L'implacable progression
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Depuis le Débarquement (6 juin 1944) et la percée d’Avranches, les armées alliées entament la reconquête de la France marquée par la libération de Paris (25 juillet). Après une rude résistance face au rouleau compresseur anglo-américain, le 16 août, les Allemands se replient sur une ligne Escaut-Meuse-Plateau de Langres-Suisse. Les Noyonnais voient alors déferler sur leur ville quantité d’hommes et de matériels à destination de le nouvelle position de défense allemande. Le 1er septembre, Compiègne est libérée par la 28e DI-US menée par le général De Cota tandis que la 4ème DI-US du général Barton passe l’Aisne et avance vers Soissons. Reprenant l’axe de la vallée de l’Oise, la 1ère armée progresse vers le Nord par la RN 32 avec, en tête, la 4e DI-US appuyée par la 5e DB-US du général Oliver. Thourotte puis Ribécourt sont atteints dans l’après-midi. Reste Noyon à reconquérir.
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| Derniers combats à Noyon

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Au matin du 1er septembre, les Allemands organisent la défense de la ville, protégeant les entrées de la ville par des mitrailleuses et des mines. Ainsi, une mitrailleuse est postée à l’angle de la rue de Montdidier, une autre boulevard Gambetta tandis que des canons anti-char sont installé Boulevard Charmolue et dans la cour de l’usine Necto (Abex) située au lieu-dit Le Guidon (route de Pont-l’Evêque). Bientôt, au son grandissant des moteurs des camions et des chars alliés remontant la vallée de l’Oise, la route de Paris devient la principale priorité de la défense allemande.
Peu à peu, la ville se vide de ses habitants. A midi, l’alarme retentit : des " deux queues " survolent, mitraillent et bombardent la ville. L’alerte passée, les troupes allemandes renforcent leurs postes de combat.
Vers 18 heures, une batterie d’artillerie hippomobile prend position place Saint-Jacques avec en ligne de mire le Mont-Renaud. Conscient de l’imminence des combats, les habitants des quartiers périphériques évacuent leurs domiciles et convergent vers la cathédrale pour y trouver refuge, tandis que ceux du centre-ville rejoignent les abris et les caves.
Une heure plus tard, une vingtaine de chars américains de la 5e DB-US sont aux portes de Passel où ils ouvrent le feu sur une formation allemande retranchée au Mont-Renaud. L’agent de liaison André Régnier tente alors de passer les lignes pour avertir les Alliés de l’organisation défensive allemande. Il est abattu sur les pentes de la colline.
Vers 20 heures, la colonne de chars américains gravit le Mont-Renaud, puis descend la pente vers Noyon. Le canon allemand entre en action aussitôt. Un premier char prend feu puis un second. La colonne de blindés poursuit sa progression quand, arrivée au carrefour du Guidon, un nouveau char est atteint. Son équipage composé du Capitaine français Marcel Jean Torris et des soldats américains Alan Read, Everitt Bee et Melvin Cross tente de s’échapper mais est abattu à bout portant.
Arrêtée dans son élan, la colonne fait alors marche arrière et remontant la pente, prend position sur le Mont-Renaud d’où elle bombarde régulièrement les positions allemandes en ville.
Pendant ce temps, le capitaine Fourrier, chef de la résistance locale, et son bras droit Charles Coffinier organise l’armement de son groupe de son PC de Suzoy. Au soir du 1er septembre, Noyon est la seule ville de l’Oise à n’être pas encore libérée.
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Mort en libérateur
Qui étaient ces hommes qui ont donné leur nom à des rues, des avenues ou des squares ? Aujourd'hui, Noyon et la rue du Capitaine-Marcel-Jean-Torris. Arrivant à bord d'un char de combat léger par la côte du Mont-Renaud, le capitaine Marcel Jean Torris a été une des premières victimes de la libération de Noyon, dans la nuit du 1Aer au 2 septembre 1944. Ce capitaine âgé de 40 ans, originaire de Tourcoing, était un officier français qui accompagnait les militaires du V e corps de l'armée américaine, vraisemblablement en qualité d'interprète. Dans son engin blindé, il était accompagné de trois soldats américains, Alan Read, Evritt Bee et Melvin Cross qui ont tous péri avec lui. Les quatre hommes ont été victimes des tirs de la 348 e division d'infanterie allemande de la Wehrmacht. Une fois les pilonnages du Mont-Renaud terminés, les troupes alliées ont ensuite traversé, le 2 septembre, la ville pacifiée à bord de leur colonne blindée. Pour mieux connaître l'histoire du capitaine Marcel Jean Torris, Jean Goumard, membre de la Société historique, archéologique et scientifique de Noyon, prépare le second tome de « Noyon évoqué à travers le nom de ses rues ».
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La nuit la plus longue


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La poignée d’Allemands tenant Noyon est parvenue à ses fins : combattre dans la retraite et gagner du temps. L’avancée alliée est suspendue tandis que les cloches de Suzoy sonnent la libération du village. Durant toute la nuit, la ville tremble des mitraillages et des échanges d’artillerie sous la lumière des fusées et des balles traçantes. D’abord intense, notamment Place Saint-Jacques, le bombardement perdra peu à peu de sa vigueur. Les Noyonnais restent cloîtrés dans leurs abris attendant leur libération avec inquiétude. Face au musée Calvin, un cycliste allemand mortellement blessé par un éclat d’obus geint une partie de la nuit sans recevoir aucun secours de quiconque.
A trois heures et demi du matin, le duel d’artillerie s’estompe laissant place au vacarme du repli allemand, le bruit des bottes, le départ du matériel militaire. On dira, plus tard, que cette pause devait permettre aux éclaireurs américains de déterminer si l’aviation devait intervenir pour écraser la poche de résistance. Il n’en sera rien. L’ennemi se replie. Noyon ne connaîtra pas un second " lundi de Pâques 1918 ".
Une demi heure plus tard, les Alliés reprennent le bombardement, mais les Allemands ne riposte plus… Ils ont quitté les lieux. A cinq heures, enfin, les silencieux fantassins américains suivis des services de santé pénètrent dans la ville, progressant d’arbre en arbre, investissant les boulevards puis le centre ville en tirant des rafales au juger vers un ennemi supposé.
Les chars américains suivent peu après et pénètrent dans la ville par le même chemin qu’ils avaient du rebrousser quelques heures plus tôt. Le moteur sourd des blindés munis de chenilles silencieuses alertera les habitants d’un défilé d’un nouveau genre. Passé la place Saint-Jacques, ils poursuivent leur progression par le Boulevard Charmolue, le Boulevard Mony et la rue de Lille pour rejoindre la route de Saint-Quentin. C’est alors que les Noyonnais comprennent qu’ils peuvent sortir et accueillir en masse leur libérateurs.
Ce 2 septembre 1944, vers sept heures trente, les cloches de Morlincourt retentissent. Noyon est libéré
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Libération et épuration
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Peu après, les FFI investissent la ville par Vauchelle, capturent une cinquantaine d’Allemands, mettent en état d’arrestation des Noyonnais suspectés d’intelligence avec l’ennemi et les sympathisants vichystes. Détenus à l’Hôtel du Mont-Renaud où ils sont ravitaillés par la Croix Rouge, les Allemands seront conduits vers des camps de prisonniers et les Français libérés ou transférés à Clermont où ils seront jugés.
La poste et la gendarmerie sont occupées tandis qu’à l’hôtel de ville, le drapeau tricolore vole au vent. La municipalité est aussitôt destituée et fait place à une chambre consultative de la ville de Noyon nommée par le représentant local de la Résistance Marcel Fourrier.
Bientôt, les scènes de joie et de liesse générale laisseront place à des scènes de représailles sur la place de l’hôtel de ville où des " collabos " et des filles vues avec l’occupant seront tondus.
La guerre se termine à Noyon mais les Noyonnais attendront encore durant de longs mois les prisonniers de guerre et déportés.
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