Le "Canal LouisXIV", ou "Canal de l'Eure", constitue un des projets les plus formidables du règne du Roi-Soleil.
Bien qu'inachevé, et en partie pillé, les vestiges subsistants de nos jours sont d'un grand intérêt, et constituent un bût de promenade enrichissant.
L'histoire est la suivante : Jusqu'en 1684, les jeux d'eau des jardins du château de Versailles étaient alimentés par trois systèmes de collecte distincts.
- Les étangs du plateau des Yvelines, ou Réseau Supérieur (1677)
Entre l'étang de la Tour près de Rambouillet et l'étang de Saint-Quentin près de Versailles, le captage des eaux sur plus de 10.000 hectares alimente une capacité de stockage de 7 à 8 millions de m⊃3;. Il y a construction et entretien de 200 km de fossés, rigoles et conduites souterraines.
- Les étangs du plateau de Saclay, ou Réseau Inférieur (1679)
Ce réseau comprend entre autres les étangs du Trou-Salé, d'Orsigny et de Saclay, et représente une capacité de stockage de 1,7 millions de m⊃3;.
En 1684-1686, construction de l'aqueduc de Buc, qui remplace un siphon de fonte difficile à entretenir, afin d'acheminer l'eau collectée vers les réservoirs de Versailles (Les 2 réservoirs du Parc aux Cerfs ou de Gobert [45.000 m⊃3;] construits à partir de 1675, et les 4 réservoirs de Montbauron [110.000 m⊃3;])
En 1688, construction de la "Rigole de Guyancourt", afin que le Réseau Supérieur puisse déverser son trop-plein vers l'aqueduc de Buc.
- La Machine de Marly (1681)
L'eau pompée dans la Seine était acheminée par l'Aqueduc de Louveciennes, construit de 1681 à 1685. La machine fournissait au début 3.200 m⊃3; d'eau par jour, mais nécessitait un entretien permanent et coûteux, et son rendement ne cessait de diminuer avec le temps, à cause du jeu dans les armatures de bois et de l'usure des 221 pompes utilisées.
En 1684, c'est la trêve de Ratisbonne : Louis XIV peut espérer une période de paix de 20 ans. Il peut se consacrer à la magnificence de son règne, et en particulier améliorer les fontaines et jeux d'eau du parc de Versailles. Pour cela il faut non seulement beaucoup d'eau, mais de l'eau dotée d'une pression suffisante pour alimenter les jets d'eau de la partie haute du jardin.
Ni le Réseau Supérieur des étangs, ni la machine de Marly ne répondent à ce besoin.
D'après les études de nivellement, l'eau de l'Eure à Pontgouin est à la côte 182, et pourrait donc être détournée pour être dirigée vers l'étang de la Tour à la côte 168, rejoignant ainsi le Réseau Supérieur des étangs. L'eau coulerait dans un canal à ciel ouvert de 2 à 15 m de large et de 2 m de profondeur. On espère un débit de l'ordre de 50.000 m⊃3; d'eau par jour, soit 15 fois plus que la Machine de Marly. La longueur totale prévue pour le canal étant d'environ 80 km, pour que l'eau coule correctement par gravité naturelle, il faudra respecter une pente constante d'environ 16 cm par km.
- La première moitié du canal, entre Pontgouin et Berchères, ne pose pas de problèmes de réalisation car on est en zone de plaine. 10.000 ouvriers et prés de 20.000 soldats rendus disponibles par la période de paix s'attellent à la tâche, et le 25 août 1685, l'eau arrive à Berchères, situé à 35 km de la prise d'eau de Boizard.