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Le choix s'arrête sur Contrecoeur pour sa situation géographique et géologique. L'architecte D.Gordon McKinstry dessine les plans d'un palace tout blanc de style art déco qui sera érigé sur la ferme de M. Charles Tétreault. Les travaux de construction débutent le 10 juin 1937, sous la haute direction de M.Auguste Frigon, directeur adjoint de Radio-Canada.
Un mot sur les installations.
La chambre de contrôle est située au rez-de-chaussée. De son pupitre, l'opérateur peut surveiller les appareils et maintenir leur fonctionnement au maximum de leur rendement. Mentionnons les principaux : un oscilloscope à rayons cathodiques, un moniteur à cristal de quartz, des amplificateurs de basse fréquence et des appareils de radio-fréquence.
On descend au sous-sol en passant par le garage; là se trouvent divers groupes essentiels : transformateurs, pompes pour le refroidissement des lampes, chaufferie, etc. Un système d'aqueduc privé fourni une eau filtrée et traitée pour le refroidissement des tubes et l'usage domestique. Un abri anti-bombe construit en béton armé contient des vivres pour deux personnes et des instruments qui pourront servir à la transmission d'émissions si un conflit majeur éclate.

La console de contrôle principale
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Une partie de l'émetteur
Adossée au bâtiment, une sous-station reçoit l'énergie électrique à une tension de 30 000 volts qu'elle transforme à une tension de 460 volts. De quoi alimenter une petite ville !
À l'extérieur, face au fleuve, se dresse une structure d'antenne impressionnante de 585 pieds (178,3 mètres) de hauteur. Le coût de ces installations se chiffre à 278 000$.
Le samedi 11 décembre 1937, l'inauguration officielle se déroule en présence des honorables C.D. Howe, ministre du Transport et Ernest Lapointe, ministre de la Justice à Ottawa. Plusieurs autres invités de marque sont agréablement surpris par le modernisme de ce nouveau poste. En effet, avec sa puissance de 50 000 watts et ses équipements sophistiqués, ce nouvel émetteur est l'un des plus perfectionnés au monde. Mgr Anastase Forget, évêque de Saint-Jean, bénit les installations le 8 mai 1938 lors d'une autre cérémonie. Il est accompagné de l'Honorable M.J.-Arthur Cardin, ministre des Travaux publics du Canada. Plusieurs directeurs et employés de Radio-Canada sont présents.
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À cette époque, M.Léonard Spencer est l'ingénieur en chef, côté technique, de tout le réseau. M.Gilles E. Sarrault est en charge du poste de Contrecoeur en qualité d'ingénieur résidant. Au fil des ans, il sera aidé de plusieurs techniciens : MM. Léo Ducharme, chef, J.-Lucien L'Allier, chef, Bernard Thibault, Maurice Guimond, Pierre Dandois, Anselme Laperrière, Jean-Charles Garon, Jacques Soulières, Paul Boivert, Yves Bruchési, Gilles Paradis, Roch Simard, Roland Beaulieu, André Ste-Marie, Rémi Riendeau, et Idola Riendeau, concierge. Tous ont la lourde tâche de maintenir en ordre les nombreux appareils nécessaires à la transmission des émissions de Radio-Canada. Aucune interruption majeure n'est signalée, sans doute parce que tous les appareils fournissant le pouvoir sont installés en double.
En 1939, la guerre éclate et on semble inquiets pour la sécurité du bâtiment: en particulier la grande fenêtre formée de cubes de verre. Dans une lettre, l'architecte McKinstry suggère à M.L'Allier de déposer des sacs de sable devant l'édifice afin d'arrêter les coups de feu s'il y avait une attaque.
Octobre 1970, le Québec est en crise. Des menaces sont proférées on ne saurait dire par qui! L'Armée canadienne vient surveiller le poste durant 3 semaines. Les techniciens ne peuvent entrer pour travailler, des cadres de la maison-mère de Montréal exécutent le travail alors que dehors des militaires armés montent la garde.
La Société Radio-Canada ferme sa station de Contrecoeur en 1971. Progrès oblige, Brossard est choisi pour y bâtir des installations plus modernes et automatiques. La tour démontée en une nuit est vendue pour la ferraille. L'émetteur est déménagé ailleurs. Le terrain et la bâtisse sont vendus.

Source: livre Hommage aux bâtisseurs de notre région.
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