Difficile d'imaginer que jusqu’à la fin de la Renaissance, ce quartier très urbanisé se trouvait hors de la ville, permettant aux navires fluviaux de débarquer leurs précieux chargements avant de les emmener aux Halles via la bien-nommée rue des Charrettes ou jusqu'au Vieux-Marché par la rue du Vieux-Palais.

La place était alors marquée par une fontaine surmontée d’une Statue du roi Henri IV en Hercule. Peu avant la Révolution, cette statue fut remplacée par une autre, représentant le souverain en armure (admettons-le, c'était plus classique…)


Hélas, les Révolutionnaires mutilèrent et abattirent cette statue, et la fontaine disparut dans la foulée. Rebaptisée Place du Palais-Royal, la place ne récupéra le nom d’Henri IV qu’en 1818.
Le XIX et la première moitié du XXe siècle virent les jours fastes du quartier. Il ne reste que peu de traces de son riche passé de zone portuaire animée par les marins en escale (l’écrivain Pierre MacOrlan, notamment, y venait boire et s’imprégner de l’ambiance pittoresque). Tout juste peut-on encore retrouver, rue Harcourt, la façade en trompe-l’œil d’un shipchandler (magasin général de la marine), et le siège rouennais de la HPLM, grande société de remorquage fluvial.
Quasiment tout le reste disparut durant la Seconde Guerre Mondiale dans l’incendie de 1940 et les bombardements de 1944. Le quartier entier fut reconstruit assez rapidement, dans le style nettement moins pittoresque qu’on peut encore lui voir aujourd’hui.
Puis en 2009, surprise : on retrouva à Canteleu la statue d’origine ! Rachetée par la Ville de Rouen, puis restaurée, elle revint au bercail en 2014, après plus de 300 ans d’absence ! Parions qu’elle se sent un peu dépaysée aujourd’hui au milieu des immeubles. La surprise est d’ailleurs mutuelle, puisqu’elle relève d’un genre, très en vogue à la Renaissance : l’ « allégorie historique », soit l’art de représenter une personne existante sous les traits d’une figure historique, voire mythique. Tel Hercule venant de vaincre le Lion de Némée, le Vert-Galant est donc représenté brandissant fièrement un gourdin, ceint de la peau du fauve… et rien d’autre. Le sculpteur ayant pris des libertés avec les lois de la gravité, la pudeur est sauve, mais il s’en est fallu de peu.

ENGLISH VERSION
One can hardly imagine now that, until the late Renaissance, this very modern district lay outside of the city walls, and served as a docking space for ships. The goods were then carted away down the aptly-named Rue des Charrettes to the Halles, or up Rue du Vieux Palais to the Old Market.
On Place Henri IV then stood a fountain topped by a Statue of King Henri IV as Hercules. A few years before the French Revolution, that statue was replaced by another one showing the king in full armour. Unfortunately, the Revolutionaries mutilated and took down this symbol of the monarchy.
During the 19th and early 20th centuries, this district was a vibrant dockside area where sailors could unwind. The only remnants of that golden age, to be found in Rue d’Harcourt, are a former shipchander’s trompe-l’oeil façade and the local headquarters of a big tugboat company, the HPLM. The Second World War brought this all to an abrupt stop. Between the 1940 fire and the 1944 bombings, not much was left standing. The district was subsequently rebuilt in a much less picturesque style.
A surprise came up in 2009, though: in the neighbouring town of Canteleu, the original statue of Henri IV was found. It was bought back by the City Hall, then restored and placed back in its initial position, after 300 years' leave. The statue seems slightly out of place in the modern area, all the more so since it belongs to a genre which, though very popular in the Renaissance, seems rather incongruous to us. As a “historical allegory”, it shows a real, contemporary person as a historical, sometimes a mythical figure. Here the French King is depicted as Hercules just after his victory over the Nemean Lion : wielding a club, he is draped in the lion’s pelt, in a gravity-defying way that leaves just enough to the imagination.