Le Pigeonnier de Brue Auriac
C’est l’emblème du village de Brue Auriac. Ce pigeonnier a été construit par Roux de Corse dans les années 1754-1758. Carrière nous dit "Georges Roux considère l’usage du droit de colombier comme l’attribut indispensable de sa fatuité". C’est pour cette raison qu’il construit le plus grand des 42 000 pigeoniers recensés en France au XVIII ème siècle, avec ses 6 000 boulins (d’après l’inventaire réalisé par le Ministère de la culture). 6 000 boulins = 12 000 pigeons adultes, car ils vivent en couple, et à raison de deux œufs par mois et par couple = 12 000 pigeonneaux de plus. ..
Le pigeonnier domine tout le village. Il est visible de très loin lorsqu’on arrive à Brue par la route de Saint Maximin. Voici ce qu’en dit Georges Roux de Corse "6 à 8 000 pigeons feront beaucoup de bien à Brue. Ils nous débarrasseront de beaucoup d’insectes nuisibles, nous fourniront un excellent engrais, et une succulente nourriture. Sans compter que , dans ces terres aux vieilles traditions, cette gracieuse coutume féodale est vraiment à rétablir".
On connaît la suite.
Abolition des privilèges dans la nuit du 4 aout 1789, et depuis, chacun a le droit d’avoir son pigeonnier. Mais aucun pigeonnier construit depuis 1791 n’a jamais atteint les dimensions gigantesques de ce monument : de forme cylindrique, il mesure 23 mètres de hauteur. Son diamètre extérieur, à la base, est de 12,5 mètres. Son diamètre intérieur est de 9,5 m à la base et de 10 m, à partir de 3,5 m de hauteur. Par contre l’épaisseur de ses murs qui est de 1,5 m à la base, n’est plus que de 1,10 m à 3 m de hauteur , et de 0,95 m à 10m. Le premier plancher est à 3,5 m de hauteur, et le second à 10 m au dessus du premier.
Ce monument exceptionnel a été abandonné depuis la révolution. C’était un chef d’œuvre en péril. N’ayant plus de toit, il n’était plus qu’une tour, vide à l’intérieur, et dont les murs commencaient à se dégrader rapidement. La commune de Brue Auriac étant propriétaire de ce monument depuis 1956 (don de l’hoirie Garcin) a décidé d’entreprendre sa rénovation. Le 16 novembre 1956, Monsieur Georges Jean, Maire de Brue, a signé une convention avec l’Association Saint jean Le Vieux (loi 1901) afin de restaurer le pigeonnier de Brue, en s’appuyant sur des chantiers de jeunes bénévoles. C’était une bonne idée qui malheureusement n’a pas pu se réaliser. Le 14 juillet 1989 (Monsieur Robert Hugou, Maire), la municipalité a proposé aux Brussois de signer une « pétition pour la sauvegarde du pigeonnier ». Elle a recueilli 357 signatures. Dès lors la municipalité a confié à la commission du Patrimoine et de la Culture créée le 28 décembre 1989 le soin de solliciter tous les organismes et les administrations susceptibles d’aider la commune à financer ce projet. La municipalité souhaitait arrêter la dégradation de ce monument par la mise en place d’un toit et de deux planchers, comme cela existait antérieurement. Je passe sur les détails des démarches qui ont été longues et difficiles. Finalement le projet adopté a été celui de Mr Farhne, architecte des Monuments Historiques de la Région PACA. Après appels d’offres, les travaux ont été superbement réalisés par l’entreprise SMBR de Saint Maximin. Devis total : 500 000 francs.
L’inauguration a eu lieu le 12 mai 1995, en présence de nombreuses personnalités. Après le discours du Maire qui constatait "qu’un vieux rêve brussois était en train de se réaliser", on pouvait ajouter : "Nous sommes heureux de dire que, si les sponsors se sont tous dérobés, nous avons trouvé un accueil très chaleureux et très efficace auprès les pouvoirs publics. La municipalité ne pouvait évidemment pas envisager ces travaux avec ses seuls fonds propres. Cette inauguration a donc été, pour les Brussois, l’occasion de remercier de Conseil Général du Var dont les affaires culturelles ont accordé une subvention de 200 000 francs, le Conseil Régional PACA qui par l’intermédiaire de la Culture a pris un arrêté d’intervention financière de 50 000 francs et le Ministère de la Culture et de la Communication qui par l’intermédiaire des Affaires Culturelles a accordé une subvention de 100 000 francs."
Ainsi, grâce aux efforts de tous, le Pigeonnier de Brue est maintenant à l’abri des intempéries. Nous souhaitons que, dans l’avenir, des compléments de travaux puissent en faire un lieu de rencontres culturelles et un attrait touristique. La municipalité a demandé que ce monument "non protégé" soit inscrit à l’inventaire des monuments historiques. Cette demande a été enregistrée.
La commune de Brue Auriac a reçu le diplôme du Livre "Guiness des Records" : la municipalité détient le record du plus grand pigeonnier d’Europe construit vers 1750, avec une hauteur de 22,5 m est un diamètre de 12,43 m. fait à paris le 9 avril 1996.
Rajoutons à la partie historique de Jacques Martin Laval, qu’à la suite de l’inauguration de 1995 , le Pigeonnier est retourné à sa solitude. La Mairie avait mis en place un système d’éclairage qui permettait de repérer le batiment depuis la route de Saint Maximin, avec un effet remarquable. Ces installations ont été vandalisées très rapidement, et la commune n’a pas jugé opportun de reconduire de dispositif, le Pigeonnier était isolé, une cible trop facile.
Jusqu’à ce jour les différentes municipalité qui se sont succédées n’ont pas pu exploiter le site en raison d’un problème d’accès au Monument. En effet, jusqu’à présent, hormis l’accès piéton donnant sur la route de Barjols (communal), l’ensemble des terrains qui jouxtaient l’édifice se trouvait dans le domaine privé, ce qui rendait impossible son exploitation touristique . Très récemment, grâce à la famille Bouisset / Ferreoux, une transaction a permis à la commune de racheter une parcelle qui part du chemin du pigeonnier jusqu’aux proches pieds de l’édifice. D’autres rachats de terrains sont en cours et permettront dans un moyen terme d’envisager des projets culturels.