L’origine de cette fontaine remonte à la légende selon laquelle Saint-Roch, passant à Harnoncourt, contracta la peste. Il se lava dans l’eau de la fontaine et fut guéri. Il communiqua donc à l’eau de cette source des vertus prophylactiques pour, entre autres, prévenir des épidémies de peste. La croyance a perduré même si le village de Harnoncourt fut fortement frappé par la peste en 1636.
En 1854, Nicolas Venter, charpentier exerçant à Lamorteau, sculpte et peint l’actuelle statue en bois de saint Roch.
En 1871, le Conseil communal adjuge la construction d’un lavoir couvert pour un montant de 14.300 francs (354 €). Un règlement assure de petits revenus à la commune et au fontainier responsable. Extrait du règlement : « La personne qui voudra se réserver le droit de laver à 2 bacs de la fontaine Saint-Roch, à l’exclusion de toute autre personne, devra préalablement s’inscrire chez le fontainier qui délivrera un ticket. La location de 2 bacs est de 0,20 francs par jour. 0,15 francs seront versés à la caisse communale. 0,05 francs rémunéreront le fontainier ». Ce lavoir était situé au croisement de la Rue Saint Roch et du Chemin des Roses.
En 1911, le Conseil communal décide la démolition de la fontaine ce qui permettra de créer un chemin direct vers les bois. Dans la foulée, il acquiert pour 500 francs une maisonnette en ruines de la famille Seranette-Chenet dans l’idée d’y installer de nouveaux bacs à laver le linge.
Une nouvelle fontaine sera donc construite en 1913 pour des travaux estimés à 26.831,09 francs (665 €).
Chaque soir du 15 août, la fête de la Saint-Roch est célébrée dans le local de la fontaine publique. Il s’agit d’une fête laïque puisque l’église catholique ne reconnaît pas le miracle de la guérison de Saint-Roch. La statue reçoit une décoration florale tandis que les murets des bacs à laver sont ornés de géraniums, de bégonias, de verdure et de bougies.
A la fin de la fête de l’assomption célébrée à l’église de Rouvroy, les paroissiens se mettent sobrement en route vers le lavoir. Les bougies sont allumées, chacun essaie de trouver une place à l’intérieur mais on laisse les portes ouvertes pour pouvoir faire les repons aux récitants de l’intérieur. Devant la statue, les pèlerins récitent le chapelet et les litanies de Saint-Roch : « Bienheureux patron du village, de la peste délivre-nous ». Ils se signent avec l’eau de la fontaine et chantent un vieux cantique populaire. La cérémonie se clôture par une explosion de pétards ou de coups de feu. La foule silencieuse et recueillie se retire enfin, souvent à la nuit tombante, dans l’espoir de pouvoir revivre chaque année ce moment de communion villageoise.
Cette deuxième fontaine est démolie en 1974 pour construire la route qui monte aux cités.
En 1976, sur le lieu-même de l’ancien lavoir, le sculpteur meixois Fernand Tomasi sculpte une nouvelle fontaine. Il la pourvoit de têtes de gargouilles symbolisant la méchanceté, la vanité et la brutalité entourant un visage de femme malade, ainsi, elle est censée augmenter les pouvoirs du saint guérisseur.
La statue en bois de Saint-Roch, entouré de son chien et d’un ange, trône fièrement dans une potale dont les côtés sont ornés de fresques représentant un bûcheron et un moissonneur symbolisant le tempérament laborieux des Harnoncourtois. Une scène raffinée décore le fronton de la vasque : y sont représentés des villageois de Harnoncourt apportant de l’eau potable à leurs homologues saint-mardois au moment de la peste.