L'origine du nom du site et la légende des Rapides du Diable
D'où peut bien venir le nom "Rapides du Diable" ? Personne ne peut le dire exactement. Est-ce un toponyme amérindien ? La Commission de toponymie du Québec affirme que non. Il faut noter que ce toponyme était d'usage en 1730. Il a été utilisé dans une lettre d'un dénommé "Cuguet" qui voulait se faire octroyer les terres entre la fin de la seigneurie de Lauzon et le Rapide du Diable (maintenant, nous disons les Rapides du Diable). D'autre noms auraient été utilisés anciennement pour le site : Le Portage, Le Rapide, Les Grands Rapides, L'Enfer, Les Portes de l'Enfer. Dans les faits, il n'existe aucune explication exacte au nom actuel du site.
Par contre, la légende des Rapides du Diable nous donne une justification intéressante de l'origine du noms...
À l'automne 1775, le Général Benedict Arnold, un haut gradé dans l'armée américaine lors de la guerre d'Indépendance emprunta la vallée de la Chaudière pour descendre vers Québec dans le but d'attaquer la ville alors sous contrôle britannique. Cet homme se situe au centre de la légende des Rapides du Diable.
On désignait autrefois sous le nom de portage ou grand Rapide, la partie de la rivière Chaudière qui coule à deux millles au sud-est de Beauceville, qu'on appelle aujourd'hui Le Rapide du Diable, et cela d'après une légende qui veut que le trésor de l'armée américaine y fut perdu en 1775 et soigneusement conservé depuis, par le Diable. Malgré les travaux qui ont été faits par maints chercheurs, ce trésor n'a jamais été retrouvé. Un de ces chercheurs de trésor s'appelait "Le Vieux Soldat"... Dans ses courses, pendant de longues veillées devant le feu de cheminé, chez les habitants, on lui avait assuré qu'Arnold avait perdu un coffre rempli d'or et d'argent dans le Rapide et que personne, malgré les travaux, n'avait pu le trouver, parce que le diable le gardait. Pour s'en emparer, il fallait donc avoir un "Petit Albert", volume qui enseignait le moyen de faire apparaître Santan et faire un pacte avec lui. Le Vieux Soldat se rendit alors à Québec... Il alla rendre visite à ses amis qui lui procurèrent à leur grand amusement, le fameux "Petit Albert", une prétendue corde de pendu, une chandelle de suif de mouton en guise d'une chandelle de pendu, un couteau qui n'avait jamais servi, etc., objets indispensables, indiqués d'après le célèbre rituel, pour obtenir une entrevue avec le diable en personne. Il lui manquait qu'une poule noire et ce fut pour lui chose facile d'en voler une. Puis il attendit un vendredi qui tombait au 13 du mois, pendant la pleine lune. Quand la date fatidique fut arrivée, il se rendit dans la soirée, au rapide entre deux Esturgeons, énormes rochers qui divisent le lit de la rivière en deux, et se mit à faire les cérémonies obligatoires. Le Vieux Soldat alluma sa chandelle de graisse de pendu et se répéta tout bas les mots magiques et les invocations enseignées par le "Petit Albert". Tout à coup, de l'horizon apparurent des lueurs qui éclairaient par instant tout le firmament ; ce n'étaient pas des éclairs, mais des jets de lumière... À l'heure de minuit, éclata un bruit épouvantable, qui ébranla les montagnes ; il sembla au Vieux Soldat qu'elles allaient bondir, quand il aperçut une boule de feu descendre des nues en serpentant et venir à lui, mais cette boule de feu dans la terre se sépara en deux et Satan apparut, et le coffre rempli d'or et d'argent jaillit de terre. Comme tout canadien de ce temps-là, le Vieux Soldat prenant la traînée de feu dans le ciel pour un éclair, fit un signe de croix. Aussitôt Satan et le coffre rempli d'or et d'argent disparurent. Le signe de croix avait chassé le démon... Il était encore presqu'inconscient lorsqu'il vit venir à lui, à la vitesse d'un boulet de canon, un immense globe de feu transportant un démon tout noir qui menacait avec une fourche. Le Vieux Soldat voulut crier, mais sa voix s'étrangla et il perdit connaissance. Le lendemain, son frère descendant le long de la rivière, aperçut près des Esturgeons du portage un homme étendu qui paraissait inanimé, alors il s'empressa d'aller lui porter secours. Malgré tous les soins qu'on lui donna, le Vieux Soldat ne repris jamais connaissance, mais dans le délire de sa fièvre, il rapporta tous les détails de cette horrible nuit.