

Introduction
Au pied des falaises de la Côte d’Albâtre, entre Fécamp et Yport, la craie blanche du Crétacé cache un objet géologique étrange : de grosses colonnes de silex gris-bleu, dressées ou couchées, qui traversent les couches de craie comme des cheminées. On les appelle les paramoudras. Certaines dépassent le mètre, d’autres, ailleurs sur cette côte, atteignent plusieurs mètres. Ici, à Grainval, les blocs éboulés en offrent des sections spectaculaires, visibles de près et à hauteur d’œil.
Ce sont ces colonnes, et le minuscule conduit qui se cache en leur cœur, que nous allons observer.
🎯 L’objectif de cette EarthCache est de comprendre comment se forme un paramoudra, de le reconnaître en coupe (transversale ou longitudinale) et de distinguer un cordon de silex ordinaire d’une colonne verticale qui recoupe la stratification.
Rappel concernant les Earthcaches: Il n’y a pas de conteneur à rechercher ni de logbook à renseigner. Il suffit de se rendre sur les lieux, de répondre aux questions et de me renvoyer les réponses.
Précautions d’usage
⚠️ Sécurité : Vous êtes au pied de falaises de craie très instables. Des effondrements se produisent régulièrement sur ce secteur (un pan de 40 à 50 m s’est détaché à Grainval en 2020). Ne restez pas au pied de la falaise vive : observez les paramoudras sur les blocs éboulés déjà à distance de la paroi. Évitez toute visite par temps de pluie récente ou juste après une tempête.
⚠️ Règlement : Site naturel. Ne prélevez rien, ne cassez rien. Chiens tenus en laisse.
⚠️ Équipement : Chaussures fermées à semelles crantées (galets glissants). L’accès se fait par l’escalier de la valleuse de Grainval, puis sur un estran de galets. Le platier et les blocs les plus éloignés ne se découvrent qu’à marée basse : consultez les horaires, privilégiez un coefficient supérieur à 45, et ne vous laissez jamais surprendre par la marée montante.
Pour valider la Earthcache
Pour pouvoir valider cette EarthCache, vous devrez répondre correctement aux questions suivantes et ajouter à votre log une photo de vous, de votre GPS ou de votre pseudo au waypoint de la cache. Cette photo permettra de valider le « trouvé » en cas de mauvaise réponse aux questions.
Attention : ne pas montrer les réponses sur votre photo. Merci d’envoyer vos réponses via mon profil ou via la messagerie geocaching.com, ne les donnez pas dans votre log. Les logs enregistrés sans réponses seront supprimés.
Vous pouvez loguer la cache “trouvé” sans attendre ma confirmation, je vous contacterai en cas de problème.
N’hésitez pas à lire le descriptif pour vous aider à répondre aux questions.

Question 1 — Sur les blocs éboulés au pied de la falaise, cherchez une colonne de silex vue en coupe. Diriez-vous que vous l’observez en section transversale (une forme arrondie, avec des anneaux concentriques) ou en section longitudinale (une colonne allongée) ? Décrivez ce que vous voyez.
Question 2 — Sur un paramoudra observé en section transversale, estimez son diamètre. Observez ensuite son centre : voyez-vous une trace du conduit axial, ce petit tube central autour duquel s’est organisé le silex ? Décrivez son aspect (comblé, décoloré, creux…).


Question 3 — Éloignez-vous de la falaise pour avoir une vue d’ensemble. Vous avez sous les yeux deux sortes de silex : les cordons horizontaux dans la falaise et la colonne du paramoudra. Observez leur relation avec les couches de craie : lequel des deux suit les couches, et lequel les recoupe ? Qu’en déduisez-vous sur l’ordre de formation entre la craie et le silex ?
Question 4 — À votre avis, et d’après le descriptif : le paramoudra s’est-il formé autour d’une structure vivante (un terrier d’animal fouisseur) ou par un simple phénomène chimique dans le sédiment ? Justifiez en une phrase. (Question de réflexion : les scientifiques en débattent encore, il n’y a pas de réponse unique.)
Présentation du site
Le site se trouve dans la valleuse de Grainval, une vallée sèche héritée des périodes froides du Quaternaire, qui entaille le plateau du Pays de Caux entre Fécamp et Yport. On y accède par un escalier depuis le hameau de Grainval (commune de Saint-Léonard).
La plage est étroite, faite de galets de silex, coincée entre la falaise et la mer.
Ici, la falaise appartient à un secteur particulier : côté sud-ouest de la faille de Fécamp-Lillebonne, les couches de craie sont anormalement épaissies (on parle de « faciès Criquebeuf » ou de séquences dilatées). C’est justement dans ces couches épaissies que les paramoudras sont les plus développés.
Géologie
La craie.
La roche blanche qui forme la falaise est une craie : un calcaire très fin et tendre, déposé au fond d’une mer chaude et peu profonde il y a environ 88 millions d’années (Coniacien moyen, Crétacé supérieur). Elle est faite de l’accumulation de minuscules squelettes calcaires d’algues microscopiques, les coccolithes. Cette boue carbonatée s’est accumulée lentement, année après année, en couches quasi horizontales.
Les silex, en général.
Les cordons noirs réguliers qui rayent la falaise sont des silex : de la silice (le même minéral que le quartz) qui s’est concentrée après le dépôt, à l’intérieur de la craie déjà en place. Cette silice ne vient pas de l’extérieur : elle provient en grande partie de la dissolution des squelettes d’éponges siliceuses enfouies dans la boue. Redissoute, puis reprécipitée un peu plus loin, elle forme des rognons et des bancs. Comme elle se forme dans la craie existante, le silex respecte le plus souvent la stratification : les cordons sont horizontaux, parallèles aux couches.
Le paramoudra : un silex qui sort du rang.

Le paramoudra est un cas très différent, et c’est là toute sa curiosité. C’est un silex cylindrique et vertical (parfois basculé à l’horizontale), qui mesure d’un mètre à plusieurs mètres de haut. Au lieu de suivre les couches, il les traverse. Et surtout, en son cœur court un conduit axial de quelques centimètres seulement.


Ce conduit est la clé. L’hypothèse la plus étudiée est celle d’un terrier : un animal fouisseur à corps mou, aujourd’hui disparu sans laisser de trace directe, aurait creusé la boue crayeuse d’abord verticalement, puis horizontalement (on nomme ce terrier Bathichnus paramoudrae). Ce tube central est ensuite devenu une voie de circulation privilégiée pour les eaux souterraines chargées en gaz. Autour de lui s’est installé un contraste chimique entre un milieu plus oxydant et un milieu plus réducteur (le sens exact de ce contraste est lui-même discuté par les géologues). C’est précisément à cette frontière chimique, dans le manchon de craie qui entoure le conduit, que la silice a précipité en couronne. Le paramoudra est donc, en quelque sorte, le fantôme siliceux d’un terrier, moulé par la chimie du sédiment. Pour les colonnes les plus hautes (plusieurs mètres), un simple terrier ne suffit pas à tout expliquer, et un rôle plus large d’échappement de fluides est envisagé : le débat reste ouvert.
Pourquoi ici, à Grainval ?
Ce n’est pas un hasard si les paramoudras abondent sur ce secteur précis. Nous sommes juste au sud-ouest de la faille de Fécamp-Lillebonne, un accident hérité du vieux socle qui a joué pendant tout le dépôt de la craie. De ce côté de la faille, le fond marin s’affaissait un peu plus vite : les couches de craie y sont anormalement épaissies, « dilatées » (les géologues parlent du faciès Criquebeuf).

Or les paramoudras se développent justement dans ces craies épaissies, dans le fond et sur les flancs de larges ondulations sous-marines appelées « cuvettes ». Il est probable que, dans une tranche de sédiment plus épaisse et molle, les terriers aient pu être plus longs et la circulation de fluides plus ample, favorisant de grandes colonnes. Grainval réunit ces conditions, ce qui en fait l’un des meilleurs sites de la côte pour les observer en trois dimensions, à hauteur d’œil, dans les blocs éboulés.
Est-ce fréquent sur la Côte d’Albâtre ?
Oui, mais de façon inégale et concentrée sur certains niveaux. Le phénomène n’est pas continu : il se déclenche à des étages stratigraphiques bien précis, là où les conditions étaient réunies. On retrouve ainsi des paramoudras dans le Cénomanien inférieur (vers le Cap de La Hève et Saint-Jouin), dans le Turonien supérieur (silex Lewes, secteur d’Életot), dans le Coniacien inférieur et moyen entre Yport et Fécamp — c’est le niveau que vous observez ici — et jusque dans le Santonien inférieur. Vers l’est, dans la grande baie de Criquebeuf où les couches se dilatent le plus, certaines colonnes atteignent même une quinzaine de mètres de hauteur.
Le paramoudra est donc un objet caractéristique de cette côte, mais il faut savoir où et à quel niveau le chercher : entre deux de ces horizons, la falaise n’en montre pas. Grainval a la particularité de les rendre accessibles au sol, dans les blocs détachés, sans qu’il soit besoin de s’approcher de la falaise vive.

Références
- BRGM (0057N). Notice explicative de la carte géologique Fécamp à 1/50 000. Orléans : BRGM. http://ficheinfoterre.brgm.fr/Notices/0057N.pdf
- Hoyez B., Girard J. & Cottard N. (2020). Le Cénomanien du littoral normand entre la Valleuse d’Antifer et le Cap de La Hève. Carnets de Géologie, CG2020_B01.
- Breton G. (2006). Bathichnus paramoudrae et les silex paramoudras, région d’Étretat–Fécamp.
- B. Hoyez, ressource « Falaises de craie » (craies.crihan.fr) : pages paramoudras, ichnofaune, circuit Grainval–Fécamp.

Introduction
At the foot of the Alabaster Coast cliffs, between Fécamp and Yport, the white Cretaceous chalk hides a strange geological object: large columns of grey-blue flint, standing upright or lying down, that cut through the chalk beds like chimneys. They are called paramoudras. Some are over a metre tall; elsewhere on this coast they reach several metres. Here at Grainval, the fallen blocks offer spectacular sections of them, visible up close and at eye level.
It is these columns, and the tiny conduit hidden at their heart, that we are going to observe.
🎯 The goal of this EarthCache is to understand how a paramoudra forms, to recognise it in section (transverse or longitudinal), and to tell an ordinary flint band apart from a vertical column that cuts across the bedding.
Reminder about EarthCaches: there is no container to look for and no logbook to sign. Simply go to the site, answer the questions and send me your answers.
Safety notes
⚠️ Safety: You are at the foot of highly unstable chalk cliffs. Rockfalls occur regularly in this sector (a 40–50 m section broke away at Grainval in 2020). Never approach the base of the live cliff: observe the paramoudras on fallen blocks already away from the wall. Avoid any visit after recent rain or just after a storm. Accessible at low tide only.
⚠️ Rules: Natural site. Take nothing, break nothing. Dogs on a leash.
⚠️ Equipment: Closed shoes with gripping soles (slippery pebbles). Access is via the stairway of the Grainval valleuse, then across a pebble foreshore. The wave-cut platform and the more distant blocks are only exposed at low tide: check tide times, favour a coefficient above 45, and never let the rising tide catch you out.
To validate the EarthCache
To validate this EarthCache, you must correctly answer the following questions and add to your log a photo of yourself, your GPS or your username at the cache waypoint. This photo will validate the “found” in case of a wrong answer to the questions. Please note: do not show the answers in your photo. Please send your answers via my profile or via the geocaching.com message centre; do not give them in your log. Logs recorded without answers will be deleted.
You may log the cache as “found” without waiting for my confirmation; I will contact you if there is a problem.
Feel free to read the description to help you answer the questions.

Question 1 — On the fallen blocks at the foot of the cliff, look for a flint column seen in section. Would you say you are viewing it in transverse section (a rounded shape with concentric rings) or in longitudinal section (an elongated column)? Describe what you see.
Question 2 — On a paramoudra seen in transverse section, estimate its diameter (by fist, by hand, or in cm). Then look at its centre: can you see a trace of the axial conduit, that small central tube around which the flint organised itself? Describe its appearance (filled, discoloured, hollow…).


Question 3 — You have two kinds of flint before you: the horizontal bands in the cliff and the column of the paramoudra. Observe their relationship with the chalk beds: which of the two follows the beds, and which cuts across them? What do you deduce about the order of formation between the chalk and the flint?
Question 4 — In your opinion, and based on the description: did the paramoudra form around a living structure (the burrow of a digging animal) or through a purely chemical process in the sediment? Justify in one sentence. (Reflection question: scientists still debate this — there is no single answer.)
About the site
The site lies in the Grainval valleuse, a dry valley inherited from the cold periods of the Quaternary, which cuts into the Pays de Caux plateau between Fécamp and Yport. Access is via a stairway from the hamlet of Grainval (commune of Saint-Léonard). The beach is narrow, made of flint pebbles, wedged between cliff and sea.
Here the cliff belongs to a particular sector: on the south-west side of the Fécamp-Lillebonne fault, the chalk beds are abnormally thickened (referred to as the “Criquebeuf facies”, or dilated sequences). It is precisely in these thickened beds that the paramoudras are best developed.
Geology
The chalk.
The white rock forming the cliff is chalk: a very fine, soft limestone deposited on the floor of a warm, shallow sea about 88 million years ago (Middle Coniacian, Late Cretaceous). It is made of the accumulation of tiny calcareous skeletons of microscopic algae, the coccoliths. This carbonate mud built up slowly, year after year, in near-horizontal beds.
Flint, in general.
The regular black bands streaking the cliff are flints: silica (the same mineral as quartz) that concentrated after deposition, within the already-formed chalk. This silica does not come from outside: it comes largely from the dissolution of siliceous sponge skeletons buried in the mud. Redissolved, then reprecipitated a little further along, it forms nodules and bands. Because it forms within existing chalk, flint usually respects the bedding: the bands are horizontal, parallel to the layers.
The paramoudra: a flint that breaks ranks.
The paramoudra is a very different case, and therein lies its curiosity. It is a cylindrical, vertical flint (sometimes tipped horizontal), measuring from one to several metres tall. Instead of following the beds, it cuts across them. And above all, through its core runs a tiny axial conduit, only a few centimetres wide.
This conduit is the key. The most studied hypothesis is that of a burrow: a soft-bodied digging animal, now vanished without direct trace, would have dug the chalky mud first vertically, then horizontally (this burrow is named Bathichnus paramoudrae). This central tube then became a preferred pathway for gas-charged groundwater. Around it developed a chemical contrast between a more oxidising and a more reducing environment (the exact direction of this contrast is itself debated among geologists). It is at this chemical boundary, in the chalk sleeve surrounding the conduit, that silica precipitated as a ring. The paramoudra is, in a sense, the siliceous ghost of a burrow, moulded by the chemistry of the sediment. For the tallest columns (several metres), a simple burrow cannot explain everything, and a broader role of fluid escape is considered: the debate remains open.
Why here, at Grainval?
It is no accident that paramoudras abound in this precise sector. We are just south-west of the Fécamp-Lillebonne fault, a structure inherited from the old basement that stayed active throughout the deposition of the chalk. On this side of the fault, the sea floor subsided a little faster: the chalk beds are abnormally thickened, “dilated” (geologists speak of the Criquebeuf facies). Paramoudras develop precisely in these thickened chalks, in the floors and flanks of broad submarine undulations called “basins”. It is likely that, in a thicker and softer layer of sediment, the burrows could be longer and fluid circulation more extensive, favouring large columns. Grainval combines these conditions, making it one of the best sites on the coast to observe them in three dimensions, at eye level, in the fallen blocks.
Is it common on the Alabaster Coast?
Yes, but unevenly, and concentrated at certain levels. The phenomenon is not continuous: it is triggered at specific stratigraphic stages where the conditions were met. Paramoudras are thus found in the Lower Cenomanian (towards Cap de La Hève and Saint-Jouin), in the Upper Turonian (Lewes flints, Életot area), in the Lower and Middle Coniacian between Yport and Fécamp — the level you are looking at here — and up into the Lower Santonian. To the east, in the great Criquebeuf bay where the beds dilate most, some columns even reach around fifteen metres in height. The paramoudra is therefore a characteristic object of this coast, but you must know where and at which level to look: between two of these horizons, the cliff shows none. Grainval has the particularity of making them accessible at ground level, in the detached blocks, without any need to approach the live cliff.