Le petit village de l’Hôpital d’Orion (environ 150 habitants) est traversé par le « Saleys » dont les habitants de Salies-de-Béarn ont malheureusement pu constater l’imprévisibilité par le passé. Il est aussi traversé par une des variantes du Chemin de St Jacques de Compostelle (la Voie de Vezelay) d’où la statue d’un Pèlerin à l’entrée du village quand on arrive d’Orthez.
Ce que les gens savent moins, c’est qu’il a été le théâtre d’un évènement historique le 1er Août 1391 : la mort de Gaston III de Foix-Béarn => Gaston Fébus en personne ! Le récit de sa mort est notamment fourni par Jean Froissart, qui se base sur le témoignage d'Espan du Lion, présent ce jour-là. Jean Froissart écrit : « Il (Fébus) se leva du siège et tendit ses mains pour les laver. Dès que l'eau froide descendit sur ses doigts […], son visage pâlit, le cœur lui tressaillit, ses pieds se dérobèrent sous lui, il tomba sur le siège, retourné, en disant : « Je suis mort. Sire vrai Dieu, pardon ». Il ne parla plus jamais. ».
Le récit de Jean Froissart précise que Fébus était en train de chasser l'ours « dans les bois d’Orthez » ce jour-là… Une histoire peu probable dans la région de Sauveterre, en Août, la chasse au cerf étant plus logique, la légende dusse-t-elle perdre un peu de son charme.

Alors, qu’est-ce réellement qu’un cénotaphe ? Le mot cénotaphe vient du grec "kenos" qui signifie "vide", et "taphos" qui signifie "tombeau". Comme son nom l'indique, un cénotaphe est donc un monument funéraire semblable à un tombeau dans sa forme, mais qui est vide, qui ne contient aucun corps. C’est donc un tombeau vide, élevé à la mémoire d'un mort, généralement illustre ou représentatif, qui a été enterré ailleurs ou qui n'a pas reçu de sépulture. C’est notamment le cas de la plupart des Monuments aux Morts des deux guerres mondiales.
Or, aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’existe aucun tombeau de Gaston Fébus !
En effet, le corps du défunt a d'abord été transporté au château de Sauveterre-de-Béarn puis à Orthez en fin de matinée du 2 août 1391. Les obsèques de Fébus se sont déroulées le 2 octobre 1391, probablement dans le couvent des Frères Prêcheurs (le futur couvent des Jacobins). Le cercueil a été enseveli dans l'église, à priori sans aucun gisant, mausolée ou pierre tombale... Gaston Fébus ne laissant aucun héritier (il avait lui-même tué son seul fils) une véritable « guerre de succession » s’en est suivie.
Ensuite, sous le règne de Jeanne d’Albret, l’ancien couvent fut transformé en collège protestant, sans tenir compte d’un éventuel tombeau, avant d’être finalement rasé en 1840. Le couvent des Jacobins s'étendait autrefois sur un large espace autour de l'actuelle mairie d’Orthez. « La place d'Armes actuelle était alors un grand jardin potager ! », explique l'historien Benoît Cursente.
Toutefois, Orthez fut aussi le théâtre d’une sombre période de l’Histoire en 1579 : le 15 Août, les forces protestantes de Montgomery organisèrent le siège de la ville avant que les Huguenots ne donnent finalement l'assaut le 24 Août. À cette occasion, les membres du clergé (entre autres) furent précipités dans le Gave de Pau depuis les hauteurs du Vieux Pont. Certains estiment que les « restes mortels » de Gaston Fébus auraient pu suivre le même chemin lors de ce funeste épisode…
Après tout, à défaut de tombe officielle, quel meilleur endroit pour un tombeau que le lieu même où l’intéressé est décédé ? L’idée a fait son chemin dans l’esprit de certains habitants jusqu’à en arriver à solliciter les compétences de Pierre-Yves Fontaine (érudit et artiste-sculpteur du village) afin de réaliser un Cénotaphe dédié à Gaston Fébus dans le village de l’Hôpital d’Orion.
Une cérémonie a finalement été organisée à 11h30, le Dimanche 24 Août 2025, pour inaugurer en bonne et due forme ce fameux Cénotaphe dédié à Gaston Fébus. Vous pouvez noter, à la base du monument, une dédicace particulière à Pierre Tucoo-Chala, mort à Pau le 23 janvier 2015. Ce dernier est un historien spécialisé dans l'étude de l'Espagne et du sud-ouest de la France au Moyen Âge. C’est surtout l'un des rares spécialistes de l'histoire du Béarn et notamment de Gaston Fébus qu’il a fortement contribués à populariser au travers de nombreux ouvrages et à inscrire dans l’inconscient collectif Béarnais.
C’est donc ce cénotaphe que je vous propose aujourd’hui de venir découvrir.