Le Colonel Alexandre Bernard
Un pionnier et un héros de l'Aéronautique française.
Alexandre Bernard est né à Saint-Just le 12 septembre 1894. Il s'engage en 1912 et est affecté au 1er régiment de Cuirassiers de Lunéville. Dès les premières années du premier conflit mondial, il se fait remarquer par sa vaillance et son courage. Ce qui lui vaut le 1er juillet 1916 une première citation à l'ordre du 1er régiment de Cuirassiers :
"Sous-officier modèle, excellent cavalier, d'un calme et d'un sang-froid au-dessus de tout éloge, s'est toujours distingué par ses belles qualités morales, son calme et sa belle attitude au feu. Particulièrement en septembre 1914 à Nateuil-le-Haudoin, à Grouville en août 1915, à Mononviller en mai 1915 et au bois Saint-Mars en 1915-1916." .
En 1917 c'est l'envol, le début de la carrière aéronautique d'Alexandre Bernard. Affecté en tant que volontaire à l'Aéronautique militaire le 24 mai 1917, il est breveté pilote deux mois plus tard (Brevet de pilote militaire n° 7605 obtenu, le 21 juillet 1917). Puis d'écoles de spécialisation (Avord, Pau, ...) en affectations opérationnelles, il se retrouve affecté à l'escadrille VR547 le 1er décembre 1917 stationnée sur l'aérodrome d'Ouargla. Commence alors pour lui une première aventure africaine qui durera jusqu'en 1923.
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| Escadrille VR547 |
Bréguet XIV A2 |
Alexandre Bernard revient alors en métropole pour une affectation au 2ème régiment de chasse de Strasbourg, il y sera breveté observateur en ballon, le 12 juillet 1927. Le 8 septembre de la même année, il est nommé Sous-Lieutenant.
1928, marque son retour en Afrique, il est affecté au 1er groupe d'aviation d'Afrique, le 21 septembre 1928. Il est nommé Lieutenant, le 8 septembre 1929. Le 20 septembre 1933, Alexandre Bernard prend le commandement de la 3ème escadrille d'aviation légère de défense de la 4ème escadre de Tunisie stationnée sur la Base aérienne de Bizerte Sidi Ahmed et équipée de Nieuport Delage N-D 622. Nommé Capitaine, le 25 mars 1934, il quitte le service actif le 26 décembre 1934.
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| Le Colonel Alexandre Bernard |
Affecté, dans la réserve, il continue à œuvrer pour les ailes françaises en tant qu'Inspecteur général chargé de créer des bases aériennes en Afrique du Nord. Son action fut déterminante dans la création de nombreuses bases notamment celle de Colomb-Béchard. Il fut également Chef du département aviation pour l'Afrique du Nord de la société Renault puis concessionnaire de la société Renault à Blida jusqu'en 1954.
En 1962, alors Colonel de réserve, il revient à Saint-Just son village natal, où il prend son dernier envol le 2 avril 1976.
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Le raid Paris - Alger - Tombouctou
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C'est lors de son premier séjour en Afrique qu' Alexandre Bernard participera au raid Paris-Alger-Tombouctou, opération visant à promouvoir l'utilisation de l'outil aérien tant dans les liaisons trans-sahariennes que dans l'exploration, la connaissance et le développement de cette contrée.
Le Général Nivelle l’explique dans une interview accordée au journal "L’Écho de Paris" dans son édition du 1er février 1920:
Le Général Laperrine, alors commandant de la division d'Alger et autorité reconnue pour sa connaissance du Sahara a minutieusement préparé et mis en place une solide logistique de soutien du raid (balisage des pistes à suivre, positionnement des points relais radio, des points de ravitaillement ...).
Rejoint par l'équipe du Commandant Vuillemin venant de métropole, le groupe de 5 avions Bréguet XIV A2 emmené par le Général Nivelle commence son périple le 3 février 1920. A 13H30 c'est le décollage, l'objectif du jour est de rejoindre Biskra. Le lendemain le Général Nivelle rappelé à Paris, confie la suite de la mission au Général Laperrine. Alexandre Bernard qui était alors le pilote du Général Nivelle devient, de fait, celui du Général Laperrine.
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| Le Général Laperrine |
Du 7 au 14 février, les équipages et leurs avions progressent toujours plus en avant dans le sud saharien vers Tamanhrasset. Les hommes et le matériel sont durement éprouvés.
Au départ de Tamanhrasset, le 18 février, l'escadrille ne compte plus que deux avions, celui du Commandant Vuillemin et celui du Général Laperrine.
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| L'itinéraire du raid |
Avant le décollage, un mécanicien, le Sergent Vaslin vient renforcer l'équipe du raid. Il sera embarqué dans l'avion piloté par Alexandre Bernard. L'avion n'étant prévu que pour deux personnes, le Sergent Vaslin et le Général Laperrine embarquent sur le même siège, le second sur les genoux du premier.
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| Le trio avant le décollage |
A 7H30, le tandem d'avions décolle direction Kidal avec escale prévue en milieu de journée à Tin Zaouaten pour ravitailler. Au cours du vol, les conventions de marche sont fixées ainsi par le Commandant Vuillemin:
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« Nos conventions étaient les suivantes : mon appareil étant plus lent que celui de Bernard, je marcherais en avant, à la boussole, à partir du coude que fait l’oued Tamanhrasset vers l’0uest (80 kilomètres environ au sud-ouest de Tamanhrasset. Si je m’écartais de la route, Bernard, dirigé par le Général Laperrine, me dépassera et m’indiquera une nouvelle orientation par la direction de marche qu’il prendra devant moi. Nous devons passer sur Tin-Rehro (reconnaissance à des accidents de terrain caractéristiques vus sur des photographies du Général) et atterrir à Tin-Zaouaten. Cet atterrissage est obligatoire pour l’avion de Bernard qui n’a que 5 h d’essence ; je suis parti avec 9 h de combustible parce que les terrains intermédiaires n’ont de quoi ravitailler qu’un seul appareil. Nous avons mis toute notre confiance pour la direction à suivre dans la science du Gal Laperrine qui a traversé le Sahara 11 fois à pied ou à dos de chameau ; nous pensons que son entraînement aérien est suffisant puisqu’il vient de faire 1.800 km en se repérant parfaitement ».
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La préparation de l'étape semble sérieuse et solide. Mais le Sahara se révèlera plus insaisissable que prévu.
Dès le début du voyage, s'en tenir le plan de vol s'avère plus difficile que prévu. Les repères au sol ne sont rapidement plus visibles, le vent de sable se lève, la TSF reste muette, ... et alors que l'Adjudant Bernard annonce que le carburant va bientôt manquer, l’avion du Commandant Vuillemin disparaît dans la brume. Après un dernier S.O.S. transmis par radio, l'Adjudant Bernard fait atterrir son avion. Le terrain est plus meuble qu'escompté, l'avion fait une embardé et se retourne.
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| L'avion après l'atterrissage forcé |
Les 3 membres d'équipage sont vivants mais le Général Laperrine est sérieusement touché à la poitrine. Dans le second avion, l'équipage n'ayant aucune idée de l'accident qui vient de se produire, poursuit sa route dans la brume.
Les trois compagnons se ressaisissent et se préparent à une première nuit dans le désert, demain il sera temps d'agir.
Dans les différents postes le long de l'itinéraire du raid, la disparition devient rapidement une évidence. Les secours s'organisent. Mais les communications incertaines et les informations parfois contradictoires rendent difficile l'organisation des recherches.
Du 19 février au 14 mars, s'ensuit pour le trio accidenté, une terrible aventure humaine dans le désert et une course contre la montre pour les secours.
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| Le 21 février en Métropole, l'accident n'est pas encore connue (Article paru dans L'écho de Paris) |
Pour les trois victimes du crash aérien, il s'agit de s'orienter puis d'éventuellement rejoindre une piste pour se faire repérer et recueillir par les secours.
Le trio fait une tentative le 19 et marche durant 2 jours vers le nord-ouest. Mais le champ de dunes immense dans lequel ils se trouvent, rend la progression épuisante et ne permet pas de trouver les points de repères attendus. Ils finissent par rebrousser chemin et rejoignent l'avion le 22 février.
S'ensuivent alors de longues journées d'attente et un déclin inexorable de l'état de santé du Général Laperrine.
L'Adjudant Bernard, et le Sergent Vaslin font une seconde tentative le 3 mars pour rejoindre le poste de Tin-Zaouten, qu'ils croient à environ 120km ! Mais les 14 jours déjà passés dans le désert, ont considérablement affaiblis les deux hommes. Ils ne peuvent aller bien loin et sont contraints de rejoindre l'avion. La seule issue est maintenant l'attente des secours.
Le 5, le Général Laperrine extrêmement affaibli s'éteint dans l'après-midi. Pour l'Adjudant Bernard et le Sergent Vaslin, l'angoissante attente des secours durera encore 9 jours. Ils sont finalement sauvés, à l'extrême limite, par une patrouille de méharistes emmenée par le Lieutenant Pruvost.
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| L'Echo de Paris du 22 mars |
L'odyssée des deux rescapés aura duré 25 jours. Le Général Laperrine est rapatrié jusqu'à Tamanhrasset. Là, il est solennellement inhumé le 26 avril à côté de son ami : le Père de Foucauld décédé 4 ans plus tôt.
Pour leur courage et leur sens du devoir, les deux rescapés seront cités en exemple et honorés.
L'Adjudant Bernard, sera :
- décoré de la Médaille Coloniale avec agrafe "Sahara" en juillet 1920.
- fait chevalier de la Légion d'Honneur le 9 septembre 1920.
- cité à l'ordre de l'Armée d'Afrique :
"Pilote toujours prêt à accomplir les missions les plus difficiles. Volontaires pour prendre part au raid d'avions à travers le Sahara, a mis en œuvre pour réussir toute la science consommée de pilote jointe à sa magnifique qualités d'énergie et de dévouement, obligé d'atterrir en plein désert, a enduré sans jamais se laisser abattre les pires souffrances physiques et morales , a poussé l'esprit de sacrifice jusqu'aux limites extrêmes en se privant malgré la torture de la faim et de la soif et ce qui était indispensable à sa propre existence pour essayer de sauver son chef blessé le Général Laperrine."
Après ce raid, le Colonel Alexandre Bernard continuera sa brillante carrière aéronautique pour l'essentiel en Afrique.
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Cette page n'a pas la prétention d'être exhaustive, elle est simplement une évocation de la mémoire d'un pionnier et héros de l'Aéronautique française.
Vous retrouverez les sources d'informations qui ont servi à documenter la page sur les sites suivants:
Pour les informations relatives au raid Paris - Alger - Tombouctou:
Le site BNF/Gallica pour les informations trouvées dans la revue des deux mondes et le journal l'Echo de Paris.
Le site http://saharayro.free.fr
Pour les éléments de biographie sur le Colonel Alexandre Bernard:
Le site AlbinDenis des Escadrilles de l'Aéronautique Française - (pour l'Escadrille VR547).
http://albindenis.free.fr/Site_escadrille/page_recherches.htm
Le site des Archives Nationales - base de données Leonore - (pour la légion d'Honneur)
(https://www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr/ui/
Le site "Les vieilles tiges d'Hier et de Demain".
(https://espacesaerienslyon.pagesperso-orange.fr/vieilletige/indexVT.htm)
Le site du cercle aéronautique Louis Mouillard
(https://calm3.jimdofree.com/)
Pour la cache, vous chercher une boîte de taille petite. La photo spoiler vous aidera dans vos recherches.