
Les Majestueux de l'Ătang de la Porte Juhel
Au bord dâun Ă©tang oubliĂ©, lĂ oĂč lâeau chuchote aux libellules et oĂč les nĂ©nuphars dansent au rythme du vent, se dresse un trio dâarbres lĂ©gendaires. On les appelle les Majestueux de la Porte Juhel.
Mais en vĂ©ritĂ©, ils sâappellent ChĂȘnepouf, BoulefĂȘte, et Arbrolinozinzin.
Majestueux, oui⊠mais surtout trÚs bavards.
Ces trois arbres centenaires passaient leurs journĂ©es Ă se chamailler. Pas mĂ©chamment, non â comme trois frĂšres qui sâadorent mais refusent de lâadmettre.

â Câest moi qui dĂ©tiens le parchemin du GĂ©ocaching, le vrai, lâUnique ! lançait ChĂȘnepouf, fier comme un roi, ses feuilles bruissant comme des fanfares.

â Tu parles ! Tu ne pourrais pas cacher un secret mĂȘme dans un nĆud de ton bois. Câest moi qui lâai ! rĂ©torquait BoulefĂȘte, roulant des glands nerveusement comme des dĂ©s de jeu.

â Tss⊠pauvres inconscients, soupirait Arbrolinozinzin, en agitant ses Ă©pines Ă©toilĂ©es. Moi seul connais le secret, et le secret mâa choisi. Dâailleurs, jâai un diplĂŽme en parcheminologie magique.
Ce quâignoraient les arbres, câest quâils avaient Ă©tĂ© repĂ©rĂ©s par un petit groupe de gĂ©ocacheurs malicieux. GuidĂ©s par Lucinette, une luciole lĂ©gĂšrement myope mais pleine dâenthousiasme, ils avaient suivi une sĂ©rie dâindices jusquâĂ cet Ă©tang oubliĂ©.
Les gĂ©ocacheurs savaient que lâun de ces arbres dĂ©tenait le fameux parchemin du Grand Cache SuprĂȘme, celui qui rĂ©vĂ©lait lâemplacement de la Cache Ultime â remplie de trĂ©sors fabuleux, de gadgets enchantĂ©s, et de bonbons Ă la menthe Ă©ternelle.
Mais deux des arbres mentaient.
ChĂȘnepouf sâexclama :
â Le parchemin est dans un tronc creux. Et BoulefĂȘte lâa cachĂ© dans son nombril !
BoulefĂȘte, outrĂ© :
â Je nâai mĂȘme pas de nombril ! Il est sous une pierre plate. Et Arbrolinozinzin lâa utilisĂ© comme marque-page pour son roman-feuille.
Arbrolinozinzin éclata de rire :
â Mais pas du tout ! Câest ChĂȘnepouf qui lâa utilisĂ© pour emballer son sandwich au compost.
Lucinette fronça ses petits yeux. Les gĂ©ocacheurs gribouillĂšrent sur leur carnet. Et un Ă©cureuil de passage lança, lâair de rien :
â Bah, vous voyez pas que câest Arbrolinozinzin ? Il parle aux champignons et ils savent tout, eux.
Un silence solennel suivit.
Puis les arbres Ă©clatĂšrent de rire. Car oui, tout cela nâĂ©tait quâun jeu. Un vieux jeu de devinettes entre trois vieux amis⊠qui sâaimaient trop pour ĂȘtre vraiment sĂ©rieux.
Mais le secret, le vrai, reposait bien sous les racines torsadĂ©es dâArbrolinozinzin, dans une boĂźte en pierre mousseuse, gardĂ©e par une famille de lucioles snobinardes.
Les géocacheurs découvrirent le parchemin, et avec lui, un petit mot griffonné :
"Si tu as trouvĂ© ceci, câest que tu es curieux, joyeux, et un peu zinzin. Bienvenue parmi nous."
Depuis ce jour, chaque soir, quand la lune se lĂšve sur lâĂtang de la Porte Juhel, les trois arbres se disputent encore â pour savoir qui est le plus drĂŽle, le plus beau, ou le plus creux. Et leur rire rĂ©sonne Ă travers le bois, comme une berceuse pour les gĂ©ocacheurs rĂȘveurs.
Et la rĂšgle sacrĂ©e de ce lieu magique reste gravĂ©e dans lâĂ©corce :
Cherche, joue, rĂȘve⊠mais surtout, aime.
