Les premières boîtes à livres sont apparues à Graz, en Autriche, en 1991, sous le vocable de « bibliothèques ouvertes » (die offene Bibliothek), dans le cadre d’un projet artistique mené par Clegg & Guttmann, un duo d’artistes israéliens qui réside à Berlin et Vienne. « L’idée de départ était de dépasser le ready-made et de poser des questions sociologiques en faisant sortir l’art des murs du musée », explique Martin Guttmann.
À la recherche d’un dispositif faisant dialoguer le musée et la cité, ils avaient imaginé « une bibliothèque sans bibliothécaire et sans surveillance » ; ainsi, ils avaient disposé dans un quartier périphérique trois bibliothèques ouvertes avec l’instruction trilingue (allemand, anglais, turc) suivante : « Vous pouvez prendre des livres pour un temps limité. Dons de livres appréciés. »
« Nous voulions savoir si les visiteurs du musée iraient voir les bibliothèques et si les utilisateurs des bibliothèques iraient au musée, expose Martin Guttmann. Nous voulions aussi savoir comment les bibliothèques s’inscriraient dans le paysage. Effectivement, les habitants les utilisaient, y déposaient des flyers, y accrochaient des affiches, mais ils ne sont pas allés au musée alors que les visiteurs venaient voir les bibliothèques. »
Le projet a été renouvelé à Hambourg (Allemagne) en 1993 et à Mayence (Allemagne) en 1994. « À Hambourg, nous avons détourné une armoire électrique, se souvient Martin Guttmann, car nous prétendions que les bibliothèques ouvertes font partie du mobilier urbain. À Mayence, l’installation a duré plus longtemps et il me semble qu’elle existe toujours. »
Un quart de siècle plus tard, les bibliothèques ouvertes de Clegg & Guttmann ont essaimé sur la planète. Ainsi, Andrea Holman fait partie des habitants qui animent la bibliothèque de la maison du Ronceray à Rennes et se souvient des armoires électriques remplies de livres qu’elle voyait à Mayence quand elle rendait visite à sa sœur.
« L’idée était d’inspirer les gens, d’apporter quelque chose de nouveau aux institutions, un esprit de liberté et de citoyenneté, poursuit Martin Guttmann. C’était des prototypes qui ont été largement reproduits. Nous ne cherchons pas d’argent, mais, malheureusement, nous ne sommes jamais crédités de cette idée. C’est une déception. »
Source : https://actualitte.com/article/19591/reportages/des-livres-dans-des-boites-les-boites-dans-les-rues