Présentation des lieux
Dominant la plaine de Caen et la Suisse Normande de ses trois cent soixante-cinq mètres, le Mont Pinçon (à dix kilomètres au sud d’Aunay-sur-Odon) est situé sur la commune du Plessis-Grimoult.
- une station émettrice et de radioguidage de l’armée allemande construite en 1940;
Le village du Plessis-Grimoult est partie prenante du parcours intitulé « L’’Affrontement ». Celui-ci matérialise les tentatives de percées britanniques pour contourner Caen par l’ouest. Il s’agit de l’un des huit parcours chronologiques permettant de découvrir les lieux et le déroulement de la Bataille de Normandie. Ceux-ci ont été mis en place par l’espace historique de la Bataille de Normandie . [ Vous pouvez retrouver ces parcours, page 170 du guide des lieux de mémoire Ce guide est consultable à l'article : "Les guides des lieux de mémoire"]. Un circuit d’interprétation part du village, conduit les promeneurs jusqu’au sommet et à un panorama sur le bocage Virois.
Le Mont Pinçon
Le Mont Pinçon est un massif imposant, le « géant » du Calvados. En voici une description datée de 1940, par d’Albert Grandais (la bataille du Calvados) : « A son pied coule une petite rivière : la Druance. Sur la rive opposée, quelques herbages et les labours font place progressivement à la forêt qui tapisse ses flancs, mais le sommet lui-même est constitué par un vaste plateau couvert de rabougris, d’ajoncs, de fougères et de bruyères avec çà et là quelques bouleaux argentés : paysage à la fois de lande bretonne et de maquis corse ».
A cette époque, l’endroit est sur sa crête complètement dénudé, alors qu’aujourd’hui, il est recouvert de boqueteaux, de ronciers et de genêts. Une végétation qui n’a pas facilité nos recherches. Y poussent également trois espèces d’orchidées.
Situé en retrait de la côte de la côte Normande, le Mont Pinçon bénéficie d’une situation privilégiée. À son sommet, la ville de Caen apparaît, et parfois par temps clair, il est possible de discerner la mer. De plus, sa planéité sommitale et sa vue circumterrestre en font, de facto, un endroit radio électriquement favorable.
Dès l’été 1940, sur la côte normande, de Cherbourg à Dunkerque, les Allemands installent un grand nombre de stations radars permettant de connaître l’activité de l’aviation anglaise. Ainsi, quatre-vingt sites de détection radar et de radioguidage sont en majorité groupés sur deux zones : le Cotentin et entre l’estuaire de la Seine et Dunkerque. Ces sites sont capables d’effectuer des recoupements de manière à localiser les escadrilles alliées ou à guider les bombardiers allemands.
De la hauteur stratégique offerte par le Mont Pinçon, les Allemands commencent en juillet 1940 à y installer l’un des centres servant à diriger l’aviation allemande (Luftwaffe) vers l’Angleterre pour appuyer l’opération « Lion de Mer »(Unternehmen Seelöwe, l’invasion de l’Angleterre) et à guider les raids aériens sur l’Angleterre.
La station de radioguidage
A partir de septembre 1940, pendant la Bataille d’Angleterre, les bombardements de jour diminuent progressivement en intensité pour céder la place à des bombardements de nuit. Ce type de bombardement pose des problèmes : comment assurer la navigation jusqu’à l’objectif et comment savoir à quel moment lâcher les bombes ? La solution fut le radio-guidage, qui va s’avérer très efficace. Il est adopté par un petit nombre d’unités spécialisées dans le bombardement nocturne. Les tactiques de bombardements à large échelle avec ce système ne sont pas encore développées en ce début de la guerre.

La station de radioguidage du Mont Pinçon emploie le système dénommé Knickebein ou système K. Douze stations de ce type ont été recensées, dont six près des côtes françaises :
- K6 – Mont Violette (Pas-de-Calais);
- K7 – Greny (Seine-Maritime);
- K8 – Mont Pinçon (Calvados);
- K9 – Beaumont-Hague (Manche);
- K10 – Sortosville-en-Beaumont (Manche);
- K11 – Saint-Fiacre (Morbihan).
Le Knickebein
Le Knickebein (« jambe pliée », « patte folle » ou « jambe tordue » en français, à cause de la forme particulière de ses antennes) est un système développé à partir de la méthode Lorenz . Pour simplifier, on peut dire que lorsque l’avion suit le bon cap, il reçoit un signal continu; s’il dévie à gauche ou à droite, il reçoit un signal interrompu. Comme les deux signaux interrompus sont différents, le pilote sait exactement s’il se trouve à droite (des traits) ou à gauche (des points) de son cap et peut le rectifier pour retrouver le signal continu. Mais, un seul Knickebein ne peut donner que l’indication de la direction de l’objectif, sans pouvoir indiquer au pilote la distance parcourue et celle restant à parcourir…c’est là qu’intervient un autre (ou d’autres) Knickebein émettant avec une fréquence légèrement différente, dans le but de croiser son signal avec le premier. Le croisement des différents signaux donne, par triangulation, les distances. Le croisement final (zone inter-signaux) est localisé juste au-dessus de l’objectif. Une fois que le pilote approche de sa cible, le radionavigant s’accorde sur une autre fréquence pour recevoir le signal du second ém
etteur. Deux tonalités régulières de chaque émetteur indiquent leur croisement et qu’ils sont sur l’objectif. Pour ce faire, les antennes sont plus grandes (avec beaucoup d’éléments), extrêmement directives, permettant un faisceau beaucoup plus étroit etaugmentant également la puissance d’émission. Le système conserve la commutation des deux réflecteurs qui permet de modifier légèrement la direction des faisceaux.
Le Knickebein prend, en Angleterre, le nom de code de « Headache » (« mal de tête »).

Une vidéo (en anglais) qui en explique le principe. Allez à la sixième minute du film.
Sur des bombardiers abattus en Angleterre, la Royal Air Force (R.A.F.) récupère deux postes récepteurs intacts, et avec les renseignements obtenus auprès des pilotes prisonniers, elle dispose de deux solutions pour contrer les signaux allemands :
- brouiller le signal;
- manipuler le signal pour envoyer de fausses données de navigation.
La R.A.F. opte pour la manipulation du signal. Pour manipuler le signal, il faut d’abord l’examiner attentivement pour émettre son propre signal Knickebein. C’est la mission du Service Y (service composé de radioamateurs). Pour cela, les radioamateurs ne disposent que de radios commerciales capables de recevoir dans la bande souhaitée des trente Mégahertz, lesS27 de Hallicrafters.
Munis de ces informations, les britanniques ont commencé à émettre leurs propres traits synchronisés sur trente, trente et un et trente trois mégahertz utilisant des émetteurs de cent cinquante watts réquisitionnés dans les hôpitaux. Beaucoup de bombardiers allemands se perdent, subissent des pannes d’essence : déroutés par les faux signaux, ils se sont éloignés de leurs objectifs.
Le
Knickebein n’émet pas en permanence…seulement lors des bombardements. Ce programme de détection et de « désinformation de navigation » est appelé
Aspirine ( en regard du nom
Headhache donné au
Knickebein allemand). Avec l’avancement de la guerre, les pilotes allemands sont devenus plus habiles en discernant leurs propres signaux
Knickebein de ceux des Anglais
. Et, comme c’est le cas dans toutes les guerres majeures, la technologie fait des progrès à un rythme accéléré –
Knickebein est en fin de compte remplacé par le
X-Gerät . Ces nouveaux émetteurs sont utilisés avec des effets ravageurs pendant le bombardement de la ville anglaise de
Coventry . La réponse anglaise est surnommée
Bromide (bromure), un analgésique plus actif que l’aspirine.
Pour fonctionner correctement, le site de Mont Pinçon est couplé avec une autre station de facture identique localisée à Sortosville-en-Beaumont (dans le département de la Manche, au nord-est de Barneville-Carteret), codée K10.
Pour aller plus loin :
- l’organisation des systèmes de radionavigation de la Luftwaffe en Normandie en 1944. Cliquez pour lire l’article.
- la bataille des faisceaux par Pierre Goyette. Cliquez pour lire l’article.
La station de Mont Pinçon
Avertissement : l’endroit est une propriété privée (hormis la table d’orientation et le lieu de mémoire). L’été, la végétation peut dissimuler certains obstacles, certains trous…. . Près des cheminées d’aération de l’abri-usine, il existe des puits profonds, sans garde-fous. L’endroit est humide, prévoir un équipement en conséquence. Soyez prudent !

La station est construite fin 1940 par la Luftwaffe. La positon comprenait :
- un abri-usine;
- des baraquements en bois, dont une salle de cinéma;
- un poste de transformation électrique;
- une antenne de type Elefant;
- l’émetteur Knickebein FuSan 721;
- quelques éléments pour la défense rapprochée du site et un réseau de tranchées ceinturant la position.
L’abri-usine
L’abri-usine est encore visible dans son intégralité. Il s’agit du type à petites ouvertures, et se présente comme un carré de vingt-trois mètres de côté. L’abri-usine est accessible par deux entrées protégées latéralement par des joues obliques soutenant les terres qui recouvrent les parois extérieures. Ces entrées forment des couloirs larges de près de deux mètres et longs, pour le couloir de gauche de 6,50 mètres et pour celui de droite de 8,30 mètres. On y remarque, en fentes verticales dans les parois, les logements de l’empilement de poutrelles métalliques destiné à bloquer toute intrusion ennemie. Ce type de barrage, impossible à démonter de l’extérieur, permet d’obtenir un bouclier d’acier très résistant dans lequel il est aisé de laisser une fente de surveillance et de tir. Les portes blindées ont disparu, seuls restent en place les dormants.
La toiture de l’abri-usine est épaisse de trois mètres de béton armé. Les murs extérieurs semblent avoir bénéficié du même degré de protection, mais la végétation environnante rend la précision difficile. Cette toiture est coiffée de cinq cheminées nécessaires à l’aération intérieure de l’abri. Celle-ci portent toujours les stigmates du combat d’août 1944, sous la forme de nombreux impacts.
Les baraquements en bois ont bien évidement disparus, seuls subsistent le réseau de tout-à-l’égout, un puits et le poste de transformation électrique.
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L’émetteur Knickebein FuSan 721
Légèrement éloigné de l’abri-usine, on trouve enfoui sous les genêts et les ronces la base du rail circulaire de roulement. L’émetteur se présente sous la forme de quatre paires de dipôles pour l’émission des deux demi-signaux supportés par des barres horizontales, formant un cadre mobile pivotant autour d’un axe central.