Qu’est-ce qu’une Abbaye « Laïque » ?
Il ne s’agit pas d’une exclusivité béarnaise, mais le phénomène y a pris un caractère systématique. Il y a eu environ 300 abbayes laïques en Béarn, avec parfois l’existence de 3 abbayes dans le même village. La demeure de l’abbé laïque était souvent accolée à l’église ; elle formait un tout avec le château. L’église avait alors le double rôle de chapelle du château et d’église communale, une sorte d’interface entre espace public et privé.
Nombre d’églises et de châteaux en Béarn sont issus de ces abbayes laïques. L’abbé laïque était considéré comme le patron et le protecteur de l’église qui lui appartenait : il collectait les dîmes et divers impôts de l’église, à charge pour lui d’assurer entretien, rétribution et nominations.
Considérés comme nobles, ils rendaient au vicomte les devoirs ordinaires de la vassalité. En outre, ces abbés occupaient des fonctions plus ou moins lucratives, mais toujours honorifiques auprès du vicomte ainsi qu’au Parlement de Navarre. La fonction fut très vite pervertie et considérée comme un bon investissement financier voire une monnaie d’échange... La possession d’une abbaye était donc un tremplin pour accéder à la noblesse, et la nomination dans le Béarn était une reconnaissance tacite de ce statut.
Seulement un peu d’histoire !
L’église est mentionnée dans les extraits d’une visite pastorale d’Arnaud-François de Maytie, à Chéraute le 8 janvier 1673 (archives du château de Trois-villes) où les habitants de Chéraute demandaient à leur évêque la construction d’un presbytère « au pié (de leur) clocher conformément au presbitère de la paroisse de Gestas (où) il y est aucun presbitère audit lieu de Gestas, qu’au contraire la vieille tour qui est bastie joignant le clocher de l’église dudit Gestas n’a jamais esté faite que pour servir de talus audit clocher qui estoit tout courbé et pour empecher la cheute qui menasse encores aujourd’huy de ruigner… ». Cette description correspond bien à ce que l’on voit actuellement, 345 ans après, à savoir un clocher au mur courbé et penchant d’est en ouest et qui serait surement tombé s’il n’y avait eu la construction de cette « vielle tour… fondée hors du cimetière de ladite église… pour empecher la cheute… ».

Et maintenant ?
L’ancienne "abbaye laïque", bâtie il y a 10 siècles (le clocher-tour de défense date quant à lui du XIVème siècle) étant entretemps devenue l'église du village, adossée à la tour qui était l'habitation du comte de Gestas, menaçait toujours ruine. Les fondations avaient de sérieux signes de faiblesse et la toiture risquait de s'effondrer. En 2017, il avait fallu en interdire l'accès par mesure de sécurité. C'est alors que la maire du village, prit le dossier à bras le corps et remua ciel et terre. Finalement, 18 mois furent nécessaires pour monter tous les dossiers administratif et financier mais, à la mi-juin 2019, le chantier débutait, avec ce petit plus (plutôt grand !) qu’a pu représenter (et c’est à souligner) l'engagement exceptionnel des habitants de la commune qui ont consacré quelques 600 heures de bénévolat, économisant ainsi près de 100.000 €… C’est un véritable exploit pour cette petite commune de seulement 73 habitants !
L’universalité à Gestas, ça n’est pas un vain mot. Enclave basque en pays béarnais, où les deux cultures se sont croisées et côtoyées tout au long de son histoire, le village est aussi, grâce à son pont traversant le Saison, sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. « Une communauté humaine », comme aime à le répéter la maire du village, qui entend aujourd’hui résonner sept langues différentes dans ses foyers… Une population plurielle, dont seules deux familles restent historiquement issues du village, mais qui pourtant se mobilise en nombre quand il s’agit de l’intérêt du village. Par les temps qui courent, ça fait vraiment du bien !
Suite à l’étude géologique et à la présence d’une nappe phréatique à moins de 1m de profondeur, il fallait consolider les fondations de l’édifice pour limiter l’affaissement des murs, principalement sur la partie Est de la structure. La technique retenue relève de l’injection de résine dans les fondations. Une partie de la charpente a également été refaite, le tout pour un montant final de 536.000 €.
Après quatre ans de travail, entre montage du dossier et travaux, l’abbaye laïque a rouvert ses portes le 18 Septembre 2020. Trois jours de fête ont eu lieu au village pour marquer l’événement ! Maintenant, c’est à vous de jouer…