Hormis les riverains, peu d'usagers de la route de Boulogne, ancienne RN1, savent que plusieurs lieux-dits doivent leur nom à un des passages de Napoléon, quand il empruntait cet axe pour se rendre au camp de Boulogne.
Les faits remontent à 1810. Napoléon revenait de Boulogne et rentrait à Saint-Cloud, en compagnie de l'impératrice Marie-Louise.
Les trois lieux-dits dont il est question sont liés à une anecdote de ce voyage, longtemps colportée dans les auberges de la région. Il paraît que l'impératrice était partie de Boulogne de fort mauvaise humeur et selon le garde, l'empereur se montrait... empressé à son égard. Selon le récit de l'ancien garde, très prolixe sur le sujet, les choses, dans la voiture, auraient alors pris un autre tour.
« À hauteur du Moulin d'Hubersent, où nous étions en attente, le bruit particulier d'un petit trot nous parvint. À l'extrémité de l'avenue, nous aperçûmes le cortège aux couleurs chamarrées.
Quand il fut arrivé à nous, nous rendîmes les honneurs, prîmes place dans l'escorte et fîmes connaissance avec les chasseurs de la Garde Ordinaire. Nous nous inquiétions de l'état du maître et apprenions que le couple Impérial était parti de Boulogne alors que l'Impératrice était d'humeur exécrable. « Il était visible que ch'cat était din ch't'horloge... », dit le garde dans les récits. Il raconte alors qu'à un moment, il s'est trouvé juste à côté de la portière impériale. « Du haut de mon cheval, je jetai un coup d'oeil dans la berline. L'impératrice demeurait impassible, indifférente aux sourires et aux paroles de son impérial époux ». Le garde poursuit : « A un moment, elle ne le repoussa pas. Napoléon lui prit les mains, les baisa longuement. Les membres de l'escorte se regardèrent en concluant par un coup d'oeil. L'empereur se tourna vers la portière et tira le rideau ». Le garde voisin aurait alors dit : « Ça va s'arranger, ils en sont au catouillage » !
On était alors à hauteur du bas ravin de Cormont, l'endroit qui porte aujourd'hui ce nom.
Le voyage se serait alors poursuivi silencieusement pendant une vingtaine de minutes. Puis, le garde raconte qu'à un moment donné, à un virage un peu brutal, on a entendu un bruit sourd à l'intérieur de la berline, de laquelle on entendit « de petits gémissements et quelques plaintes à peine audibles ». Un garde aurait alors commenté : « Tu vois, c'est la culbute ». Le lieu-dit La Culbute devrait donc aussi son nom à cet épisode romantique de la vie de l'Empereur.
Et le narrateur poursuit : « En bas du Mont des Brosses, je vis le rideau se tirer et le Petit Tondu mettre un peu d'ordre dans sa tenue. Il abaissa la vitre et demanda : « Où sommes-nous » ?
-Sire en vue de Montreuil.
-Nous avons bien marché. Je suis content et la paix est faite avec l'Impératrice... » Le cortège se trouvait alors à l'embranchement de la route de Boulogne et de la route d'Étaples, sur le territoire d'Attin, à l'endroit qui s'appelle aujourd'hui « La paix faite ».