A Guignes, et plus précisément au hameau de Vitry, à quelques pas de l’ancienne forteresse féodale, exista jusqu’à la révolution une chapelle consacrée à Sainte Anne. A l’intérieur, au-dessus de l’autel, une niche conservait une statuette de la sainte, particulièrement vénérée par la population. Pas très loin, jaillissait une source à laquelle on attribuait des vertus exceptionnelles. La Fontaine Sainte Anne. Un petit ru en partait et, courant à travers champs, alimentait un moulin situé à gauche du croisement de la rue de Paris et de la rue de Servolles. On la disait réputée pour « la guérison de la fièvre, des maux de gorge et d’yeux »(1). Elle était l’objet d’un pèlerinage important. Le 27 Juillet (Fête de Sainte Anne) et le 8 Septembre (Fête de la Nativité de la Vierge Marie), une messe était célébrée dans la chapelle, puis, le clergé et les fidèles partaient en procession en direction de la source. « Ils en faisaient plusieurs fois le tour, en chantant cantiques et litanies. Les pèlerins buvaient l’eau de la fontaine à pleins verres, et chacun apportait un vase pour en conserver jusqu’au pèlerinage suivant. De plus, ils trempaient dans une partie de la fontaine des linges, des vêtements et différents objets »(2).
LA FONTAINE SAINTE-ANNE, DESSIN DE RENÉ MOREL, 1890 (GUIGNES-VITRY)
Tout se déroula plutôt bien jusqu’à la révolution. A partir de là, les choses se compliquèrent un peu. Pour la chapelle surtout. Elle fut vendue comme bien national à un certain conventionnel Laurent Lecointre qui la céda trois ans plus tard au citoyen Jean-Baptiste Jouzon, agent national de la municipalité de Guignes-Libre, c’est à dire le maire. L’acte mentionnait une clause pour le moins radicale : les acheteurs devaient faire disparaitre cette chapelle et la transformer en grange ou en maison habitable. Toute cette histoire commençait sérieusement à sentir le sapin. Comme prévu, les travaux débutèrent peu après. La statue de Sainte Anne fut arrachée à la chapelle « et jetée sur la place voisine où le citoyen Thomas, fermier de Vitry, lui attacha une corde au cou et voulut la faire trainer par un cheval. Mais ô prodige ! (c’est ici que commence la légende) la statue parut être clouée à terre par une force mystérieuse et invincible, et le cheval de Thomas, malgré les exhortations les plus frappantes ne put la faire avancer d’un pas… On lui adjoignit un compagnon, même impossibilité de la remuer ; Thomas lui-même se mit à tirer la corde, mais ses efforts joints à ceux des chevaux semblaient rendre la statue plus pesante, on eût dit raconta plus tard un témoin de la scène, qu’elle voulait s’enfoncer dans le sol. Thomas devenu furieux, frappa de son sabot la tête de Sainte Anne… Au même instant, il poussa un grand cri, porta la main à ses yeux et tomba à la renverse. Les assistants effrayés se portèrent à son secours ou se dispersèrent en commentant ces choses extraordinaires. On rapporte que, durant cette scène, l’eau de la fontaine devint rouge comme du sang. La statue fut abandonnée près de la chapelle qu’elle n’avait pas voulu quitter. Thomas, reconduit chez lui par sa femme et par des voisins, s’alita et devint aveugle. Pendant la nuit suivante, deux vieilles femmes du hameau vinrent prendre la statue, qui se laissa enlever sans difficulté, et la cachèrent dans une cave. Quelque années passèrent, puis par un beau jour de fête, la vénérable image fut sortie de sa cachette et porter en pompe à l’église de Guignes où on la plaça sur l’autel de la chapelle saint Bernard. Elle repose aujourd’hui dans un coin du vieux cimetière de guignes où elle a été enterrée, il y a une quarantaine d’année, croyons-nous. Mais la légende n’est pas terminée encore… Thomas fit pénitence ; il recouvra la vue grâce à l’eau de la fontaine avec laquelle il se lavait les yeux tous les jours »(3).
Morel précise qu’une dame blanche apparut « dans la nuit qui suivit la destruction de cette chapelle et la profanation de la statue de sainte Anne»(4)et continua à faire parler d’elle par la suite, car les différents bâtiments bâtis à l’emplacement de la chapelle étaient réputés hantés. « Une dame blanche y apparaissait souvent à l’heure fatidique de minuit, des bruits effrayants s’y faisaient entendre et des flammes qu’on désigna sous le nom de flambeaux de Sainte Anne y dansaient des sarabandes effrénées. Ces flammes voltigeaient aussi autour de la fontaine et sur la place du village. Les bonnes gens de Vitry ne passaient plus auprès de ce lieu redouté sans se signer dévotement, sans murmurer une prière… »(5).
Dans le courant du 19ème siècle, la Fontaine Sainte Anne fut transformée en lavoir. Son eau y est toujours aussi pure. À quelques pas, au numéro 7 de la place de Vitry, et entourée de hauts murs, se dresse le corps de maisons édifié sur l’ancienne chapelle et derrière, la villa qui le domine. Portant autrefois les noms de Villa sainte Anne et les Charmettes, elle s’appelle désormais les Charmettes d’Homélie et à l’heure où j’écris ces lignes, abrite quatre chambres d’hôtes, ainsi qu’un atelier de décoration d’intérieur. L’actuel propriétaire que j’ai rencontré, n’a jamais été importuné par une quelconque dame blanche. Du reste, il n’avait jamais eut vent de ce genre d’histoire.
LAVOIR ET SOURCE DE LA FONTAINE SAINTE-ANNE (GUIGNES-VITRY)
LAVOIR DE LA FONTAINE SAINTE-ANNE (GUIGNES-VITRY)
source : http://traditionsetlegendesdeseineetmarne.blogspot.fr/2009/05/reliques-vendre-elements-pour-un.html