon fonctionnement des chasses royales, notamment par la protection du gibier et la lutte contre le braconnage. La forêt de Sénart dépendait à l’origine de la capitainerie de Corbeil, longtemps dirigée par la puissante famille de Villeroy. Mais en 1774, Louis XVI décida d’en détacher la plus grande partie pour former la capitainerie de Sénart, qu’il donna à son frère en guise de terrain de chasse.
En pratique, le comte de Provence laissait la gestion de sa capitainerie au capitaine en second, le marquis Anne-Pierre de Montesquiou-Fézensac — un authentique descendant de d’Artagnan —, lui-même assisté de plusieurs officiers de justice et d’une douzaine de garde-chasse, profondément détestés par la population. En effet, le règlement de la capitainerie faisait peser de multiples vexations et de lourdes contraintes sur la paysannerie locale. Il était notamment interdit de détruire le gibier royal même s’il détériorait les champs, ce dont il résultait des pertes importantes pour les agriculteurs.
Les capitaineries furent supprimées le 11 août 1789, quelques jours après les privilèges seigneuriaux. À Montgeron, les emblèmes royaux qui ornaient l’entrée du domaine furent probablement déposés et remployés dans d’autres constructions : c’est ainsi qu’on peut expliquer la découverte d’une pierre sculptée de trois fleurs de lys dans les murs de l’actuel Office de Tourisme, ancienne écurie d’une maison de maître construite entre l’époque révolutionnaire et le Ier Empire.
L’emblème royal découvert en 2003 dans l’un des murs de l’actuel Office de Tourisme. Cliché M. Chancelier.
Un domaine bourgeois
Vendu comme bien national, le domaine est d’abord acquis par Monsieur de Folleville — pour lequel l’architecte Brongniart édifie de belles écuries —, puis par Anne Thibaut, comte de Montmorency, membre d’une des plus illustres familles de la noblesse française. Bienfaiteur de la paroisse, ce dernier meurt en 1818 d’un accident de calèche, à l’entrée même de la propriété.


À gauche : projet d’Alexandre Théodore Brongniart pour les écuries de M. de Folleville. Musée du Louvre, départements des Arts graphiques. © RMN / Michèle Bellot.
À droite : les écuries du domaine des Prés photographiées vers la fin du XIXe siècle. Collection particulière.
Le domaine est acheté en 1824 par François Guyot de Villeneuve, homme d’affaires enrichi par le commerce des fourrures d’Amérique du Nord. Amateur d’horticulture, il élève dans le parc plus de quatre-vingts variétés d’arbres fruitiers et met au point une poire à la chair blanche et fondante, la Beurré de Montgeron, qui obtient en 1852 le deuxième prix au concours de la Société nationale de Seine.
La poire Beurré de Montgeron, créée au domaine des Prés par Guyot de Villeneuve.
Planche tirée du Verger d’Alphonse Mas, vol. 1, 1865. Bibliothèque municipale de Bourg-en-Bresse. Cliché Alain Rouèche.
Vers 1853, la propriété est acquise par Baltasar Mitjans, un self-made-man espagnol qui a fait fortune à Cuba et qui vient de fonder une maison de banque à Paris. Pendant un demi-siècle, la famille Mitjans conserve cette maison de campagne où elle mène grand train. Elle s’attache durablement à Montgeron, comme en témoignent ses donations à la commune et au Bureau de bienfaisance. En 1905, elle accepte de vendre la partie de sa propriété située de l’autre côté de la rue, afin que l’on puisse y construire l’école Victor Duruy.
À la veille de la Grande Guerre, le domaine appartient à Monsieur Bidal, un industriel du textile qui s’est enrichi par la fourniture aux armées du fameux pantalon garance.
Le couvent des Prés et l’Institution Sainte-Thérèse
En 1930, son fils Pierre Bidal, cède le domaine — sans doute pour une somme symbolique — aux Sœurs Servantes du Saint-Cœur de Marie. Depuis la fin du XIXe siècle, cette congrégation charitable et apostolique est présente à Montgeron, où elle a pris en charge l’asile des vieillards ainsi qu’un patronage pour jeunes filles. En 1928, à la demande du curé Goddé, les sœurs ont ouvert une école dans la propriété des Bidal, utilisant comme salle de classe les anciennes écuries. L’institution est placée sous l’invocation de sainte Thérèse, récemment canonisée.
Les religieuses adaptent progressivement le domaine à la vie conventuelle. Dès 1930, l’architecte Henri Vidal conçoit une chapelle dans l’esprit du « nouvel art sacré ». Les vitraux en sont réalisés, à partir de verres industriels, par le célèbre atelier nancéien de Jacques Grüber.
La chapelle du couvent des Prés, construite par l’architecte Henri Vidal en 1930. Cliché P. Arpin.


Les deux vitraux de l’atelier Grüber, réalisés à partir des cartons d’Henri Vidal.
À gauche : la Vierge à l’Enfant. À droite : trois médaillons figurant l’Annonciation, la Pietà et la Résurrection.
Clichés A. de Castries.
Après la guerre, le logis principal connaît plusieurs extensions afin de loger les novices, tandis que les anciennes écuries se voient englobées dans un bâtiment plus moderne et plus vaste, répondant au développement de l’école puis à la création du collège, en 1966.


À gauche : le logis principal vers 1900. Carte postale ancienne. Collection particulière.
À droite : le logis principal dans son état actuel.Clichés A. de Castries.