
"Le Chalet du Trou Perdu : Chroniques d'un Avril sans Retour"
Cela fait maintenant plus de dix ans qu’une ombre plane sur le Chalet du Trou Perdu, un vieux refuge isolé au fond d’une clairière oubliée, quelque part entre les vallées humides et les collines silencieuses de l’Yonne. Un endroit où même les GPS finissent par perdre patience, où les cartes hésitent, et où les rares survivants des randonnées nocturnes jurent avoir vu des écureuils armés de bâtons taillés et des champignons phosphorescents leur chuchoter des chiffres.
Depuis une décennie, un phénomène inquiétant frappe le chalet : chaque année, au mois d’avril, sans faute, une personne, parfois même un groupe entier, disparaît après avoir passé une nuit entre ses murs grinçants. Des disparitions totales, sans trace, sans signalement, sans adieu. Certains disent qu’ils sont devenus fous. D’autres parlent de fuite, d’enlèvements, ou pire… de digestion lente par la tartiflette locale, infâme mixture réputée être cuisinée avec tout ce que la forêt abandonne derrière elle, œil d’écureuil compris.

Face à ce mystère irrésolu, une centaine de géocacheurs venus des quatre coins du pays s'est mobilisée.
Leur but ? Mettre fin à la légende noire du chalet et découvrir la vérité cachée derrière ces disparitions en série. Ils viendront par groupes, jour et nuit, avec leurs sacs bourrés de logbooks, de stylos quatre couleurs, de boîtes en plastique étanches et de fausses bonnes idées.
Certains espèrent trouver un trésor oublié, d'autres rêvent de percer un code ancestral inscrit quelque part entre les poutres et les racines. Et quelques-uns, les plus prudents, savent qu’ils risquent fort de devenir eux-mêmes les prochains noms ajoutés à la longue liste des absents.
Au début, personne n’y croyait vraiment.
Tout avait l'air normal. Un simple chalet paumé au bout du monde, réservé, aux géocacheurs les plus téméraires, à un homme étrange connu sous le nom de Le Gardien de la Forêt. Certains revenaient, d’autres… disparaissaient à jamais. Le gardien, silencieux et intransigeant, restait toujours à l’écart, attendant patiemment que les gens arrivent… et repartent.

Cette année, un groupe hétéroclite de géocacheurs, de curieux et de chercheurs de sensations fortes avait tenté sa chance pour découvrir ce que sont devenus :
-Alice, une géocacheuse passionnée de champignons
-Christian et Mario, deux paysans farfelus
-El Professor, un ancien banquier
-Paul Spoiler, célèbre enquêteur amateur. Lui, il n’est jamais sans son carnet et ses théories absurdes. Sauf qu’après trois jours d’enquête dans le chalet, Paul a disparu lui aussi. Ironie du sort : c’est lui qu’on devait venir chercher en avril suivant.
-Marie-Catherine, une herboriste au tempérament étrange, et son fils Gonzague, un enfant au comportement souvent difficile à cerner,..

Le premier groupe arrive du sud. Eux, ils ont entendu parler d’un ancien géocacheur de la région, disparu mystérieusement après avoir planqué des canettes de bière artisanale dans des caches impossibles à loguer. Il paraît qu’il ajoutait des indices dans les capsules. Mais bon, la seule capsule qu’ils trouvent, c’est celle tombée d’une bouteille vidée par Christian, qui prétendait lui-même qu'il a vu un écureuil du coin en train de brasser sa propre bière.

D’ailleurs, Maria avait noté dans son carnet :
"À creuser : hypothèse de la brasserie clandestine d’écureuils. Possible rapport avec la tartiflette ?"

Le chalet semblait aussi vieux que la forêt qui l’entourait. Le Gardien de la Forêt, un homme maigre avec un regard perçant, les attendait à l’entrée. Il était habillé de manière étrange, portant une chemise usée et des pantalons en toile de jute. Ses mains étaient couvertes de salissures, comme s’il n’avait pas vu de savon depuis des années.
"Le chalet est à vous", dit-il d’une voix rauque, avec une lueur d’avertissement dans les yeux. "Mais ne touchez pas à ce qui vous semble étrange… ou vous serez perdus dans les bois."
Intrigués, ils lui demanda s’il y avait des règles spéciales à suivre. Il haussant les épaules.
"Les règles sont simples : laissez les nombres en paix et ne cherchez pas à comprendre. Sinon, vous verrez vert !."

Le premier groupe s’installa dans le chalet, mais un détail étrange apparut alors qu’ils pénétraient à l’intérieur. Il y avait une série de chiffres écrits sur le mur près de la porte : des chiffres, mais rien ne semblait avoir de sens. Était-ce un code ? Une simple décoration ? La question restait en suspens.
Leur objectif : retrouver des traces des disparus, découvrir le secret du chalet, et surtout, résoudre le code final, ce fameux enchaînement de 13 chiffres, dissimulé quelque part entre les récits délirants, les souvenirs flous et les indices laissés sur place.

Le défi ne sera pas simple. Les témoignages parlent d’écureuils hyperactifs organisant des tournois de balles de tennis à l’aube. D’étranges inscriptions gravées sur les arbres qui changent de place la nuit.
Tout semble indiquer que la solution existe. Que les disparus, avant de s’évaporer, ont laissé derrière eux des morceaux de vérité, des fragments d’indices volontairement embrouillés, cachés dans des récits qu’il faudra décrypter avec attention. Car le chalet du Trou Perdu ne livre rien gratuitement. Et les chiffres du code, devront être arrachés à la folie ambiante, entre hypothèses farfelues et observations minutieuses.

Un second groupe les rejoint, parmi les cent géocacheurs venus affronter le mystère du Trou Perdu, un contingent tout particulier a traversé la frontière : les Belges. Pas des amateurs, non. Des passionnés du genre hardcore, venus avec des caisses entières de bières, des gaufres par palettes et une détermination qu’aucun brouillard n’aurait su entamer.
Leur plan était simple : "Si on ne trouve pas le code, au moins on aura oublié pourquoi." C’est dans un convoi chaotique de camping-cars qu’ils ont débarqué, garés en double file au milieu de nulle part, installant leur campement à deux pas du chalet, entre un sapin tordu et un panneau "Attention sangliers suicidaires".
Mais rapidement, même les plus fêtards d’entre eux ont senti la lourdeur qui pèse sur ces bois. Ici, les blagues finissent toujours en murmures, et les regards se perdent souvent derrière les troncs, là où d’autres ont disparu avant eux. En Belgique, on leur avait vaguement parlé du mystère, mais sur place, l’histoire prenait une autre ampleur. Il suffit qu’un vieux du coin évoque du bout des lèvres les affaires sombres de l’Yonne pour que le silence s’installe.

Au fil de la soirée, tandis que les bières belges disparaissaient plus vite que les disparus du chalet, l’ambiance se fit pesante. Les géocacheurs les plus aguerris, ceux qui se moquaient des légendes locales, baissèrent vite d’un ton quand le gardien commença à raconter à voix basse, à la lueur vacillante d’une lampe frontale :
— Vous savez que l’Yonne, c’est pas qu’un département paumé ? C’est surtout le terrain de jeu préféré des pires dingues de France… Vous avez entendu parler d’Émile Louis ? Sept jeunes filles handicapées, disparues entre 1977 et 1979. Elles montaient dans son foutu bus scolaire, puis plus rien. Des années sans nouvelles. Jusqu’à ce qu’il avoue tout, tranquille, dans les années 2000. Il les a baladées sur les routes de campagne, les a enterrées où personne n’allait jamais. Parfois, quand je prends la route pour venir jusqu’au chalet, j’y pense... Y’a sûrement des endroits où il passait, juste là, derrière ces bois.
Un silence lourd tomba. Même les Belges cessèrent de rire.
— Et c’est pas fini, reprit le gardien. Avant lui, y’avait Guy Georges, qui a vécu dans l’Yonne pendant un temps, lui aussi. Et Michel Fourniret, vous voyez ? Le type surnommé l’Ogre des Ardennes. Ben avant de sévir là-bas, il avait posé ses valises à Villeneuve-sur-Yonne. C’est pas loin d’ici. Il a même enterré certaines de ses victimes dans la région. Des jeunes filles aussi. Toujours des proies faciles. Fragiles. Isolées. Comme… comme nous, tiens, ce soir.
Personne n’osa rebondir. Seule la nuit, immense, semblait peser sur le groupe.
— Et le pire ? poursuivit le gardien, c’est que même aujourd’hui, on retrouve des cadavres dans l’Yonne, des restes jamais identifiés. Y’a des disparitions non résolues à foison, des dossiers épais comme ça au tribunal. Ils parlent de la forêt comme d’un cimetière sans croix. Parfois je me dis que les types comme Fourniret ou Louis… ils avaient compris qu’ici, on pouvait planquer n’importe quoi. Y’a des coins où personne ne va, sauf les géocacheurs.
Un ricanement nerveux s’échappa du fond du cercle.
— Ouais, et on est là pour ça, nous… Fouiller les moindres recoins.

Mais la blague tomba à plat. Car chacun savait qu’à la prochaine cache, derrière le prochain tronc creux, sous la prochaine pierre levée, ça pouvait ne pas être qu’un logbook qui les attendait.
Et c’est à ce moment-là qu’on reparla des disparus du Chalet du Trou Perdu.
Alors forcément, quand le soleil s’est couché ce soir-là, le ton n’était plus à la rigolade. Les bières belges n’étaient plus qu’un prétexte pour rester éveillés, occupés, et pour masquer les bruits étranges venus du chalet. Certains assurèrent avoir aperçu une silhouette brune, combinaison rouge, masque blanc, debout à l’orée des bois, observant sans bouger. El Professor, revenu ? Ou juste un reflet, une ombre, un reste de vapeur alcoolisée ? Difficile à dire, surtout après la huitième bière.

Et puis il y avait cette histoire de chiffres. Tout le monde savait qu’un code de 13 chiffres était la clé. Les anciens disparus auraient laissé des indices cryptiques. Les Belges se mirent en quête de les repérer à travers les anecdotes racontées autour du feu.
Certains prirent des notes. D’autres rigolèrent nerveusement. Mais personne n’osa dire à haute voix ce que tous pensaient : ce n’était sûrement pas un hasard. Les chiffres revenaient trop souvent, dans trop d’endroits, toujours dans cet ordre-là. Comme un fil rouge laissé par ceux qui avaient disparu, un dernier message pour ceux qui auraient le courage ou l’inconscience de les suivre.
Plus tard dans la nuit, alors qu’une brume épaisse descendait sur le camp et que la dernière bière fut ouverte d’un geste hésitant, un murmure se répandit autour du feu :
— Vous croyez qu’on fera partie de la liste, nous aussi ?
Un craquement de branche répondit quelque part derrière eux. Mais personne n’osa se retourner.
Au loin, la forêt bruisse. Le vent transporte des murmures qu’on préférerait ne pas entendre. Et dans la pénombre du chalet, quelqu’un ou quelque chose attend déjà.

Parmi les Belges débarqués au chalet avec leurs caisses de bières et leurs GPS dernier cri, il y avait K******. Personne ne savait vraiment si c’était son prénom, un surnom, ou juste un bruit bizarre qu’il avait choisi comme pseudo.
Dès le premier soir, on l’a senti... bizarre. Il répétait qu’il avait “capté des ondes cheloues” dans la forêt et qu’il fallait absolument retrouver les traces des disparus, surtout celles de Maria et de Christian, comme s’il les connaissait. Quand quelqu’un lui demanda pourquoi il était si motivé, il s’est contenté de répondre avec un sourire tordu :
— On va pas se mentir... j’ai pas traversé le France, l’Yonne pour repartir sans le code.
Et puis surtout, K******avait une théorie.
K******était persuadé que les disparitions suivaient un rythme précis, calé sur des années sombres de l’Yonne, et que les chiffres qu’on devait trouver étaient liés aux dates des pires affaires criminelles du coin. Il parlait d’Émile Louis comme s’il avait étudié le dossier depuis 20 ans, il citait Michel Fourniret entre deux gorgées de triple fermentation, et racontait à qui voulait l’entendre que "ce genre d’endroits attire les mauvais souvenirs".

Et puis, comme si le bazar belge ne suffisait pas, voilà qu’arrive le troisième groupe, en mode convoi spécial du 77, tout droit débarqué de la Seine-et-Marne, garés en vrac devant le chalet.
En tête du cortège : C***, ancien conducteur de train, fier comme un chef de gare un jour de grève. Toujours la casquette SNCF vissée sur la tête, il répète à qui veut l’entendre :
— Si ça déraille ici, je reprends les commandes, hein !
À ses côtés, son épouse, qui bosse dans l’éducation et se prend déjà pour la directrice de l’enquête :
— Bon, les enfants, on suit les consignes, on ne s’éparpille pas dans la forêt, on fait des binômes et on note TOUT dans le carnet. Compris ?!
Derrière eux, E*** , qu’on surnomme “le Blondinet”, toujours prêt à dégainer son drone dernier cri.
Un petit bijou de technologie qu’il trimballait partout, même au milieu des bois les plus paumés.
— C’est bon les nazes, moi je vais cartographier la zone. S’il y a un cadavre ou une boîte de géocache planquée entre deux racines, vous inquiétez pas, je vous retrouve ça en 4K stabilisée !
Alors, pendant que DJ77 grattait dans ses playlists pour coller un fond sonore “suspens”, le drone a décollé.
En une poignée de secondes, il survolait la clairière, l’arrière du chalet, puis s’aventurait au-dessus du vieux sentier qui disparaissait dans les ténèbres des sapins.
Le Blondinet commentait fièrement tout ce qu’il voyait sur son écran :
— À dix mètres, des traces dans la boue. À quarante mètres, un vieux vélo rouillé. Et là, à… Attends, attends, c’est quoi ça… ?
Silence autour du feu. Même DJ77 coupa la musique.

— Reviens en arrière. Agrandis.
Sur l’écran, figé en plein milieu du chemin, un détail glaçant : une silhouette immobile. Blafarde. Masquée. Rouge.
— C’est pas... C’est pas El Professor ? murmura il, blême.
Mais ça n’avait aucun sens. Lui aussi avait disparu, en avril.
Le drone a brusquement perdu la connexion. L’écran est devenu noir, le Blondinet a commencé à paniquer.
— Mais... il est où mon drone ?!
DJ77, lui, a juste souri.
— Disparu. Comme les autres. C’est le mois d’avril, mon fils. Fallait pas venir.

Le vent soufflait fort dans les bois, mais c'était le groupe venu de la Marne qui faisait réellement du bruit. Leur arrivée en fin d’après-midi, à bord de voitures pleines à craquer, fit presque trembler le sol. Ils avaient l’air de débarquer d’un autre monde, tout droit sortis d’un cirque, avec leurs rires, leurs cris et une effluve de gâteaux roses qui embaumait l’air. SC******* était déjà bien connue dans le cercle des géocacheurs pour sa spécialité : les fameux gâteaux roses de Reims, un véritable délice qui n’avait pas son pareil pour réchauffer les cœurs. Mais ce soir-là, personne n’eut l’appétit pour les déguster.
LESB****, un couple un peu spécial, toujours avec une remorque cargo noire étrange qui faisait jaser tout le monde. Ce n’était pas un simple transport de matériel. Cette remorque pouvait contenir des objets beaucoup plus lourds, comme des corps. Personne ne leur avait demandé pourquoi, mais les regards furtifs qu’ils échangèrent dans la lumière vacillante du feu n’étaient pas rassurants. Ils étaient toujours accompagné d'un couple de camping-caristes qui bricolaient tout le temps....une passion pour la réparation des chauffes-eaux parait-il ! ou bien le découpage de corps !
il y avait un professeur des écoles L**** et une factrice Panda, le professeur des écoles était un homme d’apparence calme, toujours un peu absent, comme s’il vivait dans un autre monde. Il n’était pas du genre à parler beaucoup de lui-même, mais ses élèves racontaient souvent des histoires étranges sur lui.

Mais la plus calme, ou du moins celle qui semblait plus pratique à écouter, c’était X***, la préparatrice en pharmacie. Elle avait toujours des remèdes pour tout, des plantes pour soigner les blessures et des potions pour calmer les angoisses. Ce soir-là, elle distribuait des tisanes apaisantes, même si personne n’était sûr qu’elles fonctionnent dans cet endroit maudit.
— Si vous avez mal à la tête ou si vous commencez à voir des trucs bizarres, venez me voir, dit elle, sa voix douce. Je vous ai apporté de l’arnica et du millepertuis.
À côté d'elle, S****, un élagueur, se préparait déjà à gravir un arbre voisin pour mieux observer la forêt. Son fils l’accompagnait. Le gamin était fasciné par la nature et semblait totalement à l’aise dans ce décor étrange.
— Papa, tu crois qu’il y a des créatures ici ?, demanda il, ses yeux brillants de curiosité.

Enfin, L*******, un couple qui ne pouvait jamais être vu sans leurs sacs remplis de cartes et de carnets, qui passaient leur vie à trouver des caches au nom de "51", comme leur pseudo, qu'ils avaient choisi en hommage à leur passion pour le pastis.

Puis il y avait LES******** et LA*********, un couple étrange où lui tirait constamment la langue à tout bout de champ, comme si c’était son seul moyen de communiquer. Elle, quant à elle, restait digne, mais ses talons aiguilles claquaient sur le sol dans un bruit strident à chaque fois qu’elle faisait quelques pas. Les géocacheurs en avaient vu de toutes les couleurs, mais L*********avec ses talons aiguilles dans cette forêt, c’était un autre niveau. Les autres avaient du mal à comprendre pourquoi elle avait choisi de porter cela ici.
Et enfin, il y avait B******, une blonde au regard perçant, accompagnée de son mari. Elle avait ce côté Barbie, avec ses cheveux parfaitement coiffés. Ses conseils étaient souvent très avisés, et même si son mari restait un peu dans l’ombre, tout le monde savait qu’il suivait ses idées.
— Allez, on va résoudre ce mystère à coup sûr !, assura son mari, d’un ton convaincu.

Après l’arrivée du groupe de la Marne, le vent changea dans les bois autour du Chalet du Trou Perdu. Un nouveau convoi, encore plus bruyant, fit son apparition au détour d’un chemin boueux. Ce n’était plus un simple groupe de géocacheurs, mais un véritable défilé : quatre imposants camping-cars, chacun décoré à sa manière, roulant en file indienne, suivaient une route sinueuse, comme attirés par une force invisible.
L’odeur de la nuit froide se mêlait à l’odeur sucrée de l’alcool, et il ne fallut pas longtemps avant que les géocacheurs du groupe orléanais se fassent remarquer avec une quantité impressionnante de bouteilles de ratafia, un alcool doux qu’ils adoraient tous et qui leur servait de carburant pour leurs aventures. C’était leur secret : boire, chercher des caches, et si on ne trouvait pas, recommencer le lendemain avec plus de ratafia.
Mais à mesure que la nuit avançait, les Orléanais commencèrent à sentir une étrange oppression. La forêt semblait vibrer d’une énergie inconnue. Les rires se firent plus nerveux, les voix plus basses, et les regards plus fuyants. Un bruit sec, comme un craquement, fit sursauter toute l’équipe.
— "Qu'est-ce que c'était ?", demanda K***, visiblement perturbée, la bouteille de ratafia encore dans les mains, mais oubliée pour un instant.

Une team, qui était en télétravail non loin, comme par hasard, rejoignit l'aventure pour tenter eux aussi de trouver ce fameux code ! Ils avaient suivi l'affaire de loin. L'un deux se mit à faire des photos de tous les coins et recoins possible espérant trouver un indice caché....

Alors que tous tentaient de percer le mystère du bruit inquiétant, un nouveau groupe fit son apparition dans la clairière devant le Chalet du Trou Perdu. Venus de l’Yonne, ces deux géocacheurs n’étaient pas du genre à reculer devant une énigme.
La première à se faire remarquer fut V**, une grimpeuse hors pair. Elle n’avait besoin ni d’échelle ni de corde : un arbre, une gouttière, une corniche, tout était bon pour prendre de la hauteur et vérifier si un indice n’était pas caché en hauteur. Avant même que quelqu’un ne puisse réagir, elle était déjà en train d’escalader une vieille charpente, scrutant chaque recoin avec sa lampe frontale.

À ses côtés, J***, lui, avait une approche toute différente. Grand, cheveux en bataille, regard illuminé d’une foi inébranlable en ses propres capacités, il avançait les bras écartés, marchant lentement, comme s’il planait à quelques centimètres du sol.
"Faites-moi confiance," répétait-il, "la lumière divine me guidera jusqu’au code !"
Il plongea la main dans une souche vermoulue, persuadé d’y trouver un indice caché par quelque force mystique. Les Orléanais, encore légèrement éméchés par le ratafia, observaient la scène d’un air partagé entre amusement et perplexité. La forêt, quant à elle, semblait retenir son souffle. Un hibou hulula, et quelque part, une branche craqua de nouveau. V** sauta agilement d’une poutre et atterrit souplement devant les autres.
"Y a rien en hauteur. Mais j’ai une intuition. Il faut qu’on fouille sous la cabane.
J***, les yeux mi-clos, leva un doigt vers le ciel.
"Oui… je ressens une énergie sous nos pieds."
Les Orléanais se regardèrent, hésitants. Était-ce le moment de creuser sous le chalet ? Ou valait-il mieux reprendre un verre de ratafia pour y voir plus clair ?
Ces Icaunais… il y avait quelque chose d’étrange chez eux. Pas seulement leur façon de grimper partout ou de se prendre pour un prophète, mais une aura… troublante. V**, malgré son agilité féline, avait un regard trop perçant, une façon d’observer les autres comme si elle évaluait leur capacité à disparaître dans les bois.
J***, lui, prêchait peut-être un peu trop. Sa foi en lui-même était presque inquiétante.
Un des Orléanais murmura à son voisin :
"T’as pas l’impression qu’ils sont… un peu trop de l’Yonne ?"
L’autre haussa un sourcil.
"Genre… famille avec Émile Louis ?"
Un silence pesant tomba sur le groupe. Même les bruits de la forêt semblèrent s’éteindre un instant.
— "Nous sommes ici pour la vérité," déclara-t-il, un sourire béat sur le visage. "Et la vérité… se cache toujours sous la surface."
Un frisson parcourut l’échine des Orléanais. Un des camping-cars grinça sous le vent, donnant l’impression que quelque chose, ou quelqu’un, bougeait à l’intérieur.

Alors que le vent soufflait de plus en plus fort, ajoutant une touche de mystère à la scène déjà étrange, un nouveau groupe fit son apparition, venant de la Moselle. Ils arrivèrent, eux aussi, en camping-cars, mais cette fois-ci, l'odeur qui flottait dans l'air n'était pas celle du ratafia. Non, c'était une odeur bien plus... particulière. D'abord à peine perceptible, elle se renforça à chaque tournant du chemin boueux. Ce n'était pas un parfum de rose ou de pinède. C'était du camembert. Un camembert qui avait vraiment trop mûri.
Dès que le premier camping-car s'arrêta, les portes s’ouvrirent avec fracas, et une pluie de boîtes de camembert envahit le sol, chaque boîte arborant fièrement son nom : "Le Camembert Mosellan - Affiné de manière traditionnelle".Les Mosellans s’étaient rapidement installés en cercle, leur camembert au centre, prêts à commencer leur enquête.

Un nouveau convoi s'approchait du site. C’était la Team Bresse. Un groupe d'amis insatiables, toujours en quête d'aventure, habitués à enquêter sur des affaires bien plus sombres que celles liées aux disparus. Un groupe d'individus infatigables, toujours prêts à se lancer dans une nouvelle investigation. Leur territoire ? La Bresse, bien sûr, mais cette fois-ci, leur attention s’était portée sur l’énigme des disparus de l'Yonne, dont les rumeurs les avaient atteints depuis quelque temps.
— "J'ai hâte de comprendre pourquoi ce code est si important. Ça ne fait que confirmer une chose : ces disparus n’ont pas été oubliés, pas pour nous."
— "Eh bien, on dirait qu’on va encore avoir du pain sur la planche ! Qu’est-ce que vous en dites, les amis ? Enquête classique, ou on sort les gros moyens cette fois ?"

Alors que la Team Bresse commençait à s'impliquer dans l'enquête, une nouvelle équipe se fit remarquer, en grande partie à cause de leur apparence un peu plus citadine, un peu plus décalée : un groupe d'amis parisiens. L'un d'eux, toujours nerveux, courait partout en affirmant qu’un assassin le suivait, répétant sans cesse qu’il n’était pas seul. Il haletait, pointait chaque coin d’ombre, chaque buisson, affirmant que l’invisible assaillant rôdait tout autour.

Tandis que le groupe de Parisiens se perdait dans des interrogations de plus en plus paranoïaques, un bruit de moteur se fit entendre au loin. Un nuage de poussière montait en tourbillon, comme si la terre elle-même se rebiffait contre cette nouvelle invasion. Et voilà qu'une nouvelle équipe arrivait, bruyante et effervescente, comme un cyclone tout droit sorti d’un univers parallèle. Ils étaient venus des quatre coins de la France. Cette équipe-là, surnommée la "Team Foutoir", débarquait sans crier gare, prête à tout et n'importe quoi pour résoudre le mystère qui flottait comme un voile inquiétant autour du chalet. Leurs véhicules s'étaient garés en un désordre absolu.
— "Bières et balles de tennis, mes amis!", déclara l'un d'eux avec un air solennel. "C’est ça la clé de l'énigme. Je vous le dis, les disparus ont laissé des indices dans la nature. Des indices qui ne sont pas faits pour être pris au sérieux au premier abord. Les balles de tennis, c'est la répétition, le rebond de l’histoire. Et les bières… c’est le liant, le ferment des secrets!"
Et alors qu’une balle de tennis roula lentement vers l’entrée du chalet, les membres de la Team Foutoir sentirent un frisson leur parcourir l’échine. Leurs yeux se croisèrent avec .... Alors que le chaos régnait déjà autour du chalet du Trou Perdu, que des théories farfelues s’entrechoquaient, et que les dernières équipes se perdaient dans des raisonnements tordus, un bruit étrange s’éleva dans l’air. La poussière se souleva dans un dernier tourbillon et, avant même qu'on puisse comprendre ce qui se passait, une autre équipe fit son entrée.

C'était la "Team Fétichiste des Écureuils", un groupe d'individus aussi excentriques qu’inattendus. Dès qu’ils sortirent du véhicule, il était clair que leur mission n’avait rien à voir avec celle des autres. Chacun d’entre eux portait un tee-shirt à l’effigie d’un écureuil. Mais le plus perturbant dans leur arrivée, c’était leur comportement. Ils n’étaient pas là pour résoudre les mystères des disparus. Non. Ils étaient à la recherche de quelque chose de bien plus spécifique, bien plus… particulier. Les membres de cette équipe étaient obsédés par un seul but : trouver des écureuils et… eh bien, ce qu’ils comptaient faire avec eux, mieux valait ne pas le savoir.

Mais un petit indice de leur intention se faisait déjà sentir. À peine garé, ils commencèrent à se répandre dans les bois, à la recherche de leurs précieuses créatures à poils. Le reste du groupe les observa, perplexes. Personne ne savait vraiment quoi penser de cette équipe étrange. Les Parisiens, déjà sur le qui-vive à cause des bruits paranoïaques de leur ami, se figèrent à la vue de ce groupe en quête d'écureuils. Un instant, ils crurent avoir vu un écureuil s’échapper derrière un buisson. Ils se mirent à courir, presque dans une frénésie collective, mais… non, il s’agissait juste d’un autre membre de la Team Fétichiste des Écureuils, courant à toute allure, un doigt tendu, comme s’il s’apprêtait à atteindre un but secret.

Personne ne semblait plus vraiment concentré sur le mystère des disparus. L’endroit était devenu un tourbillon de folie, d’obsessions et de théories déjantées. Alors que l’équipe des écureuils continuait leur quête un peu trop… singulière, les autres géocacheurs commencèrent à comprendre que tout ici n’était pas seulement un jeu. Peut-être que le mystère des disparus, des indices et des symboles étranges était lié à quelque chose de plus profondément tordu, quelque chose qu’ils n’avaient même pas imaginé.
Peut-être, juste peut-être, la réponse à tout cela se trouvait dans le chaos même. Un chaos où la folie côtoyait la réalité, où les écureuils n’étaient pas seulement des créatures adorables, mais des témoins d’un secret vieux comme le monde. Mais si tel était le cas, personne n’était vraiment prêt à l’affronter.

Alors... si tu trouves la boîte mystérieuse cachée sous le chalet, réfléchis bien avant de l’ouvrir.
Certains disent qu’elle contient le trésor ultime.
D'autres disent qu’elle contient la liste des prochains disparus.

Et devine quoi ?
C’est toi le prochain nom.

A vos PC