LE TONNEAU D'LEONCE

C'est en 1953 que Léonce Chabernaud, marchand de vin et surtout bon vivant est enterré au cimetière de Rochechouart dans ce tombeau très atypique : la réplique d'un wagon-foudre, en ciment, grandeur nature. Cette curiosité fait partie désormais du patrimoine historique de la ville.
Comme le dit une chanson sans aucune prétention littéraire :
"Les Bordelais possèdents les Quinconces,
Les Toulousains de splendides bistros,
mais Rochechouart a le tonneau d'Léonce
Son vieux clocher, son canon, son château"
Le tonneau d'Léonce? En voici l'histoire :
Un beau matin de septembre 1930, les Rochechouartais virent s'élever dans leur cimetière de "Beaumoussou", un échaffaudage aux bizarres entretoises. Des ouvriers coulaient, en ciment, une boule de forme inattendue.
On interroge le propriétaire :"C'est-y que tu te sens pas bien, Léonce' et que tu penses mourir bientôt? Qué que tu bâtis-là?"
Mais Chabernaud, le marchand de vin, s'en tirait toujours sansmot dire, en clignant un oeil malicieux. Les maçons, venus del'extérieur, eux aussi se taisaient. Lapetite ville était anxieuse.
Et puis, un jour, ce fut dans Rochechouart comme un immense éclat de rire. Léonce Chabernaudavait fait édifier, en guise demausolée, un wagon-foudre de cent hectolitres, scrupuleusement reconstitué, avec sa plate-forme, ses tampons, ses roues et le rail. A grands coups de pinceau, les peintres badigeonnèrent le cénotaphe de rouge, les cercles de noir et inscrivirent en guise d'épitaphe, en grosses lettres, comme il se doit pour stimuler la réclame : "Léonce Chabernaud, vins en gros, Rochechouart(Haute-Vienne)".
Il n'en fallut pas plus pour faire de Rochechouart un nouveau Clochemerle. Léonce Chabernaud, important marchand de vins de l'endroit, vieux rabelaisien plein d'honneur, avait de fidèles amis qui se groupèrent autour de lui. Et la sous préfecture se divisa en deux clans.
Les adversaires crièrent au scandale. Les deux journaux locaux s'emparèrent de l'incident et...devinrent ennemis. L'archiprêtre, le dimanche en chaire, tonna contre cette immoralité.
Tous les soirs, au café de France, transformé en salle de rédaction, Léonce rédigeait au milieu de ses supporters son article du lendemein. Il ironisait : "Mon désir est de faire installer dans mon tonneau le téléphone, l'électricité et la T.S.F. pour qu'après ma mort, je ne sois pas tout à fait séparé du rest des vivants. Certains Insinuent que je devrais y faire poser le chauffage central. A quoi bon? De quoi a-t-on peur? Que je meure de soif, le tonneau une fois vide? Monté sur rails, mon wagon-foudre peut faire la navette de l'expéditaur au destinataire, et le chai n'est pas loin..."
et pompeusement, il signait : "Léonce Chabernaud, propriétaire du wagon-réservoire numéro 463 à Beaumousson (embranchement particulier)"
Il y eut m^me une inauguration. Léonce avait invité ses amis à aller arroser"ça" dans le cénotaphe lui-même. Ce fut un beau charrivari.
La lutte entre les deux clans atteignit son paroxysme. On parla dans l'autre clan de faire sauter "l'odieux monument" à la dynamite.
Chabernaud, incontinent, constitua une garde fidèle. Des deux cotés on menaçait d'en venir aux mains jusque dans le cimetière. Pour finir, le conseil municipal démissionna...
Peu à peu le temps apaisa les passions. Le tonneau de Léonce, battu par les pluies, perdit de son agressivité. Les rouges et les noirs s'estompèrent. Le monument prit une teinte grisâtre. L'oeil s'habitua. mais, délaissant le clocher su 12ème siècle, le canon du 15ème et le château renaissance, les touristes affluèrent au cimetière de Beaumoussou.
Les ans passèrent. Chabernaud vendit son commerce et se retira avec sa femme et ses neuf enfants à la campagne près de Mouzon en Charente. Trois fois l'an, il poussait jusqu'à Rochechouart vider un verre avec ses vieux camarades. Il ne repartait jamais sans aller faire un tour au cimetière et jeter un regard plein d'orgueuil sur son tonneau.
La guerre de Vichy : on lui ordonne de détruire son tombeau ? c'en était trop! Léonce dut s'aliter.
Matois, il gagne du temps. La libération le sauve.
Aujourd'hui Chabernaud a 68 ans. Quand on lui parle de son tonneau, il répond en se tapant sur les cuisses :"Il m'a coûté 17000francs."
A l'époque, c'était un prix. Il est vrai qu'il est vaste et peut contenir quatorze places. J'ai bien choisi son emplacement car, en bas du cimetière c'est trop marécageux et, comme chacun sait, je déteste l'eau. Aussi ai-je fait sceller dans moncaveau, plusieurs caisses de bonnes bouteilles. On les boira le jour de mes obsèques. Je ne voudrais pas qu'on dise :"Il était triste, l'enterrement de Léonce..."
d'après le reportage de : Valière-Fromenti
Joyeux compagnon, homme de coeur et commerçant avisé, Léonce Chabernaud est mort et enterré à l'age de 72 ans.
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Pour trouver la boite finale, vous devrez observer sur le tonneau une plaque avec deux lettres qui entourre une date et procéder au remplacement dans les coordonnées ci dessous :
N 45°49.[(DATE-1)/2]-250
E 00°49.(L)(C)
Pensez à prendre une pince à épiler et un stylo
Sources
Christian PIERILLAS
http://www.rochechouart-nostalgie.fr/
https://www.facebook.com/RochechouartNostalgie
https://www.facebook.com/Rail-87-nostalgie-105606991199131/