Un peu d’histoire
Nous sommes le 27 Mai 1944, quelques jours à peine avant le débarquement du Jour-J.
Cette nuit-là, environ 300 avions anglais décollent de leurs bases vers 23h45 pour voler en direction du camp militaire de Beverloo (Bourg-Léopold).
Cette mission vise ce camp qui sert de grande base de rassemblement à l’armée Allemande.
Lors du retour, ils furent interceptés par la chasse de nuit allemande. Celle-ci toucha un bombardier de type Halifax qui percuta dans sa chute un autre quadrimoteur appartenant, lui aussi, à des escadrilles canadiennes opérant depuis la même base dans le Yorkshire.
L'explosion des deux appareils au-dessus du lieu-dit Longchamp à Baisy-Thy fit quatorze victimes : onze aviateurs canadiens et trois Britanniques. Elle dispersa des débris d'avions et des restes humains sur plusieurs km² sans heureusement faire de victimes civiles. Au petit jour, l'armée allemande trouva onze corps qui reposent aujourd'hui au cimetière militaire de Heverlee ; les trois dernières victimes, découvertes plusieurs jours plus tard, furent inhumées dans le cimetière de Baisy-Thy.
Une fois leur objectif bombardé, les avions reprennent la direction de l’Angleterre en passant par le sud de Bruxelles.
C’est à ce moment-là que la chasse de nuit allemande intervient avec efficacité. Entre 01h44 et 03h28 (heure allemande), les pilotes de la Nachtjagd revendiquent pas moins de 30 bombardiers britanniques abattus. Les conditions météo, en effet, sont relativement favorables aux Allemands. La lune est déjà levée lorsque les bombardiers britanniques survolent Bourg-Léopold. La luminosité de l’astre sélène (pleine lune le 30 mai) facilite le repérage des appareils alliés.
A cette occasion, le Feldwebel Hans von GIENANTH, pilote de chasse de nuit de la 11e Staffel de la Nachtjagdgeschwader 1, est guidé vers les bombardiers par les contrôleurs au sol. « Infiltré » dans le stream des appareils ennemis, le radariste de von GIENANTH dirige son pilote vers un premier écho radar. En l’espace d’une douzaine de minutes, deux quadrimoteurs tombent sous les obus du pilote allemand :
– un Halifax revendiqué à 02h03 vers 3600 m d’altitude (au nord de Bruxelles),
– un Halifax revendiqué à 02h16 à l’altitude de 2600 m (le lieu de chute est renseigné à Genappe).
Bizarrement, Hans von GIENANTH ne déclare qu’un seul appareil détruit à l’issue de son attaque !
C’est le 28 mai 1944, dimanche de Pentecôte, vers 02h30, que les Halifax LV831 et Halifax MZ295 entrent en collision au-dessus du lieu-dit Longchamp. Les équipages des deux bombardiers viennent de rencontrer leur destinée : quatorze jeunes hommes sont tués sur le coup !
L’explosion est terrible et éparpille d’innombrables débris sur les territoires des communes limitrophes de Baisy-Thy (essentiellement au Longchamp), Ways, Loupoigne et Glabais. Le jour naissant dévoile l’horreur de la catastrophe.
Dès l’aube, des soldats allemands se rendent sur les lieux de la catastrophe. Une unité spécialisée dans la récupération d’épaves, appelée Bergungskommando, doit certainement procéder à l’enlèvement des débris et des corps des aviateurs.
Dans un premier temps, les Allemands ne relèvent que onze corps parmi les débris. L’identification même des restes humains se révèle problématique. En effet, ceux-ci sont vraisemblablement mutilés et dans un état tel, que ces onze dépouilles sont inhumées anonymement dans la pelouse d’honneur réservée aux aviateurs alliés inconnus (non identifiés) du cimetière militaire de la base du Culot (actuellement Beauvechain).
Les trois aviateurs « manquants » sont découverts plusieurs jours après la catastrophe. A l’inverse des corps retrouvés par les Allemands, ces trois dépouilles ont pu être identifiées. Ainsi, le corps du P/0 Frank Gerrard DEVEREAUX est découvert le 1er juin 1944. Ceux des P/0 Lloyd KIRTON et Sgt Richard EDWARDS respectivement les 2 et 4 juin. Les trois aviateurs sont inhumés dans le cimetière communal de Baisy-Thy. Les trois tombes, portant les numéros 856 (EDWARDS), 858 (KIRTON) et 859 (DEVEREAUX), sont situées dans la pelouse n°4 du cimetière, près du lieu où reposèrent temporairement 5 soldats allemands et 8 soldats français (tués en mai 1940 et transférés respectivement en 1942 et en 1949). Les corps des aviateurs alliés du cimetière militaire du Culot sont exhumés en novembre 1945.
Quatorze appareils britanniques sont perdus sur la Belgique cette nuit. Les pertes totales pour la nuit du 27 au 28 mai 1944 s’élèvent à 29 appareils abattus par la chasse de nuit, la Flak ou perdus pour d’autres raisons (ex. : collision); raisons parfois ignorées et en lieu inconnu.
182 aviateurs ne rejoignent pas leur couchette au petit matin du 28 mai. La plupart ont été tués (151). 23 aviateurs sont fait prisonniers par les Allemands, tandis que 8 évitent la capture et parviendront à rejoindre les lignes alliées.
Tout au long de la Seconde guerre mondiale, les aviateurs alliés ont payé un lourd tribu à leur dévotion du devoir. Aux côtés des Britanniques, ce sont des milliers de Canadiens, Australiens, Polonais, Tchèques, Néo-Zélandais, Américains, Sud-Africains, Français, Hollandais, Norvégiens, Belges,… qui ont rejoint le Bomber Command pour livrer combat à l’Allemagne nazie.
Plus de 55 500 aviateurs du Bomber Command de la R.A.F. ont péri en accomplissant leur devoir. Ce fut le prix donné pour notre Liberté actuelle. Puissent les quatorze aviateurs alliés tués au Longchamp servir d’exemple en rappelant les sacrifices endurés par ces jeunes combattants morts pour notre Liberté et celle des générations futures.