Le Mémorial, situé dans l'ancienne église, commémore un passage tragique de l'histoire de la libération de la France par les Forces Alliées.
Le 6 juin 1944, les derniers appareils devant larguer des parachutistes se présentent au-dessus du Cotentin. Des parachutistes du 3ème bataillon du 507th PR (82nd Airborne Division) ainsi que quelques éléments du 501st PIR (101st Airborne Division) sont largués par erreur à hauteur de Graignes. Un planeur Waco du 74th TCS est lui aussi largué par erreur au-dessus de Graignes : les 2 pilotes avec deux soldats sortent indemnes de la carcasse.
A 10 heures, 25 parachutistes s'installent dans le village de Graignes où ils sont bientôt renforcés par d'autres soldats. Ces paras valorisent leurs positions, creusent des trous de combat et préparent des positions de tir comme ils l'ont appris à l'entraînement. Le clocher de l'église est utilisé pour l'observation tous azimuts.
Le Sergeant Benton J. Broussard, un acadien de Louisiane qui parle le cajun, prend aussitôt contact avec le maire, Alphonse Voydie, qui apporte son aide sans réserve. Le Major Johnston installe son poste de commandement dans l'école de garçons et redirige tous les parachutistes perdus qui continuent d'affluer. Toute la nuit et toute la journée suivante, d'autres parachutistes isolés arrivent à Graignes et les Américains sont 182 au total (dont 12 officiers).
Durant la journée du 7 juin 1944, un problème apparait rapidement : n'étant pas ravitaillés, les Américains doivent obtenir des réserves de nourriture et de munitions dans les plus brefs délais. Conscient de la situation et du fait qu'il faut arriver à nourrir 182 bouches supplémentaires, le maire Alphonse Voydie rassemble les habitants dans l'église et leur demande d'apporter toute l'aide nécessaire aux soldats américains. Dans un élan extraordinaire, les villageois font tout leur possible pour aider ces militaires. Des munitions et des armes sont récupérées dans les environs.
Dans la nuit du 10 au 11 juin, les bruits de déplacements de véhicules dans le secteur sont de plus en plus nombreux et plusieurs combats de faible envergure s'engagent contre des patrouilles adverses.
Au lever du jour, le dimanche 11 juin, les Américains ne décèlent pas d'activité ennemie dans leur secteur. En conséquence, le Major Johnston autorise ses hommes à assister à la messe de l'abbé Albert Leblastier qui débute à 10 heures. Mais au même moment, les Allemands lancent un assaut au sud du village. Les parachutistes gagnent leurs positions et engagent un furieux combat. A 10 heures 20, l'assaut est terminé et les Allemands récupèrent leurs blessés et leurs morts qui sont nombreux avant de se replier vers le sud. Vers 14 heures, les Allemands déclenchent un tir de mortier sur Graignes en préparation à un nouvel assaut : le dispositif défensif américain tient bon mais les premières pertes sévères sont enregistrées, aussi bien dans les rangs des parachutistes que parmi la population civile. Les blessés sont transportés dans l'église où ils sont soignés par le capitaine Sophian ainsi que par l'abbé Leblastier, le père Louis Lebarbanchon et plusieurs habitants.
De nouveaux bruits de véhicules blindés sont décelés et Johnston, s'attendant à un assaut général de leurs adversaires, demande aux habitants de fuir le village vers 19 heures. Au même moment, des canons de 88 mm ouvrent le feu sur les positions américaines et sur les habitations, touchant plusieurs bâtiments. Le clocher de l'église est touché. Les Américains ne parviennent plus à défendre un front homogène et ils se retranchent dans différents postes qui sont isolés les uns des autres. Progressivement, les parachutistes sont submergés par l'adversaire ; ils rompent le contact et se replient dans le désordre à la faveur de la nuit, laissant plusieurs blessés derrière eux. Côté allemand, les pertes enregistrées du 10 au 11 juin 1944 sont impressionnantes : elles sont estimées à environ 500 tués et 700 blessés.
Une fois le village de Graignes sous leur contrôle, les SS font sortir les blessés et le capitaine Sophian de l'église et les divisent en deux groupes ; le premier, composé de 9 parachutistes, prend la direction du sud tandis que le deuxième, avec 5 parachutistes, est escorté vers un étang. Ces derniers sont exécutés à la baïonnette et jetés dans l'eau. Le premier groupe marche jusqu'au hameau de Mesnil-Angot situé à quatre kilomètres plus au sud où les 9 parachutistes blessés doivent creuser une tranchée : une fois celle-ci terminée, ils sont abattus d'une balle dans la tête et leurs corps sont jetés dans la fosse. Les Allemands s'en prennent également aux villageois soupçonnés d'avoir apporté leur aide. Les deux hommes d'église, l'abbé Leblastier et le père Lebarbanchon sont froidement exécutés devant leur maison. Madeleine Pezeril et Eugenie Dujardin (âgée de 80 ans), réfugiées chez elles, sont tuées dans leur lit.
Le 12 juin 1944 au lever du jour, les habitations sont fouillées et pillées par les Allemands. Pendant ce temps, les parachutistes qui ont fui le village errent à travers les marécages. Non loin de là, Odette Rigault quitte la ferme de ses parents et découvre le lieutenant Frank Naughton en chemin. Elle le conduit jusqu'à une grange où sa famille a stocké des munitions parachutées le Jour-J. Plusieurs parachutistes convergent vers cette grange durant la journée.
Le 13 juin, les SS mettent le feu au village ainsi qu'aux corps de l'abbé Leblastier, du père Lebarbanchon, de Madeleine Pezeril et d'Eugenie Dujardin dans l'église. Sur les 200 constructions que compte Graignes à ce moment, seules 2 habitations sont épargnées. Les 21 parachutistes cachés dans la grange de la ferme des Rigault quittent les lieux le 15 juin à 10 heures accompagnés par le jeune Joseph Folliot, âgé de 15 ans, qui les transporte à bord d'une embarcation sur des canaux en direction de Carentan. Ils atteignent sains et saufs leur destination. Sur les 32 soldats américains tués à Graignes, 17 ont été exécutés par les SS.
Graignes n'est définitivement libéré que le 12 juillet 1944 par les Américains du 113th Cavalry Group : les Allemands ont abandonné le village.
En 1984, quarante ans après ces terribles journées de combat, Naughton et "Pip" Reed, tous deux lieutenants au moment du débarquement, sont de retour à Graignes et ils y retrouvent Marthe et Odette Rigault : ce n'est qu'à ce moment que les deux soeurs apprennent le sort des soldats qu'elles ont aidé et abrité temporairement dans la grange de la ferme familiale. De 1984 à 1986, Naughton et Reed ont effectué des demandes pour que plusieurs habitants soient récompensés par une décoration officielle et le 6 juillet 1986, dans les ruines de l'église de Graignes, onze villageois (dont six à titre posthume) sont décorés de la Distinguished Civilian Service pour leur aide apportée aux parachutistes américains.
Vous aurez également un point de vue sur les Marais qui, selon la saison, auront un visage très différent : prairies l'été, "blancs" (en eau) l'hiver.
