En préparant cette cache, j'ai été amené à me documenter sur ce soldat, et suis tombé sur une page du livre "Rothbach, histoire d'un village des Vosges du Nord" (Freddy Gutbub, 1991) qui décrit ce passage de l'histoire tel qu'elle a été vécue à Rothbach entre les 4 et 9 août 1870. J'ai par ailleurs, sans le savoir, découvert une anecdote concernant mon histoire familiale, puisque l'"ancienne forge" dont il est question, a appartenu plus de 150 ans à mes ancêtres.
Bonne lecture de l'extrait de l'ouvrage pré-cité, et bonnes recherches de la cache.
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"La défaite autrichienne à Sadowa annonçait les désastres futurs. Le jeu subtil de Bismarck et la dépêche d’Ems entraînent la France de Napoléon III dans une guerre perdue d'avance, compte tenu de l'incroyable accumulation d'erreurs et de négligences. L'Alsace du Nord, très mal défendue, servira une fois de plus de théâtre à de violents affrontements.
Après la brusque offensive lancée le 4 août par les troupes allemandes sur Wissembourg, Mac Mahon, commandant en chef de l'armée française, accepte l'idée d'un plan de retraite. Il était cependant trop tard. Le 6 août s'engage la bataille de Froeschwiller et c'est le désastre. Les charges des cuirassiers dans les houblonnières de Morsbronn et d'Elsasshausen ne feront que retarder l'inéluctable. Vers 15h, Mac Mahon ordonne le repli par Bitche et Saverne. 2000 hommes de la division Ducrot se jetèrent à travers bois en direction de Zinswiller et arrivèrent dans la nuit au fort de Lichtenberg tandis que le maréchal et le gros de son armée se replièrent sur Saverne. A la nuit tombante, débouchant d'Offwiller, ils arrivèrent au village dans le plus grand désordre et désarroi, hagards et exténués, avec sur les lèvres une inlassable rengaine : « Nous sommes trahis, tout est perdu ». Le pasteur Fischer d'Offwiller consigna dans son journal des observations intéressantes qui en disent long sur l'état de les délabrement de l'armée française : “Gegen Abend den 6. August, hiess es auf einmal: sie kommen, sie kommen! Ein ganzes Heer wälzt sich gegen Offweiler heran, und in der tat zog eine ungeheure Menge Männer, alle Waffengattungen untermischt, die meisten halb oder ganz entwaffnet, viele blutig, alle fast todmüde und niedergeschlagen in das Dorf ein. Bald war das Tal ausgefüllt mit Fussgängern, Reitern, Gepäckwagen, Munitionswagen, alles durcheinander, Brod, Hühner, Wein fordernd.”
(Traduction française: le 6 août au soir, on entendit tout à coup : ils arrivent, ils arrivent ! Toute une armée se dirigeait vers Offwiler et, en effet, une immense foule composée d'hommes, de tout ordre confondu, la plupart à moitié ou complètement désarmés, ensanglantés, tous presque morts de fatigue et abattus, entrait dans le village. La vallée fut bientôt remplie de piétons, de cavaliers, de chariots à bagages, de chariots de munitions, tout cela pêle-mêle, réclamant du pain, des poulets, du vin.)
La plus grande partie de ce pitoyable cortège pénétra, le soir du même jour, dans notre village en empruntant la “Hohl”. Mac Mahon, futur président de la République, se restaura rapidement dans l'auberge d'alors “in’s Becke” avant de continuer sur Saverne. La mairie ainsi que l'ancienne forge (domicile de l'ancien maire Alfred Jund) furent aménagées en infirmerie de fortune recueillant les nombreux blessés incapables de poursuivre la route. Parmi eux se trouvait le Zouave de la division Ducrot Nikolaus Meyer, de Sondernach, qui malgré son état tenta, le 8 août, de rejoindre à travers les bois la forteresse de Lichtenberg pour continuer à sa défense. Il succomba à proximité du “Rotkopf” et fut enseveli sur place. Aujourd'hui encore sa tombe est soigneusement entretenue.
Le commandant allemand confia à la cavalerie la chasse aux fuyards. Elle trouva sur son passage des armes abandonnées, des voitures, des traînards français embusqués dans les vignes et tirant leurs dernières cartouches. Le dimanche 7 août, à 7h30, la nouvelle de l'arrivée à Offwiller des premiers lanciers “Ulans” de la 4ème division de cavalerie allemande “Prince Albert de Prusse” se propagea comme une traînée de poudre. Les rumeurs les plus alarmantes au sujet de l’attitude dure des Prussiens à l'égard de la population civile et la crainte, non fondée, d'être utilisé pour combattre en première ligne les Français, incitèrent les villageois à se réfugier dans la proche forêt. Les vainqueurs trouvèrent donc un village désert et le commandement utilisa le presbytère comme quartier général durant le siège de la forteresse de Lichtenberg qui capitulera le 10 août. Cette brève résistance n'était plus qu'un haut fait d’armes sans importance stratégique. 5 soldats du 2ème régiment royal d'infanterie du Wurtemberg, qui ont succombé à leur blessure le 9 août dans la grange Trautmann (s’ Grofe), reposent au cimetière du village dans une tombe commune. Lorsqu'une estafette annonça la reddition des Français marquant du même coup la fin des hostilités dans notre région, le pasteur Michel Huser gagna le temple, en ouvrit largement les immenses battants de porte et joua vigoureusement sur l'orgue la mélodie de “Eine feste Burg ist unser Gott”".