L’hôpital, construit en 1878 par l’architecte haubourdinois Jean-Baptiste Cordonnier, est devenu un des bâtiments emblématiques de la ville, situé en bordure de l’une des entrées de la cité. L’auguste ensemble immobilier, épargné pendant la Guerre 14-18, témoigne d’un passé d’accueil des malades, des orphelins et des vieillards qui remonte à la Renaissance…
Rappelons à l’attention de ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire d’Haubourdin sur le bout des doigts (on les pardonne) que c’est en l’an de grâce 1466 que Jehan de Luxembourg, seigneur du coin, édifie ici, à la demande de sa très pieuse épouse Jacqueline de la Trémouille, un asile pour les pèlerins qui se rendent à Compostelle ou en d’autres saints endroits.
Naissance d’un hôpital
Plus tard, une fois passée la mode des pèlerinages (Compostelle, c’est loin et Jérusalem encore plus), les bâtiments accueillent désormais les orphelins de la ville. Au milieu du XIXe siècle, les sœurs de la congrégation de la Sagesse agrandissent le site et lui donnent des fonctions hospitalières et de soins. D’où, d’ailleurs la construction du bâtiment de 1878.
L’hôpital deviendra ensuite établissement public, accueillera des services de chirurgie et une maternité (aujourd’hui l’UTPAS du conseil général).
Mais peu à peu à partir des années 80, les services de soins médicaux sont supprimés. Avant la fermeture du site, en 1997, ne subsistent plus que les lits de long séjour et une maison de retraite. Tout est donc transféré vers l’hôpital tout neuf de la rue Barbusse.
À partir de 1997, l’ensemble immobilier devient au fil du temps un lieu fantomatique envahi par le lierre, le sureau et les herbes folles, les murs sont souillés par des graffitis qui n’ont rien d’artistique, portes et fenêtres sont occultées par d’immondes panneaux de bois, d’ailleurs souvent régulièrement arrachés par des voleurs de ferraille ou des gamins en mal de sensations fortes qui y pratiquent toutes sortes d’activités que Jacqueline de la Trémouille aurait désapprouvées avec force.
Litige vieux de quinze ans
Le site de l’ancien hôpital est en effet à cheval sur les deux communes : 2 507 m2 à Hallennes (l’aile gauche du bâtiment principal et la partie située entre l’actuel rond-point et les barrières de la route de Béthune) et 1 930 m2 à Haubourdin (l’aile droite, feue la chapelle et les bâtiments plus récents de la rue d’Englos).
Les deux maires de l’époque, Gérard Vercaemer à Haubourdin et Patrick Genelle à Hallennes, décident de préempter. Ou plus précisément demandent à la communauté urbaine de le faire.
En 2001, en vue d’aménager le rond-point et de démolir l’ancienne chapelle de l’hôpital qui se trouve sur l’emprise de ce projet de giratoire, la ville d’Haubourdin rachète à la communauté urbaine la partie haubourdinoise du site (pour 162 000 €). La chapelle est démolie ; une partie du terrain est revendue au conseil général qui aménage le rond-point sur cette chaussée départementale.
Mais entre-temps, la cour d’appel de Douai donne raison à la société Jacques-Coeur qui conteste l’expropriation. Les arrêtés de préemption sont annulés ; LMCU doit donc rétrocéder. Or LMCU n’est plus propriétaire que de la partie hallenoise du site. Glurp…
Depuis 2009, Jacques-Coeur demande à récupérer son bien. Et, on se doute que, étant donné la complexité du dossier, les avocats ont du travail. Pas eux seulement d’ailleurs : «Vous n’imaginez pas le nombre de réunions qu’on a eues sur ce dossier », relate le maire, Bernard Delaby. Celles liées directement au contentieux comme celles visant à préparer l’avenir.
Une première étape a été franchie : Bernard Haesebroeck, vice-président de la communauté urbaine, le représentant de la société Jacques-Coeur et Bernard Delaby ont donc signé le 12 mars un protocole d’accord prévoyant le versement d’une indemnité transactionnelle (en contrepartie d’un engagement de Jacques-Cœur d’abandonner tout recours).
Prochaine étape : la ville d’Haubourdin s’engage à racheter à LMCU la partie hallennoise du site pour la céder ensuite à un aménageur privé. « Pour ce qui est du prix, tout ce que je souhaite, nous précise M. Delaby, c’est que la ville ne perde pas d’argent : en 2001, nous avons acheté le site 162 000 € à LMCU ; nous avons eu ensuite les frais de démolition de la chapelle, ceux de la restauration du pignon donnant rue d’Englos et de mise en sécurité ; bref j’estime le coût résiduel à 250 000 €, ce qui nous sert de repère. »
Commerces et logements
Bernard Delaby n’envisage pas que l’on puisse restaurer le vieux bâtiment. « Il est très dégradé, envahi par le mérule ; et il y a eu beaucoup de vols. Restaurer, ce serait hors de prix. Restaurer la ferme du Bocquiau, oui ! Mais restaurer l’ancien hôpital, on ne peut pas ! » L’ancien hôpital sera donc démoli.
Le choix du promoteur devrait se faire bientôt. Deux projets privés ont été présentés au maire par deux groupes immobiliers. Bernard Delaby leur a soumis à une sorte de cahier des charges. « Dans les deux cas, il s’agira de reconstruire un ensemble immobilier de 3 ou 4 étages prévoyant une cinquantaine d’appartements, dont 30 % en locatif aidé. Et des commerces en rez-de-chaussée. L’ensemble devra être en BBC (bâtiment basse consommation), disposer de parkings et d’une qualité architecturale digne d’une entrée de ville ».


