L'Histoire
Il y avait une fois, vous m’entendez, il y avait un grand lascar qui, par un matin embrumé, sur sa jument grise pommelée, s’avançait vers les grottes du plateau de Lautagne. Dans la pâle lumière de ce début de journée humide, où perlaient des gouttes de rosée sur le roseaux des marécages de Châteauvert, où jacassait le monde des oiseaux répondant au coassement des crapauds, notre cavalier, fièrement, dressait sa silhouette altière et majestueuse, se dandinant sur les mouvements de la croupe de son cheval en marche. Le chapeau bas, la brillance par éclair de deux pistolets à sa ceinture, Louis Mandrin manigançait dans sa tête des plans d’attaque contre ceux à qui il vouait une haine inextinguible, les fermiers généraux, les suceurs de sang de ses concitoyens.
Pouvait-il imaginer que, quelques mois plus tard, dans cette ville de Valence qu’il entrevoyait par-dessus les feuillages, à deux lieues d’ici, son corps serait disloqué sous la lourde barre de fer du bourreau ? Derrière lui, pour l’instant, suivait une trentaine de contrebandiers, à cheval également, la trogne hirsute, hâlé et trop ridée, balafrée de cicatrices. Ils transportaient un arsenal d’armes, des espingoles, mousquets, canardières, pistolets de toutes sortes, de poche et de ceinture, « de quoi trouer, mitrailler» l’ennemi honni. Des mules chargées de marchandises de contrebande, ballots de tabac, soieries indiennes…fermaient le cortège.
Nous étions en l’an de grâce de 1755, sous le règne de Louis XV « le bien aimé », comme le sera Mandrin. Mais, dans ce siècle des Lumières, au XVIIIe siècle, les 9/10 de la population était dans la misère la plus noire et l’ignorance la plus crasse. Ainsi va l’humanité, dans l’injustice criante, roulant ses ors et sa boue.
En ce 5 janvier, Louis Mandrin s’avançait dans les marais pour s’abriter et se réfugier, avec ses hommes, dans les grottes surplombant le quartier de Châteauvert. Ces grottes, d’accès difficile, à distance honorable de la ville de Valence, à hauteur utile pour surveille et préparer à temps la défense contre d’éventuels mouvements de troupes de police, présentaient une certaine protection. Mais qui aurai pu penser qu’aux siècles suivants ces grottes allaient être assiégées par des enfants pour jouer à cache-cache, à Robin des Bois ou à Mandrin ?
A l’époque de Mandrin, il y a deux siècles et demi, Châteauvert était la propriété, avant tout, de la nature avec ses herbes folles, un fouillis de plantes et de fleurs éclatant d’une myriade de couleurs, exhalant une infinité de senteurs, un monde grouillant d’insectes et d’animaux, sur un terrain détrempé d’eaux dormantes. Pour s’y aventurer, il fallait sauter, probablement, d’îles en îles pour trouver la terre ferme. Il y avait quelques vignes sauvages pour grapiller un raisin, à la saison automnale, au goût sûr, vous râpant la langue. Il est dit qu’il y avait, aussi, dans ce lieu marécageux une seule maison, solidement bâtie, dont une façade était couverte de verdure dessinant les contours d’un château. L’appellation de Châteauvert viendrait de cette image !
Pour accéder aux grottes, Mandrin et ses hommes devaient attacher leurs chevaux aux troncs d’arbres se trouvant au pied de l’à-pic Les grottes, en effet, se découvraient en hauteur, creusées dans une mélasse appelée gore. Pour pénétrer dans les grottes, il faut avoir une grande souplesse pour escalader des rochers et être minces pour s’infiltrer dans des passages étroits.
A peine arrivés dans les grottes, les contrebandiers s’installèrent pour manger à belles dents. Ils évitèrent d’allumer un feu pour ne pas attirer l’attention de la population, à une portée de fusil.
Louis était taciturne. Il avait conscience qu’il exerçait un sale métier. Si seulement il pouvait servir son roi et entrer dans l’armée… Cette pensée l’obsédait. Mais, parfois, on devinait sur ses lèvres un sourire. Il entrevoyait, dans un demi songe, la silhouette cabrée de sa jument se détachant sur un ciel d’orage, et lui le doigt tendu et vengeur, désignant les instigateurs qui, avec infamie et cruauté pour s’arroger des biens, oppressaient le peuple nu, démuni face aux cris et aux pleurs de leurs enfants affamés.
La Cache
On raconte que Mandrin aurait pris l’habitude de cacher ses butins dans des endroits qu’il nommait ses coffres forts. La grotte de Lautagne était l’un d’eux. Avant de mourir, Mandrin laissa un parchemin censé expliquer comment accéder à son trésor. Le voilà tel qu’il fût rédigé par le légendaire contrebandier :
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Mon nom te suffira pour ouvrir le coffre.
MANDRIN
Pensez à effacer les traces derrieres vous si vous déplacez la cache pour l'ouvrir pour éviter de baliser le chemin pour les suivants ou les Moldus.