Dans l'histoire de nos lettres dialectales, Emile Robin, décédé à Namur, le 26 février dernier, occupera une place de choix. C'était en effet le type parfait de l'écrivain populaire, tirant toute son inspiration de son milieu d'origine, possédant, à défaut d'une grande culture littéraire, une sensibilité toujours en éveil, la curiosité d'observer et de s'instruire, puis !e don d'exprimer ses idées avec naturel et sincérité. Un grand amour des humbles, le respect de leur langue et une inaltérable modestie le préservèrent toujours de cette prétention qui pousse beaucoup d'écrivains d'aujourd'hui à élever la pensée et l'expression wallonnes à un niveau qui les dépasse et qu'ils n'atteignent qu'au prix d'une détestable francisation. Emile Robin était né dans la rue des Fossés-fleuris, au nom évocateur, à deux pas de Saint-Jean, de la rue des Brasseurs, de la Halle et de la Sambre, quartier du petit négoce et du petit peuple besogneux, qui garde, sous des apparences placides, l'esprit frondeur des ancêtres, leur patois sonore et imagé, leurs traditions et leurs croyances.
C'est pour ses amis des « Rèlîs » un sujet de douce fierté que de voir, à ce confluent de nos deux chers cours d'eau, au coeur du vieux Namur, ces vers d'Emile Robin, gravés dans la pierre pour la postérité :
Choûtez nosse Sambe tôt I1 long di s' couse :
C'est I' tchant do fier et do tchèrbon.
Choûtez I' clére aiwe di nosse bêle Moûse
Causer d'amour et dès Nûtdns.
Binaujes et fiéres di leû besogne,
Asteûre v'Ià qu'èles si rabrèssenut
Divant nosse vî « Grognon » qui grogne,
Djalous dèl djôye qu'èles si don'nut.