rovins le canal inachevé
Le canal de Salm/suite
"Le vendredi 19 Mai 1780, S.A.S. Monseigneur le Prince de Salm est venu à Provins, & a fait signifier aux Magistrats de cette ville les Lettres- Patentes du Roi, enregistrées au Parlement. Ce jour peut être regardé comme l'époque d'une révolution heureuse, l'allégresse publique éclata."
Notes sur le Canal de Salm Bibliothèque de Provins, fonds ancien, ms145
"Le cidevant Prince s'est présenté à Provins le vingt mai 1780 avec le Citoyen Langlois, qui en qualité de Directeur général dudit canal, a fait enregistrer au cidevant Baillage dudit Provins en présence dudit Salm Kyrbourg, les arrêts et lettres patentes enregistrées au cidevant Parlement et a présenté aux Maire et Echevins de la ville les sieurs Depeyre architecte de l'Académie, choisi par la Compagnie pour faire faire les travaux dudit Canal, et désigné par lesdits arrêts du Conseil, et le sieur Antoine, adjoint, et aussi architecte de l'académie, choisi par ledit Salm Kyrbourg. Peu de temps après, l'on a commencé le nivellement et fouilles dudit Canal, d'après les plans de feu Montal *, Ingénieur des Ponts et Chaussées et sous la conduite du Citoyen Desbordes aussi élève des ponts et Chaussées et architecte de même choisi par ledit Salm Kyrbourg. "
* orthographié diversement suivant les sources: Montalte, Montalle, Montalte
Mémoire des Co associés au Canal de Provins du quatre prairial an deuxième,
23 mai 1794 Bibliothèque de Provins, fonds ancien, ms 143
Le Prince de Salm réunit une équipe: directeur, architectes, ingénieurs, ce qui déclencha de nouveau l'enthousiasme beaucoup trop hâtif de Michelin, courtisan rimailleur:"…
Et Père de Provins, & Dieu de la Patrie,
Il vient ressusciter les Arts et l'Industrie.
Déjà, d'un Plan solide alignant le dessin,
Peyre, Antoine & Montalle ont ouvert un Bassin.
Mille Bras vigoureux secondent leur Génie:
Et le CANAL DE SALM coule malgré l'Envie…"
Dix pages de colonnes de chiffres décrivent les étapes du nivellement, depuis les abords de la ville de Provins jusqu'au débouché dans la Seine, sur une longueur de 8.263 toises. Onze écluses sont prévues, Vauban en prévoyait treize.
"ECLUSE, du mot latin excludere, empêcher, en Architecture, se dit généralement de tous les ouvrages de maçonnerie & de charpenterie qu'on fait pour soutenir & pour élever les eaux; ainsi les digues qu'on construit dans les rivières pour les empêcher de suivre leur pente naturelle, ou pour les détourner, s'appellent des écluses en plusieurs pays : toutefois ce terme signifie plus particulièrement une espèce de canal enfermé entre deux portes ; l'une supérieure, que les ouvriers nomment porte de tête ; & l'autre inférieure, qu'ils nomment porte de mouille, servant dans les navigations artificielles à conserver l'eau, & à rendre le passage des bateaux également aisé en montant & en descendant ; à la différence des pertuis qui, n'étant que de simples ouvertures laissées dans une digue, fermées par des aiguilles appuyées sur une brise, ou par des vannes, perdent beaucoup d'eau, & rendent le passage difficile en montant, & dangereux en descendant."

"Le Bassin à teste du canal du coté de Provins est établi à 61 toises 2 perches des murs du Rempart et a 101 toises 3 perches long sur 40 toises de large au haut des talus. La superficie de l'eau est à 3 pieds au dessous des banquettes, la Profondeur de l'eau à l'Entrée du canal est de six pieds et de cinq au pied des talus du pourtour dudit Bassin. Le Canal depuis ledit Bassin jusqu'à la prremière Ecluse y compris l'entonnnoir du Bassin au canal a 450 toises 4 perches de longueur."

Les plans du port et celui du canal que l'on peut découvrir dans les agrandissements présentent une orientation inhabituelle; le Nord n'est pas en haut de la feuille comme sur les cartes actuelles. Ci dessus, le Nord est à gauche, dans l'agandissement du port, on le trouve en bas de la feuille et sur le plan du canal, il est à droite.
Le tracé du canal suit celui de la vallée de la Voulzie, suivant la petite rivière à babord, s'il faut parler en termes de navigation: à gauche de la Voulzie, en descendant le courant.
Chercher le port dans la "Rue du Port" serait trop facile ! Le canal longeait bien le chemin qui porte son nom, proche de la gare, mais la Rue du Port était située à l'intérieur des remparts de la ville basse, devenus des promenades. Suivant en celà Vauban pour lequel les voies d'eau destinées à la navigation ne devaient jamais pénétrerà l'intérieur des villes, le port avait été creusé à la limite de l'enceinte fortifiée.
Extrait du Hors Série Historia: Vauban
On ne trouve plus aucune trace du port ni de la voie d'eau qui y aboutissait, entre les voies ferrées et les maisons de la rue du Canal.
Pour mieux visualiser l'emplacement du port de Provins, passez la souris sur le plan ancien ci- dessous.


Le promoteur principal en faillite, disparu, guillotiné... les travaux n'avaient pas abouti, au grand désespoir des Provinois.
L'état de la vallée, déjà évoqué, était désastreux, même si on peut sourire aux exagérations du baron de Breteuil: " …Les eaux de cette vallée qui jadis suivoient le cours de la rivière, se sont dispersées et perdues dans les fosses multipliées qui sont faites, et leur stagnation a mis le comble au malheur du Pays; elle a infecté l'air et produit une maladie épidémique affreuse, qui sous peu changera cette petite, mais fertile vallée en un désert inhabitable..."
Les malfaçons entraînèrent des litiges:" Le procès désagréable et coûteux avec l'abbé Dandlau..." Michelin 1790
Six cents mille livres étaient encore nécessaires pour envisager l'achèvement du Canal, s'il faut en croire le libraire Michelin, qui, en 1790 présenta un mémoire où il proposait d'en modifier le cours pour éviter la Basse Seine: "…En le dirigeant à Montereau, le Canal sera continûment navigable, au moins jusqu'à cette ville…"
La Révolution passe, l'Empire... pendant la Restauration, en 1826 /27 :
"Cette compagnie qui n'a pas rempli la condition qui lui était imposée de procéder sans interruption à la construction dudit canal dont elle a abandonné les travaux depuis plus de quarante ans, s'est permise de poursuivre récemment, devant le tribunal de 1° Instance de l'arrondissement de Provins, la vente à son profit des propriétés acquises pour la confection de ladite entreprise, au lieu de faire des dispositions pour la reprise des Travaux."
..."La compagnie reconstituée par les lettres patentes pour l'entreprise de la construction du Canal de Provins, est tenue de reprendre les travaux dans le délai de 4 mois... Dans le cas où, au moment de l'expiration des délais, la compagnie n'aurait pas fait commencer les travaux et n'y aurait pas préposé le nombre d'ouvriers nécessaires pour le plus prompt activement d'une entreprise de cette importance, la déchéance du bénéfice des lettres patentes de 1780 sera poursuivie contre eux par voie administrative...
le 6 avril 1827 signé: le comte de Goyon "
La vallée de la Voulzie est dans le même état qu'à la fin du XVIII° siècle: "Toute la prairie, l'été, se trouve desséchée par le lit du canal… dans toute la longueur du canal, il se trouve des eaux stagnantes, qui, faute d'écoulement, s'y corrompent, peuvent vicier l'air et causer des maladies…"
Les temps ont changé, un nouveau moyen de transport est apparu; en 1842, une Commission municipale est chargée d'étudier le tracé des lignes de chemin de fer, dont la ligne principale ne passera pas par la ville de Provins. Les associés vendent les terrains du Canal...
En 1845, le Conseil de salubrité décide de dessécher ce qui reste du canal, le considérant dangereux pour la sécurité et la santé publiques. Le remblaiement du canal ferme définitivement ce dossier dont il ne reste aujourd’hui qu’un " chemin du canal" et une "rue du port" et quelques étapes de la construction qui feront peut-être un jour l’objet de recherches archéologiques. "