
Dans le contexte tragique de la bataille de Rossignol, survenue le 22 août 1914 au début de la Première Guerre mondiale, les troupes allemandes, après avoir affronté et vaincu les forces coloniales françaises, commencèrent à suspecter la population civile de collusion avec l’ennemi. Dans les jours qui suivirent la bataille, notamment le 23 août, les soldats allemands procédèrent à l’arrestation de nombreux habitants de Rossignol et des villages voisins. Ces hommes, civils pour la plupart, furent regroupés de manière arbitraire et conduits à pied sur près de 40 kilomètres jusqu’à Arlon, escortés par les soldats. Ce long trajet, sous une chaleur estivale, s'effectua dans des conditions humiliantes et éprouvantes.

Arrivés à Arlon, les prisonniers furent retenus dans des bâtiments militaires ou scolaires. Sans preuve ni procès, 125 d'entre eux furent condamnés à mort par les autorités allemandes dans une logique de représailles, visant à punir la population locale pour les pertes allemandes subies à Rossignol. Le 26 août 1914, ces civils furent alignés par groupes et exécutés par fusillade contre les murs du pont de chemin de fer de Schoppach, au sud-est d’Arlon. Leurs corps furent ensuite ensevelis dans une fosse commune au cimetière d’Arlon, sans sépulture individuelle ni cercueil.

En juillet 1920, une cérémonie solennelle fut organisée pour rapatrier les dépouilles vers Rossignol. Les 18 et 19 juillet, en présence du roi Albert Ier, les cercueils furent exposés à Arlon, puis transportés à Rossignol via Stockem et Etalle sur des affûts d'artillerie dans une procession d'hommage.

Le 19 juillet 1920, les corps furent inhumés dans un caveau monumental conçu par l’architecte Adrien Blomme, orné d’une frise du sculpteur Frans Huygelen, situé rue Camille Joset à Rossignol. Ce monument fut inauguré officiellement le 1er juin 1925, en présence de la reine Élisabeth.



Parallèlement, un monument commémoratif fut érigé à Arlon, dans l’enceinte de la gare, à l’endroit même des exécutions, sur les hauteurs de Schoppach. Dépourvu de noms, il porte sobrement l’inscription « IN MEMORIAM 26 août 1914 », rappelant le lieu et la date de ce massacre.

Ces événements tragiques font aujourd’hui l’objet d’un travail de mémoire au Centre Mémoriel de Rossignol, qui propose une contextualisation de la bataille, de ses conséquences, et du sort réservé aux civils.
