Pablo Neruda naît en 1904 au Chili et y meurt en 1973, douze jours après le coup d’Etat militaire qui renversa le gouvernement de Salvator Allende. Il fut un poète et écrivain très engagé politiquement.
Il commence à écrire et publie ses premiers poèmes à treize ans. À dix-neuf ans, il publie son premier livre, Crépusculaire.
Parallèlement à ses publications, Pablo Neruda entame une carrière dans la diplomatie en 1927. Il occupe des postes de consul en Birmanie, en Inde ou encore au Brésil. Ses prises de position en faveur de la République espagnole lui coûtent son poste à Madrid en 1937.
De retour au Chili, le poète s'engage activement dans la politique et se fait élire au Sénat en 1945, sous la bannière du Parti communiste auprès duquel il est encarté. Trois ans plus tard, le communisme est banni par le président chilien en place, Gonzalez Videla, et Pablo Neruda fuit son pays. Son exil, passé en Europe pour l'essentiel perdure jusqu'à l'élection du socialiste Salvador Allende à la tête de l'État en 1970. Durant trois ans, le poète est ambassadeur du Chili en France.
Il laisse une œuvre qui navigue entre modernisme et surréalisme et qui lui vaut d'obtenir le prix Nobel de littérature en 1971.
Le Chant général, chef- d’œuvre de Pablo Neruda, écrit dans la clandestinité en 1949, prévu initialement comme un Chant du Chili prend des dimensions gigantesques pour constituer la somme poétique de toute l’Amérique du Sud.
Avec Les Nouvelles odes élémentaires écrit en 1955 Pablo Neruda est en prise directe sur le réel, le quotidien de la vie familière. Il célèbre l’huile, le cactus, les chaussettes tricotées, le savon, la femme aimée.
Voici une ode parmi tant d’autres :
Ode à tes mains
Sur un marché ou dans une mer de mains,
moi je reconnaitrais les tiennes
comme deux oiseaux blancs, distincts
entre tous les oiseaux :
elles volent parmi les mains, migratrices,
elles naviguent dans l’air, transparentes,
mais reviennent à ton flanc, à mon flan,
se replient, endormies, sur ma poitrine.
Diaphanes elles sont fines et nues,
lumineuses comme une vitrine de cristaux,
et vont comme des éventails dans l’air,
comme des plumes dans le ciel.
Au pain, aussi, à l’eau elles ressemblent,
au blé, aux pays de la lune,
au profil de l’amande, au poisson sauvage
qui palpite d’argent sur le chemin des sources.
Tes mains vont et viennent au travail,
loin, elles résonnent en touchant des fourchettes,
font du feu et soudain clapotent
dans l’eau noire de la cuisine,
picorent la machine éclaicissant
les broussailles de ma calligraphie,
clouent au mur, lavent le linge
et reviennent à leur blancheur.
Il y a bien une raison
pour qu’il fût décidé sur la terre
que dormirait et volerait
sur mon cœur
ce miracle.