Tout au long de la côte Ouest s'élèvent encore les restes de nombreux fours à chaux, vestiges d'une pratique industrielle disparue.
Au XIXème siècle, il y avait une quarantaine de fours à chaux en activité sur la côte ouest, de Saint-Paul à Manapany (dont 9 à Saint-Leu). C’était une intense activité industrielle qui répondait à de nombreux besoins de l'île.
1) On faisait de la chaux à partir des coraux pour permettre le traitement, l’épuration du jus de canne.
2) On s’en servait aussi beaucoup comme mortier pour toutes sortes de constructions (murs, ponts, etc) en le mélangeant au sable.
3) La chaux était également utilisée comme désinfectant (pendant la grippe espagnole de sinistre mémoire, on jetait dans les fosses communes les morts que l’on recouvrait d’une couche de chaux : une couche de morts, une couche de chaux, une couche de morts, une couche de chaux… et ainsi de suite.)
4) Enfin, la chaux servait à l’amendement des terres trop acides.
Des casseurs de coraux, montés sur leurs zingades, radeaux faits de troncs d’aloès liés ensemble se déplaçaient à l’aide d’une longue perche, allaient près des brisants casser le corail à coup de barre-à-mine. Ils le ramenaient ensuite au rivage pour alimenter les fours à chaux.
Le corail ramassé sur les plages ou prélevé dans les lagons était cuit dans le four à chaux. Le four était chargé en continu par le haut : bois et corail en couches alternées. La durée moyenne d'une combustion était d'environ trois jours et trois nuits. Le corail cuit était retiré à la pelle à la base du four puis trempé dans l’eau pour stopper la combustion. La chaux était alors séchée, broyée, et conditionnée dans des sacs. La chaux la plus fine était réservée à la purification des sirops de sucre, alors que la chaux plus granuleuse était utilisée dans le bâtiment et l'agriculture pour la préparation des engrais. Le fonctionnement du four nécessitait une main d’œuvre abondante réalisant un travail épuisant, souvent dangereux.
«C’était dur. Toute la journée, on transportait sur nos têtes les paniers de coraux. Souvent,de la chaux restait collée à notre peau, pour s’en débarrasser on s’enduisait d’huile de coco...»
A Saint-Leu, le four à chaux Pierre Méralikan porte le nom du dernier chaufournier. Son système d'alimentation, dit à feu continu permet de charger des couches de corail et de bois par le haut. Il appartient en cela à la seconde génération des fours à chaux construits à partir de 1850. Il engrangeait lors de ses mises à feu successives 400 à 500 kilos de bois pour 600 à 700 kilos de coraux. Les meilleures production donnaient jusqu'à huit tonnes de chaux par jour.
Suite à l'interdiction de l'extraction du corail en 1969, les fours de la Réunion ont cessé progressivement leur activité concurencée de plus par l'importation de chaux et de ciment. Le four à chaux Méralikan fut le dernier à fonctionner, jusque dans les années 1990, avec le corail qui était en stock,.
Il fut inscrit aux monuments historiques le 29 mars 1996.
En 2014, des travaux de réhabilitation du site sont lancés. Leur coût : 1,1 million d'euros, portés en partie par la région Réunion
visitez ce site qui vous en apprendra plus, c'est passionnant ! :
https://www.tco.re/zoom-sur-le-patrimoine-du-territoire-de-la-cote-ouest/exposition-permanente-four-a-chaux-pierre-meralikan
visite guidée du four à chaux un samedi par mois (voir renseignements sur le site web ci-dessus)