Dès les débuts du peuplement de l’île, Salazie servait de refuge aux Noirs fuyant le sort inhumain que l’esclavage leur réservait.Ces « Noirs marrons » vont marquer de leurs empreintes les Hauts de l’île. D’ailleurs, le nom du cirque tire ses origines de l’expression malgache « SOALAZY » qui veut dire « bon campement ».

Il y a des personnages historiques avec un grand H dont on ne sait hélas, pas grand chose. L’histoire, telle qu’on la connaît dans l’école de La République à la sauce coloniale n’a retenu ni leurs noms - ils sont réputés ne pas en avoir eu - ni leurs dates de naissance, ni leurs origines géographiques. On dira qu’ils sont esclaves malgaches, indiens, africains, ou créoles. On connaît mieux leurs maîtres souvent colons ignares et brutes épaisses. On connaît aussi les chasseurs de noirs marrons qui moyennant argent se lançaient à la poursuite des fugitifs, à la demande de la colonie ou bien de leurs anciens maîtres.
A défaut d’histoire, une Légende
Anchaing n’a pas d’histoire officielle mais il a une légende et aux héros de légende, on prête plusieurs vies, plusieurs morts, A Anchaing, on prête également une compagne : Héva, que l’on voit belle, désirable, fidèle en amour jusqu’à la mort. On la voit également victime d’un maître cruel qui, à défaut de pouvoir la posséder, lui fit donner vingt coups de fouet pour un vase cassé. A la suite de ce sévice, son amoureux l’enlève et le couple se réfugie dans le lit de la rivière du mât, sur un piton dans le cirque de Salazie.
Un maître tenace et un chasseur opiniâtre.
Mais, le maître tenace n’a jamais accepté la fuite d’Héva et celle du marron. Quant à Bronchard, le chasseur de noirs dont la mission est de capturer les fugitifs, morts ou vifs dont l’opiniâtreté est légendaire, lui n’abdique jamais non seulement parce qu’il est payé pour cela, mais aussi parce que le chasseur n’abandonne pas comme cela la poursuite de sa proie.
Les morts d’Anchaing
A l’école, nous avons appris - c’est l’histoire enseignée aux enfants - que Bronchard, qui s’est pris d’amitié pour ce marron insaisissable tirait souvent vers le haut du piton inaccessible. On nous a dit qu’Anchaing le narguait en lui montrant son derrière et que les balles ou les plombs n’atteignaient jamais leur cible. Un jour hélas, le chasseur avait reçu livraison d’un nouveau fusil à plus longue portée et cette fois le coup a fait mouche.
On raconte aussi qu’un jour, Anchaing s’est précipité dans le vide pour échapper à un sort cruel et que le destin lui a permis de se poser en douceur sur le fond sablonneux de la ravine. Le chasseur ayant recherché son cadavre pour lui couper la main et la rapporter comme preuve de sa réussite ne l’a pas retrouvé.
Nous avons besoin d’Anchaing
Histoires vraies ou fruits des imaginations, il n’en reste pas moins que la légende d’Anchaing, le noir marron, symbolise, pour nous, La résistance de l’homme à la domination et à la répression... On peut dire qu’il nous manque encore aujourd’hui tant il y a de combats à livrer pour la liberté des peuples.
