

Introduction
Au bas de la rue de la Loge, une file de grosses boules noires polies sert de bornes anti-stationnement. On passe devant sans les voir. Pourtant chacune est un bloc de calcaire vieux de plus de 350 millions d’années, venu des montagnes du Haut-Languedoc. Sa couleur d’encre et les fines lignes blanches qui la traversent racontent deux moments très éloignés de l’histoire de la Terre. Juste à côté, sur la Comédie, d’autres pierres languedociennes du même âge sont rouge sang. Noir ici, rouge là-bas : deux couleurs, deux chimies opposées, la même région.
🎯 L’objectif de cette EarthCache est de comprendre ce que la couleur d’un calcaire révèle sur le fond marin où il s’est formé, d’apprendre à remettre dans l’ordre les événements enregistrés par la pierre grâce à ses veines, et de distinguer ce qui appartient à la roche de ce que l’usage urbain y a ajouté.
Rappel concernant les Earthcaches: Il n’y a pas de conteneur à rechercher ni de logbook à renseigner. Il suffit de se rendre sur les lieux, de répondre aux questions et de me renvoyer les réponses.
Précautions d’usage
⚠️ Sécurité : rue commerçante très fréquentée ; restez attentif aux passants et aux vélos. Les boules sont basses : attention aux chocs.
⚠️ Règlement : simple observation à l’œil ; ne rien gratter ni marquer. Ces bornes sont du mobilier urbain, merci de les respecter.
⚠️ Équipement : aucun. Une loupe peut aider mais n’est pas nécessaire.
Pour valider la Earthcache
Pour pouvoir valider cette EarthCache, vous devrez répondre correctement aux questions suivantes et ajouter à votre log une photo de vous, de votre GPS ou de votre pseudo au waypoint de la cache. Cette photo permettra de valider le « trouvé » en cas de mauvaise réponse aux questions. Attention : ne pas montrer les réponses sur votre photo.
Merci d’envoyer vos réponses via mon profil ou via la messagerie geocaching.com, ne les donnez pas dans votre log. Les logs enregistrés sans réponses seront supprimés.
Vous pouvez loguer la cache “trouvé” sans attendre ma confirmation, je vous contacterai en cas de problème.
N’hésitez pas à lire le descriptif pour vous aider à répondre aux questions.

Question 1 — Approchez-vous d’une boule et décrivez précisément la teinte de son fond : est-elle d’un noir parfaitement uniforme, ou observez-vous des nuances (zones plus grises, plus claires, dégradés) ? Le descriptif explique que cette couleur sombre est un indice sur l’oxygénation du fond marin d’origine : d’après ce que vous voyez, la roche vous paraît-elle s’être déposée dans un milieu plutôt homogène ou plutôt variable ?
Question 2 — Choisissez une veine blanche bien nette et examinez son contact avec le fond noir. Décrivez ce contact : la limite est-elle franche (le noir s’arrête d’un coup) ou diffuse (le noir se fond progressivement dans le blanc) ?
Question 3 — Cherchez, sur une même boule, un endroit où deux veines blanches se croisent. Décrivez ce que vous voyez au point de croisement, puis dites laquelle des deux veines vous paraît la plus récente. En appliquant le principe de recoupement expliqué dans le descriptif, expliquez le raisonnement qui vous permet de le déduire.
Question 4 — La roche porte aussi de petites marques blanches courbes ou arrondies, très nombreuses. Certaines pourraient être des restes d’organismes marins, d’autres de simples marques d’usure du poli. Décrivez une de ces marques et dites, selon vous, ce qui rend difficile de trancher entre les deux origines à l’œil nu.
Question 5 — (Réflexion, pas de réponse unique) Sur la place de la Comédie voisine, des pierres languedociennes du même âge sont rouge vif, colorées par du fer oxydé. Ici la pierre est noire. À votre avis, qu’est-ce qui, dans le milieu de dépôt, peut faire qu’un fond de mer donne une roche rouge et un autre une roche noire ?
Présentation du site
La rue de la Loge est l’artère commerçante qui descend du cœur historique (l’Écusson) vers la place de la Comédie. À son extrémité basse, une série de sphères de pierre noire polie borde le passage. Elles font partie du mobilier urbain qui, à Montpellier, a été choisi dans de véritables pierres naturelles : la ville est ainsi devenue une lithothèque à ciel ouvert, où marbres, calcaires et roches magmatiques de plusieurs régions se côtoient sur quelques centaines de mètres.
Ces boules sont taillées dans le « noir Saint-Laurent », une pierre extraite près de Laurens, au nord de Béziers, dans le Haut-Languedoc. Vendue comme « marbre » par les marbriers, elle n’en est pas un au sens géologique — nous verrons pourquoi.
Géologie
Un calcaire, pas un marbre.
Malgré son nom commercial, le noir Saint-Laurent n’est pas un marbre. Un vrai marbre est un calcaire transformé en profondeur par la chaleur et la pression, au point de recristalliser complètement. Ici, rien de tel : c’est un calcaire ordinaire, simplement assez fin et dur pour prendre un beau poli. Les marbriers appellent « marbre » toute pierre qui se polit joliment ; les géologues réservent ce mot aux roches métamorphiques. Une même pierre, deux vocabulaires.
La couleur d’un calcaire est un indice.
La teinte d’une roche sédimentaire dépend de la chimie du fond marin où elle s’est déposée. Deux pigments principaux gouvernent ces calcaires anciens : la matière organique, qui assombrit, et le fer, dont l’état (oxydé ou non) commande le rouge. Un calcaire noir doit sa couleur à la matière organique — des restes de micro-organismes marins — piégée dans la boue calcaire. Or cette matière organique est normalement détruite par l’oxygène avant de fossiliser. Pour qu’elle se conserve et noircisse la roche, il faut un fond de mer pauvre en oxygène, calme et mal ventilé : un milieu réducteur. À l’inverse, un fond bien oxygéné laisse le fer s’oxyder et donne des roches rouges. La couleur devient ainsi une sorte de thermomètre chimique du passé — c’est le fil des questions 1 et 5.
Une pierre plus vieille que les dinosaures.
Ces boues noires se sont déposées au Dévonien (il y a plus de 350 millions d’années), dans les mers qui recouvraient l’actuelle Montagne Noire, au nord de Béziers — une époque où les premières forêts colonisaient tout juste les continents. Le versant sud de la Montagne Noire est mondialement connu pour ses couches sombres déposées lors de grands épisodes d’appauvrissement des océans dévoniens en oxygène, sans qu’on puisse rattacher chaque bloc de bordure à un niveau précis.
Le rouge et le noir, deux mers pour un même âge.
À quelques dizaines de mètres, sur la place de la Comédie, la bande de pierre qui dessine « l’Œuf » est rouge sang. Elle vient aussi du Languedoc, elle a sensiblement le même âge, mais sa couleur est due au fer oxydé (hématite) : elle s’est formée dans un fond de mer bien oxygéné. Rouge et noir sont les deux réponses possibles à une seule question — y avait-il, ou non, de l’oxygène au fond de l’eau ?
Les veines blanches, une horloge relative.
Le fond noir est traversé par un réseau de fines veines blanches. Ce ne sont pas des dessins décoratifs : ce sont d’anciennes fractures. Longtemps après son dépôt et son durcissement, la roche a été prise dans la formation d’une chaîne de montagnes (l’orogenèse hercynienne, il y a environ 300 millions d’années). Elle s’est cassée, puis des eaux souterraines chargées de calcaire ont cristallisé de la calcite blanche dans les fissures, les scellant comme des cicatrices. C’est le principe de recoupement, l’une des règles les plus simples et les plus puissantes de la géologie : ce qui traverse est toujours plus jeune que ce qui est traversé. Quand plusieurs veines se croisent, la pierre enregistre même l’ordre dans lequel elle s’est fracturée : c’est ce que vous chercherez à lire à la question 3.
Ce que la pierre a vécu depuis.
Regardez de près : le poli est éraflé, marqué de petites cupules et de traces claires. Beaucoup de ces marques ne sont pas géologiques : elles résultent des chocs et de l’usure urbaine. D’autres petites formes blanches, courbes ou annulaires, pourraient être des sections de coquilles d’organismes marins prises dans la roche. Sur une surface polie et usée, distinguer le vrai fossile de la simple marque d’usure est un exercice délicat — et honnête : un bon géologue sait aussi dire « je ne peux pas trancher à l’œil nu ».
Références
- BRGM. Notice explicative de la carte géologique de Saint-Chinian à 1/50 000 (feuille 1013). Orléans : BRGM. (Série du Dévonien supérieur : calcaires noduleux, griottes et niveaux de calcaire noir.)
- Thomas P. (2019). Le Dévonien supérieur de la Montagne Noire : calcaires griottes, carrière de Coumiac et GSSP Frasnien-Famennien. Planet-Terre, ENS de Lyon.
- Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Occitanie — dossier IA34006029, Carrière de marbre Roustan (Italmarbre-Pocai), Laurens (marbre noir Saint-Laurent).
- Métropole de Montpellier / CPIE APIEU (2026). Les pierres font leur Comédie, guide « Parcours », unité patrimoines.
- Foucault A., Raoult J.-F., Cecca F. & Platevoet B. (2014). Dictionnaire de Géologie. Dunod.

Introduction
At the bottom of Rue de la Loge, a row of large polished black spheres serves as anti-parking bollards. People walk past without noticing them. Yet each one is a block of limestone more than 350 million years old, brought from the mountains of Haut-Languedoc. Its ink-black colour and the fine white lines crossing it record two very distant moments in the history of the Earth. Nearby, on Place de la Comédie, other Languedoc stones of the same age are blood red. Black here, red there: two colours, two opposite chemistries, the same region.
🎯 The objective of this EarthCache is to understand what the colour of a limestone reveals about the sea floor on which it formed, to learn to place in order the events recorded by the stone through its veins, and to tell apart what belongs to the rock from what urban use has added to it.
Reminder about EarthCaches: there is no container to find and no logbook to sign. Simply visit the site, answer the questions and send me your answers.
Safety and usage guidelines
⚠️ Safety: a very busy shopping street; watch out for pedestrians and cyclists. The spheres are low: mind bumping into them.
⚠️ Rules: observation by eye only; do not scratch or mark anything. These bollards are urban furniture, please treat them with respect.
⚠️ Equipment: none. A hand lens can help but is not required.
To validate this EarthCache
To validate this EarthCache, you must answer the following questions correctly and add to your log a photo of yourself, your GPS or your username at the cache waypoint. This photo will validate the “Found it” in case of incorrect answers. Careful: do not show the answers in your photo. Please send your answers through my profile or via the geocaching.com message centre; do not include them in your log. Logs recorded without answers will be deleted.
You may log the cache as “Found” without waiting for my confirmation; I will contact you if there is a problem.
Feel free to read the description to help you answer the questions.

Question 1 — Step up to one of the spheres and describe the colour of its background precisely: is it a perfectly uniform black, or do you see variations (greyer zones, lighter areas, gradients)? The description explains that this dark colour is a clue to the oxygenation of the original sea floor: from what you observe, does the rock seem to have been deposited in a rather uniform environment or a rather variable one?
Question 2 — Choose a clearly visible white vein and examine its contact with the black background. Describe this contact: is the boundary sharp (the black stops abruptly) or diffuse (the black fades gradually into the white)?
Question 3 — On a single sphere, look for a spot where two white veins cross. Describe what you see at the crossing point, then say which of the two veins appears to be the more recent. Applying the cross-cutting principle explained in the description, explain the reasoning that lets you deduce it.
Question 4 — The rock also bears many small white marks, curved or rounded. Some could be remains of marine organisms, others simply wear marks in the polish. Describe one of these marks and say, in your opinion, what makes it difficult to decide between the two origins with the naked eye.
Question 5 — (Reflection, no single correct answer) On the nearby Place de la Comédie, Languedoc stones of the same age are bright red, coloured by oxidised iron. Here the stone is black. In your opinion, what — in the depositional environment — can make one sea floor produce a red rock and another a black one?
The site
Rue de la Loge is the shopping street that runs down from the historic core (the Écusson) towards Place de la Comédie. At its lower end, a row of polished black stone spheres lines the way. They are part of the urban furniture which, in Montpellier, was chosen from genuine natural stones: the city has thus become an open-air rock library, where marbles, limestones and igneous rocks from several regions sit side by side within a few hundred metres.
These spheres are cut from “noir Saint-Laurent”, a stone quarried near Laurens, north of Béziers, in the Haut-Languedoc. Sold as “marble” by stone workers, it is not one in the geological sense — we shall see why.
Geology
A limestone, not a marble.
Despite its commercial name, noir Saint-Laurent is not a marble. A true marble is a limestone transformed at depth by heat and pressure until it fully recrystallises. Nothing of the sort here: this is an ordinary limestone, simply fine and hard enough to take a fine polish. Stone workers call “marble” any stone that polishes nicely; geologists reserve the word for metamorphic rocks. One stone, two vocabularies.
A limestone’s colour is a clue.
The shade of a sedimentary rock depends on the chemistry of the sea floor where it was deposited. Two main pigments govern these ancient limestones: organic matter, which darkens, and iron, whose state (oxidised or not) controls red hues. A black limestone owes its colour to organic matter — remains of marine micro-organisms — trapped in the calcareous mud. Normally, this organic matter is destroyed by oxygen before it can fossilise. For it to be preserved and blacken the rock, the sea floor must be poor in oxygen, calm and poorly ventilated: a reducing environment. Conversely, a well-oxygenated floor lets iron oxidise and yields red rocks. Colour thus becomes a kind of chemical thermometer of the past — this is the thread of Questions 1 and 5.
A stone older than the dinosaurs.
These black muds were deposited in the Devonian (more than 350 million years ago), in the seas that covered the present-day Montagne Noire, north of Béziers — a time when the first forests were only just colonising the continents. The southern slope of the Montagne Noire is world-famous for its dark layers deposited during great episodes of oxygen depletion in the Devonian oceans, though no single kerb block can be tied to a precise level.
Red and black, two seas for one age.
A few dozen metres away, on Place de la Comédie, the band of stone outlining “l’Œuf” (the Egg) is blood red. It also comes from Languedoc and is roughly the same age, but its colour is due to oxidised iron (hematite): it formed on a well-oxygenated sea floor. Red and black are the two possible answers to a single question — was there, or was there not, oxygen at the bottom of the water?
The white veins, a relative clock.
The black background is crossed by a network of fine white veins. These are not decorative patterns: they are old fractures. Long after its deposition and hardening, the rock was caught up in the building of a mountain chain (the Variscan orogeny, about 300 million years ago). It cracked, and groundwater loaded with calcium carbonate then crystallised white calcite in the fissures, sealing them like scars. This is the cross-cutting principle, one of the simplest and most powerful rules in geology: what cuts across is always younger than what it cuts. When several veins intersect, the stone even records the order in which it fractured: that is what you will try to read in Question 3.
What the stone has been through since.
Look closely: the polish is scratched, marked with small pits and pale streaks. Many of these marks are not geological: they result from the knocks and wear of urban life. Other small white forms, curved or ring-shaped, could be sections of the shells of marine organisms trapped in the rock. On a polished, worn surface, telling a true fossil from a mere wear mark is a delicate — and honest — exercise: a good geologist also knows how to say “I cannot decide with the naked eye.”