Au XIXe siècle le système pénitentiaire suscite de nombreux débats. Il faut réformer la prison, répète-t-on de manière obsessionnelle. Les autorités recherchent sans cesse le meilleur moyen pour amender le prisonnier afin de lutter contre la récidive. On pense un temps l’avoir trouvé dans le travail des détenus. Ce travail doit peser au prisonnier comme une contrainte. Il faut occuper ces hommes et ces femmes pour prévenir l’oisiveté. Le produit du travail est aussi un moyen de subvenir aux frais de la prison. D’une manière générale et pour toutes ces raisons le travail à l’intérieur des prisons se développe très nettement au XIXe siècle.
Construite en 1825 dans le quartier maritime du Pollet, le quartier des pêcheurs et des marins, la prison de Dieppe, surnommée "Nice" par ses "locataires", s’étend sur 4200 m2, sur l’un des quais du port. Cette prison à dortoirs, non cellulaire , pouvait accueillir jusqu’à cinquante hommes et quinze femmes environ. Elle demeura une prison à dortoirs, jusqu’à sa fermeture en 1990. On peut la considérer comme un exemple type de petite prison départementale, chargée de recevoir des prévenus et des condamnés dont la peine était inférieure à un an et un jour.
Le travail manuel fut privilégié, car il semblait plus approprié à des prisonniers subissant de courtes peines correctionnelles ou en détention préventive. Le secteur du textile prédomina jusqu’à la fin du XIXe siècle. Apparurent ensuite de nouvelles activités comme le rempaillage des chaises, la cordonnerie, la fabrication des brosses ou le triage du café. Toutes ces activités étaient différentes d’une prison à l’autre. Elles ne dépendaient en fait que des besoins locaux, des demandes des industries ou manufactures de la région. Cependant, le travail salarié était encore loin d’être une activité très répandue dans les prisons du département de Seine-Inférieure. Elles furent mêmes touchées de plein fouet par la forte crise économique et le chômage des ouvriers du textile que connut la région au milieu du siècle.
Ainsi, en 1852, le travail était si peu important dans la prison de Dieppe, que seuls les détenus dont la conduite était irréprochable étaient autorisés à fabriquer des paillassons ou à filer le lin.
En 1884, Le salaire quotidien moyen des détenus ne s’élevait en effet à l’époque qu’à 24 centimes pour un homme, contre 15 centimes pour une femme, rémunération véritablement dérisoire pour une activité occupant jusqu’à dix heures par jour.
Les activités se déroulaient dans des ateliers spécifiques, aménagés par l’entrepreneur, de manière à maintenir la séparation des détenus – les hommes dans une pièce, les femmes dans une autre -, condition sine qua non à respecter à l’intérieur de la prison. Les détenus coexistaient, mais ils ne devaient en aucun cas être amenés à se rencontrer et à communiquer entre eux. L’ensemble des ateliers se trouvait au rez-de-chaussée. Ces pièces étaient étroites et non aérées. Le travail y était véritablement pénible. Pendant les heures de travail, l’entrepreneur exerçait un contrôle attentif et pouvait ainsi donner des ordres aux détenus regroupés dans les ateliers.
Certains détenus, condamnés le plus souvent à de plus longues peines et dont la conduite était irréprochable, pouvaient obtenir des postes dans le service même de la prison : bibliothécaire, cuisinier, garde-magasin, ou bien encore lingère.
Le travail en prison relevait donc, d’une manière générale, de l’exploitation d’une main d’oeuvre à bon marché, qui n’avait pas d’autre choix que de s’exécuter.
Aujourd'hui la prison du Pollet est transformé en appartement locatif.

source : http://criminocorpus.hypotheses.org/4398