L’aménagement des anciennes lignes de chemin de fer en « chemins du rail », comme, par exemple, via le programme RAVeL de la Région wallonne, permet à l’usager de retrouver, à pied, à vélo, à cheval, en chaise roulante ou en roller, de multiples traces du chemin de fer et du savoir-faire de ses ingénieurs. Leur conservation, leur restauration et leur entretien rencontrent trois objectifs complémentaires :
- garder le souvenir d’une activité économique qui marqua nos villes et nos villages pendant plus d’un siècle :
- animer le chemin du rail pour l’agrément de l’usager, en évitant qu’il ne se déplace le long d’une banale piste cyclable ou d’un chemin anonyme ;
- conserver des éléments en pierre, en brique, en béton, en métal ou en bois qui peuvent jouer un rôle écologique non négligeable (préservation d’espaces chauds et secs, abris pour les petits animaux).
Petits patrimoines
Lors du démontage des voies, il est fréquent que l’on enlève toute la signalisation métallique qui peut être revendue sous forme de mitraille. Il existe quelques heureuses exceptions de signaux mécaniques préservés. Il subsiste d’autre part de nombreux vestiges en béton : bornes, balises, signaux divers. Ces petits éléments sont un peu comme des « fleurs » ferroviaires, typiques des lignes désaffectées.
Les bornes
Il en existe plusieurs familles :
- les bornes d’emprise ferroviaire, dites « bornes de chemin de fer » (bornes en pierre ou en béton délimitant le domaine ferroviaire). Selon l’inscription qu’elles portent, elles témoignent des grandes époques de l’aventure ferroviaire belge : les chemins de fer de l’État (bornes EB, CF ou CFB), les compagnies privées (par exemple les bornes HC de la Compagnie Hesbaye-Condroz) et, enfin, la SNCB avec le B dans un ovale, toujours en vigueur;
- les bornes-repère (Br), servant à l’alignement de la voie et la détermination des courbes.

- les bornes kilométriques (BK), en fonte (les plus rares), ou en béton. Dans le cas du RAVeL, l’habitude est maintenant acquise de considérer, comme kilométrage RAVeL. le kilométrage d’origine du chemin de fer y compris dans les cas où la piste RAVeL ne commence pas elle-même au km 0. La Direction Opérationnelle des Routes (DGO1) rachète fréquemment des BK ferroviaires pour baliser le RAVeL. * les bornes hectométriques (BH) ; celles que l’on trouve sur les anciennes lignes sont de même forme que les BK, mais plus petites.
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Les balises
La balise, ou indicateur d’approche, est un panneau rectangulaire vertical, portant des traits ou des chevrons et indiquant l’approche d’un signal. La balise, le plus souvent en béton, est l’un des vestiges ferroviaires les plus intéressants sur nos anciennes lignes.
Contrairement aux BK et BH qui s’égrènent régulièrement le long du tracé, les balises annoncent toujours l’approche d’un point singulier : bifurcation, entrée en gare, etc. Les balises à traits sont les plus précieuses, car elles datent de l’époque où la ligne était exploitée de manière régulière. Les balises à chevron, plus tardives, correspondent à une période d’exploitation simplifiée : pour faire simple, lorsque le trafic voyageurs avait été supprimé.
Les signaux
Les signaux servant autrefois à la circulation régulière des trains ont presque toujours été démontés lors de la désaffectation de la ligne. Les quelques rares exemplaires subsistant doivent donc être préservés jalousement. Il subsiste parfois des éléments du « système funiculaire », ensemble de fils métalliques et de poulies qui commandait autrefois, à partir des cabines de signalisation, les aiguillages et les signaux. On trouve encore, ça et là, des supports de poulies guide-fil, des compensateurs à poids, etc. Quelques gares conservent aussi des vestiges du système de commande à tringles. Ces petits éléments, faute d’usage, risquent fort de disparaître si aucune mesure de conservation n’est prise en leur faveur. On trouve également le long des lignes désaffectées :
- des signaux de limitation de vitesse, reconnaissables à une pointe dirigée vers le bas. Le chiffre 1 indique une limitation à 10 km/h, le chiffre 2 une limitation à 20 km/h. Un signal « SF 05 » obligeait le conducteur à siffler (fluiten en néerlandais) et à passer à 5 km/h.
- des signaux « STOP » à l’approche d’un passage à niveau.
- des panneaux circulaires avec le numéro du passage à niveau
- toujours à proximité des passages à niveau (ou PN), des poteaux-repères le long de la chaussée concernée et les croix de St-André bien connues des automobilistes.

- des indicateurs de déclivité, etc.....
A propos des passages à niveau, signalons aussi les pavés qui bordaient les rails. Leur préservation permet :
- de conserver une trace de l’ère ferroviaire.
- de marquer, pour les usagers de la chaussée et du RAVeL, l’approche d’un point potentiellement dangereux.
Les sites de gare
Même dans les localités peu importantes, les voies d’évitement, de garage ou de marchandises pouvaient occuper des espaces allant de un à plusieurs hectares. À l’exception d’une bande de quelques mètres de large destinée au RAVeL, la SNCB se réserve ces terrains pour les valoriser. Il est souhaitable que la Région ou les communes puissent les acquérir pour les réserver à des aménagements d’intérêt public : parcs d’agrément, équipements sportifs, marchés, aires de jeux, etc Tout au moins serait-il heureux que ces espaces fassent l’objet de plans d’aménagement concertés afin que la structure globale de l’ancien site ferroviaire puisse être conservée et que le RAVeL s’y intègre de manière structurée. Les sites des gares recèlent de nombreux éléments de petit patrimoine :
- les quais (marquent le passage du « ravelliste » dans le site de la gare et peuvent servir de banc naturel)
- la plaque indicatrice du nom de la station

- les lampadaires (devenus rares)
- la rampe de chargement (quai à marchandises comportant une partie inclinée permettant aux véhicules ou au bétail d’accéder directement au plancher des wagons)
- les pavés des anciennes cours à marchandises
- le pont à peser ou « bascule »
- la jauge de chargement, dite familièrement « gabarit » (portique métallique sous lequel on fait passer un wagon après l’avoir chargé pour vérifier que le chargement ne dépasse pas le gabarit)

- les heurtoirs : obstacles artificiels, composés d’un ou deux montants et d’une traverse horizontale, marquant la fin d’une voie ferrée. Un ancien heurtoir signale de manière symbolique et plaisante le début d’un chemin du rail exactement là où se termine une ligne encore ferrée.